AU BORD DE L'EAU
A Joséphin Soulary.
En m'en revenant de vers chez mon père, Vole au soleil d'or, vole, ma chanson, En m'en revenant, derrière un buisson Je vois Marion qui se désespère.
Elle regardait, le joli tableau !
Dans le vert Suran trembler son image.
« Galant, me dit-elle, oh ! que c'est dommage ! La clef de mon cœur est tombée à l'eau.
La clef de mon cœur est dans la rivière. Elle flotte, flotte avec le courant.
Oii la retrouver? Le monde est si grand! » — Et je lui réponds de la chènevière :
« Donne-moi ta main et sèche tes pleurs, Je suis compagnon de la marjolaine!
La clef de ton cœur, nous l'aurons sans peine ; Le rosier d'amour est encore en fleurs.
AU BORD DE L EAU 1 Dy
Allons, si tu veux, jusqu'au bout du monde, Mais ne partons pas sans nous embrasser ; Allons en chantant; nous verrons danser Les vaisseaux du roi sur la mer profonde.»
— « Eh bien, qu'il soit fait comme tu voudras. Partons, il est temps, le soleil se couche. »
— Et contre ma bouche elle met sa bouche, Et sur mon épaule elle met ses bras.
Adieu donc chez nous, adieu donc la Bresse, Adieu, bois en fleurs et petits étangs î Je ne reviendrai que dans cinquante ans, Je m'en vais en guerre avec ma maîtresse !