‹ Emaux bressansChapitre 7 sur 59 · TOUT A L'HEURE · texte numérisé non relu

TOUT A L'HEURE

A Alfred Rousseau.

Tout à l'heure, par la prairie, Du côté du bois de Bettant, Apparaîtra, toute fleurie, Celle que mon cœur aime tant.

Elle apparaîtra, plus charmante Que le matin à son réveil, Et dans un des plis de sa mante Elle apportera le soleil.

S'il voyait ses yeux d'émeraude, L'empereur serait son galant.

Moi, je suis l'abeille qui rôde, Craintive, autour du rosier blanc.

Elle marche comme une reine Au milieu d'un peuple empressé; iMoi, je suis l'humble marjolaine Qui fleurit quand elle a passé.

TOUT A L HEURE Dl

Sa bouche a le goût de la fraise, La bonne odeur de l'aubépin ; Moi, je brûle comme la braise Dans le four à cuire le pain.

Et mon cœur, si longtemps rebelle, Mon cœur chante comme un oiseau, A voir au loin ma toute belle Qui se regarde et rit dans l'eau.

O verts buissons, profondes haies Où l'amour aime à se cacher.

Marronniers, chênes et saulaies.

Vous qui la sentez s'approcher.

Forêts dont l'ombre me dérobe Méchamment l'enfant du bon Dieu, Pour que j'aperçoive sa robe.

De grâce, écartez-vous un peu!

La voici, ma petite Annette, La rose du pays Bressan.

Le merle et la bergeronnette Lui font la conduite en dansant.

La voici, fraîche, gaie, alerte Ainsi que le furet des bois.

A ses pieds la mousse est plus verte.

Le buisson fleurit à sa voix.

32 TOUT A l'heure

Douce extase, heure fortunée,

Joie ineffable du printemps!

Tout le bleu de la matinée

Est dans mon cœur quand je l'entends.

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