‹ Émaux et camées: Éd. définitiveChapitre 18 sur 51 · TRISTESSE EN MER · texte numérisé non relu

TRISTESSE EN MER

Les mouettes volent et jouent; Et les blancs coursiers de ]a mer, Cabrés sur les vagues, secouent ' Leurs crins échèvelés dans Tair.

Le jour tombe ; une fine pluie Éteint les fournaises du soir.

Et le steam-boat crachant la suie Rabat son long panache noir.

Plus pâle que le ciel livide Je vais au pays du charbon, Du brouillard et du suicide; — Pour se tuer le temps est bon.

Mon désir avide se noie Dans le gouffre amer qui blanchit ; Le vaisseau danse, Teau tournoie,^ Le vent de plus en plus fraîchit.

Oh ! je me sens Tâme navrée; L*Océan gonfle, en soupirant, Sa poitrine désespérée.

Comme un ami qui me comprend.

Allons, peines d*amour perdues, Espoirs lassés, illusions Du socle idéal descendues.

Un saut dans les moites sillons!

A la mer, souffrances passées,' Qui revenez toujours, pressant Vos blessures cicatrisées Pour leur faire pleurer du sang !

A la mer, spectre dé mes rêves, Regrets aux mortelles pâleurs Dans un cœur rouge ayant sept glaives, Comme la Hère des douleurs.

Chaque fantôme plonge et lutte Quelques instants avec le flot Qui sur lui fermé sa volute Et l'engloutit dans u i sanglot.

Lest cle Tàme, pesant bagage, Trésoi's misérables et diers.

Sombrez, et dans votre naufrage Je vais .vous suivre au fond des mers !

Bleuâtre, enflé, méconnaissable, Bercé par le flot qui bruit, • Sur l^humide oreiller du sable le dormirai bien cette nuit !

... Hais une femme dans sa mante Sur le pont assise à Técart, Une femme jeune et charmante Lève vers moi son long regard.

Dans ce regard, à ma détresse La Sympathie aux bras ouverts Parle et sourit, sœur ou maîtresse.

Salut, yeux bleus ! bonsoir, flots verts!

J^s mouettes volent et jouent ; Et les blancs coursiers de la mer.

Cabrés sur les vagues, secouent Leurs crins échevelés dans raû\

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