‹ Émery le négociantChapitre 19 sur 55 · SCÈNE XV · texte numérisé non relu

SCÈNE XV

M“* ÉMEUT. ALFRED, put# PROSPER.

émery, tremblante.

Voue avez osé?...

Alfred, avec reproche.

Tout braver pour arriver jusqu'à vous... comme vous. Louise, vous avez tout mis en oeuvre pour me fuir!

s"* kmf.rï , Eperdue.

Je le devais!

Alfred, interdit, et la regardant.

Vous deviei me désespérer ? '

M—® ÉMERY

Je dois plus encore... je dois ne ptus vous aimer.

ALFRED

11 est donc vrai ! ce changement si subit que je i ne pouvais y croire, ce cruel billet auquel je I m'efforcais en vain de trouver an seus moins affreux, tout cela était réel ? tout cela n'était pas , un songe?... O mon Dieu! mon Dieu!

M m ® kuery, suppliante.

Alfred, ayex pitié!... je demeurerai forte en présence de votre désespoir ; mais il me fait mal... sans le craindre pour ma résolution, je le redoute pour mon coeur... ayex pitié!

ALFRED

Vous implores ma pitié... quand c'est vous qui vous montrez implacable !

M m ® EMERI.

L'accomplissement d’un devoir sacré m'ordonne de l'être.

Pouvex-vous parier ainsi lorsqu'il s'agit d'ane union qui vous fut imposée; lorsque, sans s’inquiéter de votre bonheur, votre famille vous donna pour époux uu homme que vous ne pouviez qu'estimer?... Ab! pourquoi vous étes-voua soumise? pourquoi avez-vous exigé que j’obéisse a mon père quand il m'ordonna de renoncer à vous, de vous oublier?... Vous oublier!... le pouvais-je, mon Dieu !... Et vous disiex m'aimer !

M m# ÈMERY.

Riche lui-méme, monsieurMénard voulait pour son tils une riche alliance, et j’étais sans fortune,., je vous devais donc l’exemple de la résignation. En devenant la femme de monsieur Èmery, je crus élever entre nous une barrière infranchissable... et trois ans plus lard, lorsque mon mari, ignorant que vous m'aviez aimée, vous admit dans ses bureaux, je crus encore pouvoir sans danger supporter votre présence... s'il en fut autrement, le repentir du moins ne se sera pas fait attendre I ALFRED, suppliant.

Louise, je vous en conjure, révoquez un cruel arrêt !

St 1 "* ÈMERY.

Prière inutile !

MAGASIN THÉÂTRAL

Mais hier, Louise... hier encore je possédais votre amour !

M me ÉMERY.

Hier, cet amouCétait une faute, un crime peutêtre... aujourd'hui ce serait une lâcheté!

ALFRED

Que voulez-vous dire ?

M mo émery, continuant.

Une lâcheté que ni vous ni moi ne commettrons, Alfred , en outrageant un homme, alors qu'il est malheureux!

alfred , vtvemeni.

Expliquez-vous... Monsieur Emery...

f ÉMERY.

Ruiné !

Alfred, stupéfait.

Quoi ! sa fortune?...

M me ÉMERY.

Perdue!... anéantie!

alfrbd, avec feu.

Oh ! la mienne lui appartient ! je parlerai à mon père, je verrai les anciens négociants de la ville, j’intéresserai en sa faveur tout le commerce du Havre... Je le sauverai, Louise! à tout prix, je le sauverai!...

ÉMERY

Vous, Alfred !... Oh! merci, merci de cet élan généreux! En vous écoulant, il m’a semblé que j’étais moins coupable... mais vous oubliez que. de votre part, mon mari...

alfred, tristement.

Je vous comprends.

M m8 ÉMERY.

Et maintenant, prononcez. Quand je suis devenue sa seul? consolation, ne doit-il pas être, lui, mon unique pensée? ne dois-je pas souffrir et pleurer avec lui?

Alfred, péniblement.

Vous avez raison... Oui, je sens tout ce que vous impose votre devoir.

M m# émery. avec effort.

Mon devoir... et mon caur.

alfred, continuant.

Quant à moi, je vous épargnerai la vue d une douleur que votre présence ne ferait qu'augmenter. (Ne pouvant retenir ses larmes.) Et demain...

Émery l'implore du geste; il ajoute en se contenant avec peine) demain, et pour toujours peut-être... j’aurai dit adieu au Havre, à mon pfcç... au bonheur... Est- ce assez, Louise? (*§“• Émery est vivement émue.) Votre main?...

H la porte convulsivement à se* lèvre*. lîruit h l’extérieur.

Totw deux demeurent immobiles.

M œ * émery. arec trouble.

f.c bruit!

Que signifie?

Ils écoutent.

prosper, reparaissant à la porte du cabinet, et

à part.

Rloqué des deux côtés !

M ” 8 ÉMERY

Si c'était mon mari ! il m'annonce qu’il ya suivre sa lettre !

prosper, à part.

La serrure a cédé d’assez bonne grâce... mais ne voila-t-il pas que la cour est éclairée comme pour un bal 1

Le bruit continue.

m ™ 8 émery, tremblante.

Ah ! partes 1 partez vite !

prosper, âpart, entr’ ouvrant davantage la porte

du cabinet.

Je vais donc pouvoir jouer des jambes !...

Un grand effroi se peint subitement sur les traits de

M me Émery, qui en ce moment a les veut tournés

vers le cabinet.

M m * émery, s'écriant à mi-voix.

Ah! vous m’avez perdue, Alfred!... quelqu'un est caché là !

Alfred s'élance vers le cabinet.

prosper, d part.

Voilà le bouquet!... (Puis, paraissant.) C’est moi... ne crions pas.

alfred, l'entraînant sur V avant-ecine.

Misérable espion !

prosper, vivement.

Plus bas!... Est-il bête donc!

M m« émery, avec confusion.

Ah!

File sc cache le visage de ses deux mains.

ALFRED

Répondez!... Que faites-vous ici, Prosper Dubreuil?

prosper.

J'allais vous adresser la même question, Alfred Ménard! ( Indiquant du regard M m * Émery.) Mais je m’en doute, et je suis tranquille! (D'un coup d’œil , il a rapidement mesuré la distance qui le sépare de la fenêtre ; cet examen terminé , il souffle la lumière apportée par .!#"« Émery et s’élance.) Bonne nuit!

H disparaît par la fenêtre. Le bruit s'est rapproché. M me émery, éperdue.

Il emporte notre secret !

ALFRBD.

Calmez-vous; avant de quitter le Havre, je verrai cet homme; il mettra un prix à sa discrétion, ou malheur à lui l

M me ÉMBRT.

On approche, fuyez!

alfred, de la fenêtre.

Louise, un souvenir !... Adieu 1 11 Relance dans )e jardin. M B * Émery e*t tombée à demi mourante sur un siège à gauche.

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