‹ Émétine et atropineChapitre 11 sur 24 · CONCLUSIONS DE CETTE DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS DE CETTE DEUXIÈME PARTIE

Nous reconnaîtrons tout d'abord les lacunes que présente celle partie de notre travail, désiderala que nous nous proposons de combler ultérieurement.

D'abord l(> nombre de nos Expériences par injection hypodermique est insulïisant. Sur treize faits, trois seulement peuvent servir à ce point de vue : ce n'est pas assez ; à peine pouvons-nous déduire de ces trois Expér. (xxi, xxii et xxiii) que l'action par voie hypodermique est de môme ordre mais moins marquée que l'action par instillation cardiaque directe. La plupart de nos conclusions se rapporteront donc à ce dernier ordre de faits (action directe sur le cœur): elles seront basées sur la comparaison de 1 1 Expér.

En second lieu, nous n'avons pas étudié leselfels toxiques de l'atropine jusqu'à la mort de l'animal. Dans aucune de nos Expér,, nous ri'avons accumulé les doses indéfiniment : une seule fois nous avons arrêté le cœur d'une grenouille; mais elle devait être particulièrement faible, car la dose employée était modérée. Nos conclusions ne viseront donc que les effets immédiats de doses moyennes d'atropine, répétées ou non à un intervalle variable.

Ce côlé (lo la question csl celui qui nous inlôressail le plus au point de vue des applications de la 3" partie, l'antagonisme cardiaque de l'ém^line et de l'atropine restant le véritable objectif de ce travail.

Ces réserves étaient nécessaires en tête des propositions destinées à synthétiser ce groupe de nos Expériences.

Les doses essayées ont été très variées depuis 5 millièmes de milligr. jusqu'à 2 milligr. et demi pour chaque injection. La résistance des grenouilles est très-variable, puisqu'une (exce[)tionnelle) a succombé à 2 milligr., landis qu'une autre a pu recevoir 25 milligr. sans mourir.

L'effet capital, caractéristique, a été le ralentissement du pouls; ralentissement plus ou moins accentué suivant les cas, jamais bien considérable. Il a été, suivant les cas, de 3, 4, 8, 12, 14, 16, 20, 25, 26, 32 pulsations, une seule fois de 44.

Cet abaissement est en général graduel, met un certain temps à atteindre son minimum, ne présente rien de la brusquerie observée avec l'émétine, sauf dans l'Expér. xvii, où la ligne de descente a été verticale.

Une seule fois (et c'est après l'injection hypodermique, Expér. xxii), il n'y a pas eu ralentissement : le pouls a été au contraire accéléré et s'est constamment maintenu au-dessus du chiffre initial.— Une fois (Expér. xix) il n'y a eu ni ralentissement ni accélération.

Quelquefois l'abaissement a été précédé d'une légère accéléralion (2 à 4 pulsations).

Une fois l'abaissement produit, le pouls peut ou non rester slalionnaire un certain temps; puis il remonte graduellement vers le chiffre initia', que le plus souvent il n'atteint pas complètement, mais dont il se rapproche beaucoup.

Quand on recommence des instillations successives semblables, on voit se reproduire une série de fois la môme suite de phénomènes. Souvent le ralentissement devient plus marqué à la deuxième qu'à la première instillation, et à la troisième qu'à la deuxième. Mais les choses ne vont pas ainsi indéfiniment. Ainsi,

dans l'Expér.xix, qui esl Irès remarquable à ce poinl de vue, la première inslillalion ne produit rien, la ralenlil de 8, la 3^ de 14, la 4^ de 25, la 5^ de 20, la 6*^ de 26, la 7*^ de 16 ; mais les suivantes ne produisent plus rien, le pouls oscillant de 24 à 36 (le point de départ étant 60).

Une seule fois (Expér. xiv) nous avons constaté, immédiatement après l'application d'atropine, l'arrêt momentané du cœur en diastole, que Rossbach et Frôhlich ont signalé et qu'ils paraissent avoir observé plus souvent que nous.

Les mêmes auteurs signalent la conservation de l'énergie cardiaque et même l'augmentation d'amplitude des contractions. Nous avons noté aussi le fait dans les Expér. xvi, xvii et xix. Mais il ne nous a pas paru aussi constant que semblent le dire Rossbach et Frôlilich.

Dans l'Expér. xx, en clTet, l'énergie des contractions a diminué en môme temps que la fréquenc^^ ; elle a repris ensuite en même temps que le pouls s'accélérait. Dans les expériences XVII et XIX, cette énergie a aussi diminué au bout d'un certain temps.

On peut dire cependant que la règle la plus générale esl la conservation dv ram|)!ilude, quelquefois son exagération.

Nous avons noté un dicrolisme passager de la diastole, au moment du minimum de fréquence, dans les Expér. xvi, xvii et XIX, et même le dicrotisme de la systole dans celle dernière Expérience.

Celte môme Expér. xix esl instructive sur le mode de succession et la marche de ces modifications dans la contraction cardiaque. Après la ¥ instillation, l'énergie est conservée, môme augmentée; la diastole esl dicrole. A partir de ce momeni, le dicrotisme de la diastole apparaît à chaque inslillalion, puis disparaît, pour reparaître h l'inslillalion suivante. A partir de la 7* instillation, le dicrotisme d'3 la systole s'ajoute au précédent et suit la môme marche. De plus, les contractions cardiaques sont d'une faiblesse extrême 5 la fin de l'Expérience.

On remarquera l'opposition entre le ralentissement et les modifications dans la contraction au point de vue des doses. Plus les

instillations se répètent, plus les troubles de la contraction deviennent profonds ; tandis que le ralentissement ne s'accroît plus après un certain nombre d'instillations, malgré leur répétition continuée.

Enfin nous signalerons la rapidité avec laquelle tous les eiïets dechaque instillation s'épuisent : ralentissement, dicrolisme, etc., Tout cela apparaît ù l'instillation, disparaît ensuite, pour reparaître à l'instillation suivante. Et cependant il y a une certaifie accumulation d'eiïets, puisque le dicrotisme, par exemple, n'apparaît pas aux trois premières instillations et ne cesse plus, au contraire, de se produire cbaque l'ois à partir de la 4^

En somme, si l'on rapproche ces phénomènes de ceux observés avecl'émétine, on est tei»lé de leur trouver plus de ressemblance que d'opposition. Il semble que leîi effets de V atropine sont plulôl les effets atténués de ïémHine que les effets opposés à ceux de iémétine.

En un mot, rien ne fait prévoir l'antagonisme que nos expériences de la troisième partie vont, croyons-nous, mettre nettement en évidence.

Page 1