Emétine sous la peau ; atropine sur le cœur
I. Les quatre Expériences (xix, xxi, xxivetxxv) faites avec Valropine d'abord et V emétine ensuite ne nous permettent aucune conclusion précise. — C'est un chapitre à reprendre.
II. Les trois Expériences (xxvi, xxvii et xxxiii) faites avec Valropine cl l'éméline simultanément ont également besoin d'être complétées.
On peut dire seulement qu'avec les doses employées, l'application simultanée de l'atropine ne paraît ni entraver ni modifier en rien l'action de l'émétine, qui s'exerce comme d'habitude.
III. A. Les Expér. (i, xxviii, xxix et xxx) faites avec Véméline d'abord, V atropine ensuite (l'une et l'autre sur le cœur)^ semblent indiquer un certain antagonisme entre l'émétine el l'atropine, semblent faire prévoir que l'atropine pourra accélérer un cœur ralenti par l'émétine. Mais elles ne démontrent pas la chose d'une manière bien complète : il faut chercher un autre mode opératoire pour mettre le fait en évidence.
Car si l'Expér. xxviii est réellement démonstrative, les Expér.
XXIX et XXX lo sont beaucoup moins, l'une parce que l'accélérai lion a élé très laible et l'aulre parce que l'accéléralion a 6lé très lente.
B. De l'Expér. unique (xxxi) de ce groupe, il semble résulter que, quand le cœur est ralenti par Vémétine sous la peau, V atropine (également sous la peau) peut le réaccélérer brusquement, mais cela après un temps très long : 40 min.
Deux des Expér. du groupe D (xlii et xlui) doivent être rapprochées ici : dansces cas, l'atropine en injection sous-culanée n'avait pas encore accéléré le cœur éméliné apiès 24 min. dans un cas et après 45 min. dans l'&jtre.
Donc, quand le cœur a élé ralenti par l'éméline, l'atropine sous la peau est un moyen ou nul ou tout moins très lent de réaccélérer le cœur.
C, C'est le groupe le plus important de nos Expér. Il répond au mode opératoire qui nous a toujours donné les résultais les plus concluants, de sorte que nous n'hésitons pas à poser le principe suivant : Si l'on veut démontrer V antagonisme del'éméline et de l'atropine, il faut injecter /'émétine sous la peau, milligr. par milligr . jusqu'à ce qu'on ait produit le brusque ralentissement cardiaque caractéristique. (Voir les conclusions de la première partie. ) Si à ce moment on instille sur le coeur une gouttelette d'une solution concentrée (^) de sulfate d'AiRO- FINE, on verra se produire une réascension de la courbe des pulsations extrêmement remarquable.
Cet épisode de l'atropine dans la courbe du cœur éméliné a duré 14 min. (xxxii), 19 min. (xxxiii), 25 min. (xxxvu), 30 min. (xxxv), 46 min (xxxvi), 1 h. 48 m. (xxxviii). — L'ascension a été brusque dans 5 cas (xxxii, xxxni, xxxv, xxxvii, xxxvm), graduelle dans un (xxxvi). — La chute a élé brusque 4 fois (xxxii, xxxm, xxxvi, xxxvn) et graduelle 2 fois
(xxxv, xxxvm). Le chilFre de l'accélération a toujours été
considérable : de 28 à 50 (xxxii), de 24 à 44 (xxxm), de 15 à 32 (xxxv), de 24 à 43 (xxxvi), de 22 à 38 (xxxvni), de 28 à 38 (xxxvn).
Quelquefois celte ascension est précédée d'un slade très court de ralenlissemenl (xxxiii, xxxvi); à la tîn, au moment de la chute, il y a quelquefois des irrégularités.
Les modifications apportées par l'atropine dans la force et le mode de la contraction elle-même sont moins nettes et moins constantes.
Dans les conditions indiquées ci-dessus, nous n'avons vu qu'une fois (xl) l'atropine ne pas accélérer le cœur ralenti par l'éméline.
' L'effet de Vatropine est nul si, au moment de Vinstillalioriy Vémèline n'a pas encore produit sur la cœur son ralentissement ,brusque, caractéristique (xxxiv, xxxix).
Quand une première instillation d^ atropine a accéléré le Ipouls ralenti par Vémèline, que son action est épuisée et que le pouls est de nouveau lent, on a beau instiller de nouveau de Vatropine, on n obtient aucune espèce de résultat.
D. Comme nous l'avans vu dans le groupe l'atropine sous la peau n'accélère pas ou n'accélère que très lentement le Ipouls ralenti par l'émétine.
Les Expér. de ce groupe prouvent do plus que l'injection préalable d'atropine n'empêche pas ensuite l'atropine instillée sur le c(5ar d'agir classiquement, c'est-à-dire comme dans les Expér. ,du groupe C.
De tout cela, il nous paraît résulter nettement que Vatropine réaccélère le cœur de la grenouille ralenti par Vémétine.
Seulement, pour mettre ce fait en évidence, il faut se mettre dans des conditions expérimentales particulières: le meilleur moyen est de ralentir le cœur par une dose minima (variable pour chaque grenouille) démétine, et puis d'instiller l'atropine sur le cœur une fois ce ralentissement produit.
A ce point de vue, l'atropine aurait donc vis-à-vis de l'éméline une action analogue à celle qu'elle exerce vis-à-vis de la pilocarpine, delà muscarine, etc.
Si maintenant on se rappelle les conclusions de notre deuxième
parlie, on remarquera ce fail curieux, c'est que d'un côté l'alropine est incapable d'accélérer le cœur d'une grenouille saine, que le plus souvent nfiéme elle le ralentit, et que d'autre part elle accélère le cœur d'une grenouille ralenti par l'émétine. En d'autres termes, l'atropineet l'émétine, prises isolément, semblent avoir sur le cœur sain de la grenouille une action plutôt synergique qu'antagoniste, et cependant, quand on les superpose, elles agissent en antagonistes, puisque l'atropine réaccélère un cœur ralenti par l'émétine.
Tant il est vrai que les actions thérapeutiques (c'est-à-dire sur l'organisme malade) d'un médicament ne peuvent pas se déduire toujours de ses actions physiologiques (c'est-à-dire sur l'organisme sain).
Quoi qu'il en soit de ces considérations, le fait de l'antagonisme de l'émétine et de l'atropine sur le cœur de la grenouille, dans certaines conditions expérimentales, nous paraît suffisamment établi pour mériter les recherches de contrôle et de développement que peuvent faire seuls les expérimentateurs mieux outillés que nous * .
< Nous n'avons pas encore pu obtenir les quelques milliers de francs nécessaires pour l'établissement d'un laboratoire de thérapeutique expérimentale à la Faculté de Médecine de Montpellier. Nous appelons, à l'appui de notre demande, toujours en instance au Ministère, l'iafluence de tous ceux qui parcourront ce travail et qui seront, comme nous, convaincus de l'importance capitale qu'aurait une installation de cette nature.