‹ Émile ClausChapitre 1 sur 4 · G. VAN OEST & O · texte numérisé non relu

G. VAN OEST & O

IQ08

in 2011 with funding from

Research Library, The Getty Research Institute

http://www.archive.org/details/eniileclausOOIenio

• La maison est entre la grand'route et la rivière, basse, spacieuse et claire, un peu loin du village, par delà une douve bordée d'osiers, de spirées et d'eupatoires. Un rosier grimpe jusqu'au toit et enguirlande de ses cœurs safranés l'œil-de-bœuf où se lit ^^ ZoimescJiijn » (rayon de soleil). C'est le nom de l'habitation; c'est aussi la dédicace qui la consacre à la lumière. Un hêtre pourpre l'ombrage de ses rameaux immenses; le tronc noueux d'un châtaignier se dresse au bord du chemin de ronde. Avec son chenil, ses communs, sa maison de jardinier, c'est presque, pour qui la voit derrière la grille, l'installation d'un paysan gentilhomme. Des massifs, des corbeilles de fleurs, des vases en pierre animent le jardin et lui donnent un air de petit parc. Mais pénétrez dans la maison; l'intérieur en est simple et cordial. Nattes en paille, fauteuils d'osier, vieux meubles de campagne; toutes les tables chargées de revues et de cahiers d'estampes; aux murs des peintures signées Roll, Thaulow, Le Sidaner, Duhem, Buysse, Wytsman, Morren, Anna De Weert, Jenny Montigny; sur les crédences et le piano, des Meunier, des Van der Stappen, des Minne.

On passe du petit salon, ajouré par un bow-window, dans la salle à manger, dont la large verrière carrée encadre les grandes prairies vertes de la Lys, lignées de files de peupliers, et cette pièce à son tour communique avec une autre, vaste et haute, qui est le cœur vivant de la maison : l'atelier.

Un homme, le maitre de la maison, nerveux, sec et agile, le front nu et cordé de grosses veines, la peau tannée par l'intempérie, des poils gris-roux au menton, va par les chambres, descend, passe au jardin, enfile les petites allées droites du potager, débouche sous les hauts châtaigniers en cercle qui prolongent le verger. L'heure vermeille pleut sur ses épaules; sa démarche balancée est celle du rural ; il appuie du talon à chaque pas et penche la tête. Le verger, comme le parc, comme le jardin, comme le potager, s'épanouit en floraisons sauvages, tanaisies, eupatoires, chardons, qu'un goût coloriste ordonna comme des tableaux. Et voici au bas des rives, dans son corridor de moires claires, la méandreuse et limpide Lys, reflétant le grand ciel argenté des Flandres; voici la tendre verdure des prés pâturés par le troupeau aux couleurs diaprées; voici, par delà les haies, sous le foliolement léger des peupliers, les toits sang-de-bœuf des hameaux.

L'homme va, suivi de ses d.eux chiens, s'arrètant ça et là pour bornoyer du côté de l'eau et des prairies ou pour croquer sur un carnet, de ce coup de crayon en deux traits qui masse un objet dans sa densité d'ombre et de lumière, l'attache d'une branche, la forme d'un nuage ou le ventre lourd d'une vache qui descend boire à la rivière. Le paysage semble le reconnaître : les

^àém

tm^

ON a!

Page 1