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LES ENFANTS SONT ÉGAUX DEVANT LA MÈRE

Ce principe érigé en loi, toute distinction disparaît entre les enfants qui passaient pour légitimes et ceux qui passaient pour illégitimes.

Tous également portent le nom de leur mère.

Tous également héritent de ses biens.

Tous ont les mêmes droits aux mêmes soins, à la même sollicitude.

Deux millions huit cent mille Français relégués hors du droit commun y rentrent,

sinon dans le présent, du moins dans l'avenir.

Le principe de l'égalité civile, vérité relative, fait un nouveau pas vers la vérité absolue.

Il n'y a plus deux nations dans une nation, une petite contenue dans une grande ; cellelà mise par celle-ci hors le droit commun et le droit naturel. L'homogénéité nationale, qui n'existait pas, est établie sur ce point.

La femme, dont le rôle dans la société avait été dénaturé, recouvre celui qui lui appartient.

L'ordre social, au lieu d'avoir la probabilité pour fondement, a pour fondement la certitude.

J'entends qu'on se récrie et qu'on me dit : Donner la maternité pour base à l'ordre social, qui avait pour base la paternité, c'est Tordre social renversé !

Je réponds : C'est l'ordre factice renversé, mais c'est l'ordre- naturel rétabli.

On reprend et on ajoute : Si telle était, en effet, la véritable base de l'ordre social, il n'eût pas attendu cinq mille ans pour se placer en équilibre sur elle , autrement que sous la forme d'exceptions locales.

Je réplique et j'ajoute à mon tour : Est-ce que, jusqu'en 1632, on n'a pas nié que la terre tournât? Et pourtant, est-ce quelle ne tourne pas?

L'un des plus illustres savants, Laplace, a consigné dans son immortel ouvrage, le Système du monde ^ cette observation d'une incontestable vérité :

« Les idées les plus simples sont presque » toujours celles qui s'offrent les dernières » à l'esprit humain. »

S'il en est ainsi, et l'histoire des siècles atteste qu'il en est ainsi, tout étonnement doit cesser.

Lorsque la Force est le seul droit qui règne, lorsque la gloire acquise par la guerre est la seule qui paraisse enviable et qui soit enviée, lorsque T homme est libre et que la femme est captive; lorsque, enfin, l'homme est tout et la femme n'est rien, il découle naturellement de soi que l'ordre social ait pour base la paternité, et que ce soit le nom du père qui se transmette à l'enfant.

Mais, lorsque la Vérité sera la seule force qui régnera, lorsque la paix aura définitivement remplacé la guerre, lorsque, enfin, la femme aura pleinement conquis l'égalité comme elle a déjà conquis la liberté, il découlera pareillement de soi que l'ordre social ait pour base la maternité, et que ce soit le nom de la mère qui se transmette à Tenfant.

Sans contredit, ce sera là un grand chan-

ffement opéré dans les mœurs et les usages, dans les idées et les con'ventions.

Mais si, parce qu'un changement est important, quoique nécessaire, on hésite à Topérer en remontant des effets aux causes, comment s'y prendra-t-on pour arrêter le

débordement de la misère, pour tarir la source de la prostitution, pour sauver de l'abandon et de la réprobation tant d'enfants recueillis par le tour des hospices sous le nom d'enfants trouvés, ou déposés, comme une lie, au fond de la société sous le nom d'enfants illégitimes; pour arracher, enfin, l'espèce humaine à son déclin physique et à son abâtardissement social ?

Ne voit-on pas que, de toutes parts, le vieux monde s'écroule et que le nouveau monde s'élève? L'un entre au tombeau, l'autre sort du berceau.

Tout ce qui fut erreur tend à se rectifier; tout ce qui fut doute tend à se convertir en certitude. C'est la loi même de la science; c'est ce qui lui sert de preuve, c'est son critérium.

Or, je le demande, de quel côté se rencontre la certitude? Est-ce du côté de la

maternité ou du côté de la paternité?

Aux temps ou la femme, qu'elle fut légitime ou qu'elle ne le fût pas, vivait enfermée; aux temps où l'homme, dont elle était

la chose y avait sur elle droit de possession

absolue, droit de vie et de mort; dans les pays où ce droit subsiste encore ; aux temps et dans les pays où le droit d'aînesse existait et existe encore, on comprend et on explique facilement que la paternité, offrant peu de doutes, ait été le sceau qui ait servi à marquer et à distinguer les enfants.

n LA LIBERTÉ DANS LE MARIAGE.

Encore une fois, il n'en saurait être autrement quand Thomme est tout et quand la femme n'est rien.

Alors cela est parfaitement logique et rationnel ; mais cela cesse d'être rationnel et logique dès que la femme est proclamée régale de l'homme *, dès qu'elle jouit de la même liberté que lui, et que la paix, se substituant à la guerre, tend à devenir l'état normal de la société.

Les enfants sont égaux devant LA MÈRE : oui ou uou , co principe, qui a pour conséquence la liberté dans le mariage, est-il incontestablement juste?

Assurément, il est tout aussi juste que ce principe qui a prévalu et qui ne trouve plus

1. En Jésus-Christ, il n'y a pas de distinction entre le maître et l'esclave, entre Vhomme et la femme, (Saint Paul, aux Galates, c. iii, 28.)

parmi nous de contradicteurs : As français SONT ÉGkVX DEVANT LA LOI.

Ou le principe que j'ai énoncé est vrai ou il est faux, ou il est contestable ou il ne Test pas.

S'il est contestable, qu'on le conteste!

S'il est faux, qu'on le démontre !

S'il est vrai, qu'on le reconnaisse !

Mais, s'il est vrai, de quel droit l'empêcherait-on de porter toutes ses justes conséquences, quelles qu'elles puissent être?

L'hypothèse est une manière idéale de se transporter dans la réalité et de suppléer l'expérience. Par l'hypothèse, je vais donc passer successivement en revue les conséquences sociales qu'entraînerait l'adoption du principe que je déclare souverainement vrai, souverainement juste, souverainement bon, souverainement moral, souverainement pacifique, souverainement civilisateur.

La prerrfïère de ces conséquences, j'ai hâte d'en convenir, est de rayer la célébration du mariage du nombre des actes dans lesquels rÉtat s'est arrogé le droit d'intervenir, contrairement à cette opinion de Montesquieu :

« C'est à la loi de la religion de décider

» si le lien sera indissoluble ou non; car,

» si les lois de la religion avaient établi le

j> lien indissoluble et que les lois civiles » eussent réglé qu'il peut se rompre, ce

)) serait deux choses contradictoires*. »

La célébration du mariage n'aurait jamais dû cesser d'être un acte purement et exclusivement religieux.

Le mariage est un acte de la foi , non de la loi. C/est à la foi qu'il appartient de le régir ; ce n'est pas à la loi de le régler.

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