CINQUIÈME OBJECTION
Le mari, n'étant plus retenu par le lien paternel, quittera plus facilement le foyer domestique.
BÉPONSE
Pour aller où ? Si partout il trouve le douaire entré dans les mœurs comme une barrière plantée dans le sol ; si partout il
trouve la défaillance de la femme protégée par la responsabilité de la maternité; si partout il trouve la jeune fille et la jeune femme n'ayant qu'une pensée : — donner le jour à un enfant qui les respecte, qui les honore et qui peut-être les illustre, alors il n'y aura plus de mères qui rougiront de leur enfant et le cacheront, toutes le montreront et s'en pare- . ront. Le contraire de ce que vous prétendez est précisément ce qui arrivera. La mère ayant la libre disposition et la propriété ^exclusive de ses enfants jusqu'à l'époque de leur majorité légale, le père sera étroitement retenu au foyer domestique par la crainte que ses enfants ne lui soient, enlevés. Il y a de mauvais maris qui sont bons pères, qui mallraitent leurs femmes et adorent leurs enfants. Cette crainte fera de ces bons pères de bons maris, aussi empressés d'aller au-
devant des désirs de leurs femmes qu'ils étaient empressés d'aller au-devant dçs désirs de leurs enfants. La liberté légale dans le mariage, c'est l'amour durable dans le ménage ; l'indissolubilité légale dans le mariage, c'est l'amour habituel hors du ménage.
ÇIXIÈME OBJECTION
Que deviendra la fortune des hommes après la mort? Comment se transmettrat-elle ?
RÉPONSE
Après la mort, la fortune de l'homme retournera à ses ascendants de la ligne maternelle, si avant la mort il ne l'a pas donnée h la mère de ses enfants, ou partagée entre ses enfants eux-mêmes. A défaut
15i LA LIBERTÉ DANS LE MARIAGE.
d'ascendants de la ligne maternelle, le décédé aura la situation qui lui est feile présentement par la loi, lorsqu'il meurt sans postérité et ab intestat. II n'y aura de frappée par ce régime nouveau que l'avarice paternelle. Lorsque l'avarice paternelle serait plus rare et la piété filiale plus commune, où donc serait le mal? A quel âge d'ordinaire le fils hérite-t-il de son père ^ A l'époque où luimême est déjà parvenu aux deux ou aux trois cinquièmes de sa vie probable, où il a traversé les plus mauvais temps, où il a pu acquérir par ses propres efforts des moyens d'existence, c'est-à-dire à l'époque où il aurait le moins besoin d'hériter. A tous égards et quels que soient les points de vue auxquels on se place, ne vaudrait-il pas mieux incontestablement pour les enfants que le père les dotât, et qu'ils n'en héritassent
pas ? Hériter à la mort de sa mère, parce que maternité et certitude sont deux termes équipollents, et recevoir du vivant de son père, parce que paternité et doute sont deux termes inséparables : telle est la loi vraie de la nature, La paternité n'est et ne saurait jamais être qu'un acte de confiance, conséquemment un acte émanant de la libre volonté.