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ONZIEME OBJECTION

Pourquoi une réforme si radicale, si absolue? Pourquoi ne pas se borner à proposer le rétablissement du divorce, et le droit de recherche de la paternité? Au plus, pourquoi ne pas s'arrêter à la conjonction du nom du père avec celui de la mère? Demander trop^ c'est s'exposer à n'obtenir rien.

RÉPONSE

Il y a longtemps que j'ai appris à quoi m'en tenir sur les réformes pçirtielles ; elles sont pour le moins aussi difficiles à obtenir que les réformes intégrales ; et le plus souvent les demander ne sert qu'à se faire taxer d'inconséquence et battre à plate couture. Qu'on ne me parle donc plus de réformes

166 LA LIBERTÉ l ANS LE MARIAGE.

partielles ni de palliatifs. L'erreur est relative et la vérité est absolue. Quiconque cherche et poursuit la vérité doit donc être absolu.

Le rétablissement du divorce et le droit de recherche de la paternité sont des complications, et ne sont pas des solutions.

La loi civile n'a pas le droit de proclamer légitime ce que la foi religieuse proclame criminel. Dans ce cas, la loi détruit la foi.

Si le divorce est un acte coupable et condamnable devant Dieu et aux yeux du pape, comment peut-il être un acte innocent et légitime devant la loi et aux yeux du magistrat?

Le divorce est une exception, il n'est pas une règle, c'ed pourquoi je l'écarté; il tient plus de compte de la transmission des biens que du bonheur des personnes, des héritiers

OBJECTIONS. Il7

que des conjoints; il implique une société fondée sur l'indissolubilité du mariage; or, établir cette indissolubilité pour la détruire, c'est faire œuvre d'imprévoyance et d'inconséquence. Le divorce ue dénoue pas, il bric^e; il ne simplifie pas, il complique. Si les deux conjoints divorcés n'ont qu'un enfant, comment le partageront-ils? S'ils ont trois enfants, qui aura le troisième ?

Le droit de recherche de la paternité, qu'il soit exercé par la mère exclusivement ou par la mère et les enfants inclusivement, est un droit dont l'exercice n'aboutit et ne saurait aboutir jamais qu'au scandale et qu'au doute. 11 est aussi destructeur du prestige de l'autorité paternelle qu'incompg-tible avec la réalité de la piété filiale. La paternité qui est imposée n'est plus la paternité, et le fils qui s'adresse aux tribunaux pour réclamer d'eux

un père vise sa fortune et non sa tendresse.

Oïl le droit de recherche de la paternité existe, le nombre- des. enfants réputés illégitimes, loin d'être plus faible, est plus considérable.

L'expérience est donc d'accord avec moi pour le condamner et le repousser.

Si elle était permise par la loi ou consacrée par l'usage, la conjonction du nom du père avec celui de la mère aurait pour effet de perpétuer, par une autre voie, ce qui existe et ce qu'on ne saurait trop anéantir, l'inégalité des enfants arbitrairement partagés en deux catégories : les enfants selon la loi et les enfants selon la nature.

Ceux qui porteraient deux noms, le nom de leur père conjointement avec le nom de leur mère, seraient réputés légitimes.

Ceux qui porteraient uniquement le nom

de leur mère seraient réputés illégitimes.

Ce serait vouloir détruire ce qu'on aurait entrepris de fonder.

Toute règle qui n'est pas absolue n'est pas une règle.

Toute règle qui admet une exception, une seule, si petite qu'elle soit, est une amphore fêlée au fond, qui, parce qu'elle est plus lente à se vider par le fond qu'à s'emplir par le haut, ne s'en vide pas moins.

Aucune exception, sous aucune forme, sous aucun nom, sous aucun prétexte, sous aucun motif, ne doit fausser la règle ainsi posée :

Les enfants sont égaux devant la mère.

Faussée et détruite serait cette règle, si toutes les mères remplissant pieusement les

devoirs de la maternité n'étaient pas égales entre elles.

Devant la société , ce nom signifiant conscience publique, il ne "doit plus y avoir que deux classes de femmes : les bonnes mères el les mauvaises mères.

DOLZIEME OBJECTION

« La raison, l'honnêteté, la pudeur par- » lent en faveur du mariage; la France n'a » jamais été sourde à leur voix. Elle l'a bien )) montré dans ces derniers temps, lorsque » certaines sectes novatrices qui font entrer )) l'abolition, ou, si Ton veut, la transforma- » tion du mariage dans leurs plans de régéi) nération, ont osé toucher à^ ce point déli- » cat... Le bon sens public s'est tenu en

» garde, les bonnes mœurs se sont révol- » tées; le ridicule et le mépris ont fait le » reste*. » '

RÉPONSE

Quelle que soit l'autorité qu'empruntent les paroles qui précèdent au caractère de l'auteur du Contrat de mariage, premier président de la cour suprême de France, cette autorité ne peut rien contre les faits ; elle expire devant les chiffres. Il existe en France, on ne saurait le répéter trop souvent, 2,800,000 enfants nés hors mariage, sans y comprendre les enfants, en nombre peut-être égal, i sur 13, attribués, pendant le mariage, à des maris qui en sont réputés léga-

]. TRQ|t>L0N6. Du Contrat de mariage.

leinent les pères, lorsque réellement ils ne le sont pas, sans tenir compte des enfants mort- nés, 1 sur 10, soit sur 925,423 naissances, 31,398 morts annuelles ayant pour causes principales des grossesses cachées et des couches clandestines.

Que pèsent des paroles vides et légères, dans la balance où du côté opposé sont jetés des chiffres si précis et si accablants?

Ces chiffres, d'une exactitude incontestable et incontestée, attestent et démontrent l'impérieuse nécessité de sonder la profondeur de la plaie purulente où menace de se mettre la gangrène.

Bander une plaie est moins pénible que la sonder ; contester le mal est plus facile que le guérir. Je le sais.

Partout, le nombre des enfants nés hors mariage tend à s'accroître, et déjà, dans les

plus grandes villes, il est sur le point de marcher de pair avec les enfants nés pendant le mariage. Publiciste, jurisconsulte, magistrat^ auteur du livre intitulé : Du Contrat de mariage^ que proposez-vous de faire pour préserver de cet envahissement les Etats d'où l'esclavage et le servage ont disparu, mais où l'inégalité civile subsiste sous une autre forme ou sous d'autres noms?

Est-ce que l'égalité civile, dont ces Etats se vantent d'être en pleine possession, existe entre l'enfant né pendant le mariage et l'enfant né hors le mariage?

Est-ce que l'égalité civile existe entre deux frères issus de la même mère, l'un dont la naissance a été impudemment et frauduleusement imputée au mari, l'autre dont la naissance lui a été timidement et scrupuleusement dissimulée; le premier, fils de la

fraude, passant pour légitime; le second, fils du scrupule , étant qualifié d'adultérin ; celui-ci admis à succéder, et celui-là exclu de l'héritage?

Est-ce que l'égalité civile existe entre deux frères, tous deux -fils du même père, mais l'un mis au monde par l'épouse , et l'autre mis au monde par la maîtresse ?

Est-ce que cette flagrante inégalité civile peut longtemps subsister où l'égalité politique a triomphé?

L'esclave a acquis la liberté : est-ce que le bâtard ne finira pas par conquérir l'égalité?

Est-ce que l'enfant innocent a moins de droits à la justice de la société que le père coupable?

Est-ce que le mari doit être compté pour tout et l'enfant pour rien?

Est-ce que l'enfant de la nature est d'essence inférieure à l'enfant de la loi?

On peut ajourner ces questions, on ne peut pas les supprimer.

Tôt ou tard, elles se poseront.

Vaut-il mieux que ce soit tardivement? Se hâter dé les résoudre, au lieu de les laisser s'aggraver, n'est-il pas plus sage?

Lorsque existait le droit d'aînesse, le sort des bâtards différait de si peu du sort des cadets, qu'il ne valait pas la peine de s'en occuper ; mais, depuis que la loi est intervenue dans les successions pour proclamer l'égalité des partages, un droit nouveau s'est ouvert. C'est ce droit qu'invoquent hautement par ma voix tous les bâtards de France, et que ne saurait longtemps méconnaître le magistrat aussi haut placé que le premier président de la cour de cassation, qui a condamné en ces

termes les artifices employés pour fausser la nature :

« On n'a qu'à lire la Politique d'Arîstote, » et l'on verra le tableau... des dérèglements » et des mauvaises influences des femmes. » C'est le mécompte le plus triste infligé par » l'invincible nécessité aux artifices employés » pour fausser la nature *. »

11 faut choisir entre ces deux régimes :

Entre le régime de la paternité présumée, qui est le régime de la'lo'î, et le régime de la maternité portant avec elle-même' sa preuve , qui est le régime de la nature, celui-ci conforme à la vérité incontestable ; celui-là condamné par la statistique incontestée.

Le régime de la paternité, c'est l'inégalité

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