‹ Émile (volume 2)Chapitre 126 sur 240 · LIVRE lY · texte numérisé non relu

LIVRE lY

morle ' , qui n'a rien dans son loul de l'union , de l'organisa- • lon , du sentinaent commun des parties d'un corps animé , puisiil est certain que nous qui sommes parties ne nous sentons illement dans le tout. Ce même univers est en mouvement, et iiis ses mouvements réglés, uniformes, assujettis à des lois consites , il n'a rien de cette liberté qui parait dans les mouvements ^ntanés de l'homme et des animaux. Le monde n'est donc ps i grand animal qui se meuve de lui-même, il y a donc dans ses , iouvemenis quelque cause étrangère à lui , laquelle je n'aper- ■is pas; mais la persuasion intérieure me rend celte cause telleclient sensible que je ne puis voir rouler le soleil sans imaginer une force qui le pousse , ou que, sila terre tourne, je crois sentir une main qui la fait tourner.

S'il faut admettre des lois générales dont je n'aperçois pas les rapports essentiels avec la matière , de quoi serai-je avancé ? Ces lois , n'étant point des êtres réels , des substances , ont donc quelque autre fondement qui m'est inconnu. L'expérience et l'observation nous ont fait connaître les lois du mouvement ; ces lois déterminent les effets sans montrer les causes ; elles ne suffisent point pour expliquer le système du monde et la marche de l'univers. Descarlcs avec des dés formait le ciel et la terre ; mais il ne put donner le premier branle à ces dés , ni mettre en jeu sa force centrifuge qu'à l'aide d'un mouvement de rotation. Newton a trouvé la loi de l'attraction ; mais rallraction seule réduirait bientôt l'univers en une masse immobile : à cette loi il a fallu joindre une force projectile, pour faire décrire des courbes aux corps célestes. Que Desoartes nous dise quelle loi physique a fait tourner ses tourbillons ; que Newton nous montre la raain qui lança les planètes sur la tangente de leurs orbites.

Les premières causes du mouvement ne sont point dans la matière ; elle reçoit le mouveraenk et le communique , mais elle ne le produit pas. Plus j'observe l'action et réaction des forces de la nature agissant les unes sur les autres , plus je trouve que , d'effets en effets , il faut toujours remonter à quelque volonté pour première cause ; car supposer un progrès de causes à l'inllni,

' J'ai fait tous mes efforts (toiir concevoir une mol<*cule vivante, sans pwivoir r-ii vpnirÀ liout. L'i<l<^e d<» la matière sentant »an« avoir de sens ine parait inintellipble et confradirtoire. Pour a<lopler on rejeter cette id^. il (aotirail commencer \>*r la comprendre, et j'avoue que je n'ai pas co bonlienr-U.

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c'est n'eu point supposer du tout. En un mot, tout mouvement qui n'est pas produit par un autre ne peut venir que d'un acte spontané , volontaire ; les corps inanimés n'agissent que par le mouvement, et il n'y a point de véritable action sans volonté. Voilà mon premier principe. Je crois donc qu'une volonté meut l'univers ot anime la nature. Voilà mon premier dogme , ou mon premier article de foi.

Comment une volonté produit-elle une action physique et corporelle "} Je n'en sais rien , mais j'éprouve en moi qu'elle la produit. Je veux agir , et j'agis ; je veux mouvoir mon corps , et mon corps se meut : mais qu'un corps inanimé et en repos vienne à se mouvoir de lui-même ou produise le mouvement , cela est incompréhensible et sans exemple. La volonté m'est connue par ses actes , non par sa nature. Je connais celle volonté comme cause motrice ; mais concevoir la matière productrice du mouvement , c'est clairement concevoir un effet sans cause , c'est ne concevoir absolument rien.

Il ne m'est pas plus possible de concevoir comment ma volonté meut mou corps , que comment mes sensations affectent mon âme. Je ne sais pas même pourquoi l'un de ces mystères a paru plus explicaole que l'autre. Quant à moi, soit quand je suis passif, soit quand je suis actif , le moyen d'union des deux substances me paraic absolument incompréhensible. 11 est bien étrange qu'on parte de cette incompréhensibilité même pour confondre les deux substances , comme si des opérations de natures si différentes s'expliquaient mieux dans un seul sujet que dans deux.

Le dogme que je viens d'établir est obscur , il ci.t vrai ; mais enlin il offre un sens , et il n'a rien qui répugne à la raison ni à l'observation : en peut-on dire autant du matérialisme? N'est-il pas clair que si le mouvement élait essentiel à la matière , il en serait inséparable , il y serait toujours en même degré , toujours le même dans chaiiuo portion de matière , il serait incommuiiicablo , il ne pourrait augmenter ni diminuer , et l'on ne pourrait pas même concevoir la matière en repos ? Quand on me dit que le mouvement ne lui est pas essentiel , mais nécessaire , on veut me donner le change par des mots qui seraient plus aisés ù i-éfuler s'ils avaient un peu plus de sens. Car , ou le mouvement de la matière lui vient d'elle-même , cl alors il lui est essentiel ; ou s'il

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