LIVRE III
aise d’en connoître un ; je le lui montre à la queue de la petite ourse. Voilà de l’amusement pour la nuit ; peu à peu l’on se familiarise avec les étoiles, et de là naît le premier goût de connoître les planètes et d’observer les constellations.
Nous avons vu lever le soleil à la Saint- Jean; nous l’allons voir aussi lever à Noël ou quelque autre beau jour d’hiver; car on sait que nous ne sommes pas paresseux, et que nous nous faisons un jeu de braver le froid. J’ai soin de faire celte seconde observation dans le même lieu où nous avons fait la première ; et, moyennant quelque adresse pour préparer la remarque, l’un ou l’autre ne manquera pas de s’écrier : Oh , oh ! voilà qui est plaisant! le soleil ne se lève plus à la même place! ici sont nos anciens renseignements , et à présent il s’est levé là, etc.,.. Il y a donc un orient d’été, et un orient d’hiver, etc.... Jeune maître, vous voilà sur la voie. Ces exemples vous doivent suffire pour enseigner très-clairement la sphère , en prenant le monde pour le monde, et le soleil pour le soleil.
En général , ne substituez jamais le signe la chose que quand il vous est impossible de la montrer; car le signe absorbe l’attention de l’enfant, et lui fait oublier la chose représentée.
La sphère armillaire me paroît une machine mal composée et exécutée dans de mauvaises
proportions. Cette confusion de cercles et les bizarres figures qu’on y marque lui donnent un air de grimoire qui effarouche l’esprit des enfants. La terre est trop petite, les cercles sont trop grands, trop nombreux; quelques uns, comme les colures , sont parfaitement inutiles ; chaque cercle est plus large que la terre; l’épaisseur du carton leur donne un air de solidité qui les fait prendre pour des masses circulaires réellement existantes; et quand vous dites à l’enfant que ces cercles sont imaginaires, il ne sait ce qu’il voit, il n’entend plus rien.
Nous ne savons jamais nous mettre à la place des enfants , nous n’entrons pas dans leurs idées, nous leur prêtons les nôtres; et , suivant toujours nos propres raisonnements, avec des chaînes de vérités nous n’entassons qu’extravagances et qu’ erreurs dans leur tête.
On dispute sur le choix de l’analyse ou de la synthèse pour étudier les sciences. Il n’est pas toujours besoin de choisir. Quelquefois on peut résoudre et composer dans les mêmes recherches , et guider l’enfant par la méthode enseignante lorsqu’il croit ne faire qu’analyser. Alors , en employant en même temps l’une et l’autre, elles se serviroient mutuellement de preuves. Partant à la fois des deux points opposés, sans penser faire la même route, il seroit tout surpris de se rencontrer , et cette surprise ne pourroit qu’être fort agréable. Je