‹ Emile Nelligan et son œuvre. --Chapitre 106 sur 110 · LA PASSANTE · texte numérisé non relu

LA PASSANTE

Hier, j'ai vu passer, comme une ombre qu'on plaint. En un ^rand parc obscur, une femme voilée : Funèbre et singulière, elle s'en est allée, Recelant sa fierté sous son n;asque opalin.

Et rien que d'un regard, par ce soir cristallin. J'eus deviné bientôt sa douleur refoulée ; Puis elle disparut en quelque noire allée Propice au deuil profond dont son cœur était plein.

Ma jeunesse est pareille à la pauvre passante: Beaucoup la croiseront ici-bas dans la sente Où la vie à la tombe âprement nous conduit ;

Tous la verront passer, feuille sèche à la brise Oui tourbillonne, tombe et se fane en la nuit: Mais nul ne l'aimera, nul ne l'aura comprise.

158 EMILE NELUGAN

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