TÉNÈBRES
La tristesse a jeté sur mon cœur ses longs voiles Et les croassements de ses corbeaux latents ; Et je rêve toujours au vaisseau des vingt ans, Depuis qu'il a sombré dans la mer des Etoiles.
Oh! quand pourrai-je encor comme des crucifix Etreindre entre mes doigts les chères paix anciennes, Dont je n'entends jamais les voix musiciennes Monter dans tout le trouble où je geins, oti je vis?
Et je voudrais rêver longuement, 1 "âme entière, Sous les cyprès de mort, au coin du cimetière Où git ma belle enfance au grlacial tombeau.
Mais je ne pourrai plus; je sens des bras funèbres M'asservir au Réel, dont le fumeux flambeau Embrase au fond des Nuits mes bizarres Ténèbres!
l6o EMILE NELUGAN
^AJ^*