‹ Emile Nelligan et son œuvre. --Chapitre 16 sur 110 · XXII EMILE NELLIGAN · texte numérisé non relu

XXII EMILE NELLIGAN

Quant à ses parentés littéraires, elles sont multiples et fort diverses. On s'est habitué à voir en lui un décadent, un tenant de l'école dont Rimbaud, Mallarmé, Verlaine furent les coryphées, et qui. de Rodenbach à Viellé-Griffin, a compté depuis d'illustres représentants. L'on ne peut nier, en effet, qu'il ait subi l'influence de ces hardis créateurs de formules nouvelles. Il se peut même que le symbolisme pur ait inspiré telle ou telle pièce comme La belle Morte, d'une prosodie irrégulière et d'une étrangeté voulue :

Ah ! la belle morte ! elle repose.

En Eden blanc un ange la pose.

Elle sommeille emmi les;,pervenclies Comme en une chapelle.aux dimanches.

Ses cheveux sont couleur de la cendre ; Son cercueil on vient de le descendre.

Et ses beaux yeux verts que la mort fausse Feront im clair de lune en sa fosse.

C'est encore un ressouvenir de Verlaine, et même du point extrême par où le verlainisme touche à la fumisterie, que cette fin du sonnet intitulé : Les Corbeaux.

Or, cette proie échue à ces démons des nuits, N'était autre que ma vie en loque, aux ennuis Vastes qui vont tournant sur elle ainsi toujours,

Déchirant à larges coups de bec, sans quartier, ^lon âme, une charogne éparse au champ des jours, Que ces vieux corbeaux dévoreront en entier.

Mais il y a pourtant entre le style de Nelligan et les procédés de " l'art futur " des divergences essentielles. Dans un livre très convaincu et très ferme qu'il vient d'écrire à la défense de la Poésie Xouvelle, Mr Beaunier réduit à deux les oppositions radicales entre l'école symboliste et l'école parnassienne, sa rivale la plus en vue. Celle-ci, dit-il, s'attache à la notation directe des choses, par le trait net, exact et précis ; celle-là exprime les choses par leurs reflets, leurs signes, leurs équivalents et leurs symboles. — L'une pousse jusqu'au scrupule la perfection de la rime et de la prosodie ; elle affectionne les formes fixes, qui asservissent le poète aux lois de rythmes compliqués et difficiles. — L'autre a pour formule le vers libre, dégagé de toutes les règles traditionnelles, rem-

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