‹ Emile Nelligan et son œuvre. --Chapitre 20 sur 110 · XXVI EMILE NELLIGAN · texte numérisé non relu

XXVI EMILE NELLIGAN

qui frappent pourtant par leur simplicité et leur justesse. 11 renouvelle l'arsenal usé de la métaphore, et du lieu commun lui-même sait faire une conception personnelle et une création. Ennemi-né de la banalité dans l'art, il cherche toujours le mot typique, le trait expressif, la comparaison imprévue, la sensation rafiinée, le coup de pinceau qui fait éclair, la touche subtile qui remuera dans l'âme quelque corde non encore atteinte. Et ce louable effort réu.ssit souvent : la fuite du " convenu " ne le fait pas verser dans l'inintelligible. ressource des talents inférieurs ; et le poète, en frais d'images, a des ingéniosités de bon aloi et des trouvailles de génie.

11 a, quand il le veut, l'image épique et romanesque de Hugo :

Et depuis, je me sens muré contre le monde, Tel un prince du Nord que son Kremlin défend.

Et je revis encore avec ce qui fut là

Quand les soirs nous jetaient de l'or par les persiennes.

Et parfois, tout ravis, dans nos palais de foin,

Nous déjeiinions d'aurore et nous soupions d'étoiles.

11 a l'image éclatante et précise des fins ciseleurs du Parnasse :

Je rêve de marcher comme uu conquistador.

Haussant mon labarum triomphal de victoire,

Vers des assauts de ville aux tours de bronze et d'or.

Ils défilent, au chant étoffé des sandales, Le chef bas, égrenant de massifs chapelets.

Maître, quand j'entendis, de par tes doigts magiques, Vibrer ce grand nocturne, à des bruits d'or pareil.

Plus souvent, c'est l'image plus indécise, mais aussi plus évocatrice, dont Rodenbach surtout a joué avec virtuosité si rare ; l'image symbolique, dont la sensation se prolonge, dont le sens se creuse et s'étend dans les lointains de l'âme, y éveillant par .sa note profonde toute une gamme d'harmoniques aigiies :

I^e soir sème l'Amour, et les Rogations S'agenouillent avec le Songe.

Ma voix t'appelle, ô sœur ! mais ta voix d'or m'élude. Lucile est morte hier, et je sanglote, étant Comme une cloche vaine en une solitude.

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