‹ Emile Nelligan et son œuvre. --Chapitre 42 sur 110 · LA BELLE MORTE · texte numérisé non relu

LA BELLE MORTE

Ah ! la belle morte, elle repose . . . En Eden blanc son ange la pose.

Elle sommeille emmi les per^'enches, Comme en une chapelle aux dimanches.

Les cheveux sont couleur de la cendre.

Son cercueil, on vient de le descendre.

Et .ses beaux yeux verts que la mort fausse Feront un clair de lune en sa fos.se.

EMU.?: NEI.LIGAX

THKME SENTIMENTAL

Je t'ai vue un soir me sourire Dans la planète des Bergers ; Tu descendais à pas légers Du seuil d'un château de porphyre.

Et ton œil de diamant rare Eblouissait le règne astral. Femme, depuis, par mont ou val, Femme, beau marbre de Carrare,

Ta voix me hante en sons chargés De mystère et fait mon martyre.

Car toujours je te vois sourire Dans la planète des Bergers.

AMOURS d'ÉLITIC 35

AMOUR IMMACULE

Je sais en une église un \-itrail nier\-eilleux

Où quelque artiste illustre, inspiré des archanges,

A peint d'une façon mystique, en robe à franges,

Le front nimbé d'un astre, une Sainte aux yeux bleus.

Le soir, l'esprit hanté de rêves nébuleux Et du céleste écho de récitals étranges, Je m'en viens la ])rier sous les lueurs oranges De la lune qui luit entre ses blonds cheveux.

Telle sur le vitrail de mon cœur je t'ai peinte, Ma romanesque aimée, ô pâle et blonde sainte, Toi, la seule que j'aime et toujours ainierai ;

Mais tu restes muette, impassible, et, trop fière, Tu te plais à me voir, sombre et désespéré. Errer dans mon amour comme en lui^cimetière !

KMILE NEI.LIGAX

Page 1