‹ Emile Nelligan et son œuvre. --Chapitre 85 sur 110 · EVENTAIL · texte numérisé non relu

EVENTAIL

Dans le salon ancien à guipure fanée

Où fleurit le brocart des sophas de Niphon,

Tout peint de grands lys d'or, ce glorieux chiffon

Survit aux bals défunts des dames de lignée.

Mais, ô deuil triomphal ! l'autruche surannée S'effrange sous les pieds de bronze d'un griffon, Dans le salon ancien à guipure fanée Oti fleurit le brocart des sophas de Niphon.

Parfois, quand l'heure vibre en sa ronde effrénée, L'éventail tout à coup revit un vieux frisson. Tellement qu'on croirait qu'il évente au soupçon Des doigts mystérieux d'une morte émanée Dans le salon ancien à guipure fanée.

122 EMILE XELLIGAN

L'ANTIOUAIRE

Entre ses doigts osseux roulant une ample bague, L'antiquaire, vieux Juif d'Alger ou de Maroc, Orfèvre, bijoutier, damasquineur d'estoc, Au fond de la boutique erre, pause et divague.

Puis,' des lampes de fer que frôle l'ombre vague S 'approchant tout fiévreux, le moderne Shylock Recule, horrifié. Rigide comme un bloc Il semble au cœur souffrir de balafres de dague.

Malheur! Ce vieil artiste a trop tard constaté Que l'anneau Louis XI\' a îou prix acheté N'est qu'un bibelot vil où rit l'infâme fraude.

C'est pourquoi, sous le flot des lustres miroitants. L'horrible et fauve jet de son œil filtre et rôde Dans la morne pourpreur des rubis éclatants.

PASTELS KT l'ORClCLAINKS 12^

Page 1