POTICHE
C'est un vase d'Egypte à riche ciselure, Où sont peints des sphinx bleus et des lions ambrés : De i^roiîl on y voit, souple, les reins cambrés, Une immobile Isis tordant sa chevelure.
Flambante, des nefs d'or se glissent sans voilure Sur une eau d'argent plane aux tons de ciel marbrés : C'est un vase d'Egypte à riche ciselure Où sont peints des sphinx bleus et des lions ambrés.
Mon âme est un potiche où pleurent, dédorés, De vieux espoirs mal peints sur sa fausse moulure ; Aussi j'en souffre en moi comme d'une brûlure, Mais le trépas bientôt les aura tous sabrés . . .
Caç ma vie est un vase à pauvre ciselure.
¥EPRES TRAGIQUES
MUvSIQUES FUNÈBRES
Quand, rêvant de la morte et du boudoir absent. Je me sens tenaillé des fatigues physiques, Assis au fauteuil noir, près de mon chat persan, J'aime à m'inoculer de bizarres musiques, Sous les lustres dont les étoiles vont versant Leur sympathie au deuil des rêves léthargiques.
J'ai toujours adoré, plein de silence, à vivre
En des appartements solennellement clos,
Oti mon âme sonnant des cloches de sanglots,
Et plongeant dans l'horreur, se donne toute à suivre,
Triste comme un son mort, close comme un vieux livre,
Ces musiques vibrant comme un éveil de flots.
Que m'inporte l'amour, la plèbe et ses tocsins? Car il me faut, à moi, des annales d'artiste ; Car je veux, aux accords d'étranges clavecins, Me noyer dans la paix d'une existence triste Et voir se dérouler mes ennuis assassins, Dans le prélude où chante une âme symphoniste.
Je suis de ceux pour qui la vie est une bière
Où n'entrent que les chants hideux des croquemorts,
Oij mon fantôme las. comme sous une pierre.
Bien avant dans les nuits cause avec ses remords,
Et vainement appelle, en l'ombre familière
Oui n'a pour l'écouter que l'oreille des morts.
Allons ! que sous vos doigts, en rythme lent et long Agonisent toujours ces mornes chopinades. . . Ah! que je hais la vie et son noir Carillon! Engouffrez-vous, douleurs, dans ces calmes aubades, Ou je me pends ce soir aux portes du salon. Pour chanter en Enfer les rouges sérénades !
Ah ! funèbre instrument, clavier fou, tu me railles !
Doucement, pianiste, afin qu'on rêve encor!
Plus lentement, plaît-il ? . . . Dans des chocs de ferrailles,
L'on descend mon cercueil, parmi l'affreux décor
Des ossements épars au champ des funérailles,
Et mon cœur a gémi comme un long cri de cor ! . . .
VÊPRieS TRAGIQUES 135