‹ Émile, ou, de l'Éducation (volume 2)Chapitre 30 sur 64 · LIVRE îl · texte numérisé non relu

LIVRE îl

de loi. N'accordez rien à ses désirs parce qu'il îe demanda, mais parce qu'ii en a besoin. Qu'il ne sache ce que c'est qu'obéissance quand iî açit, ni ce que c'est qu'empira quand on agit pour lui. Quii sente également sa liberté dans ses actions et dans les vôtres. Supoîéez à la force qui lui manque autant précisément qu'il en a besoin pour être libre et non pas impérieux ; qu'en recevant vos services avec un^e sorte d'humiliation, il asnîre au moment où ii pourra s'en passer, et cù il aura l'honneur de se servir lui-même.

La nature a, pour fortifier îe corps et le faire croître, des moyens qu'on ne doit jamais contrarier. Il ne faut point contraindre un enfant de rester quand iî veut zlter, m d'aller quand il veut rester en place. Quand la volonté des enfants n'est point gâtée par notre faute, ils ne veulent rien inutilement. Il faut qu'ils sautent, qu'ils courent, qu'ils crient quand ils en ont envie. Tous leurs mouvements sont des besoins de mit constitution qui cherche à se fortifier, mais on doit se défier de ce qu'ils désirent sans îe pouvoir faire eux-mêmes, et que d'autres sont obligés de faire cour eux. Alors iî faut distinguer avec soin îe vrai besoin, îe besoin naturel, du besoin de fantaisie qui commence à naître, ou de celui qui ne vient que de la surabondance de vie doni j'ai parié.

J'ai déjà dit ce qu'il faut faire quand un enfant pîeufe pour avoir ceci ou cela, j'ajouterai seulement que dès qu'il peut demander en parlant ce qu'il désire, et quz pour l'obtenir plus vite ou pour vaincre un refus' iî appuie de pleurs sa demande, elle lui doit être irrévocablement refusée. Si le besoin l'a fait parler, vous devez !e savoir et faire aussitôt ce qu'il demande : mais céder quelaue chose à ses larmes, c'est l'exciter à en verstr, c'est lui avp^^dre à douter de votre bonne volonté, et à fcroine oue Wmnorttmité oeuf plus sur vous que la bienveillance. S'il ne vous croit pas bon, bientôt il s^ra méchant ; s'il vous croit faible, îl sera ooiniâtre : ïî imnorte d'accorder toujours au nremier tf<*ne ce cm'on ne veut pas refuser. Ne sovez point prodigue en relue, mais ne tes révoquez jamais.

Gardez-vous surtout de donner à l'enfant de vaines formules de politesse oui lui servent au besoin de paroles magiques pour soumettre à ses volontés tout ce qui l'entoure, et obtenir à l'instant ce qu'il lui plaît. Dans l'éducation façonniers des riches on ne manque jamais cte les rendre poliment impérieux, en leur prescrivant îea trrmea ctoat ra doivent $$ setVlr pour qus persoew

n'ose leur résister t leurs enfants n'ont ni tons ni tours repliants ; ils sont aussi arrogants, même plus, quand :ka prient que quand ils commandent, comme étant bien plyç sûrs d'être" obcjïs. On voit d'abord que, s'il vous pMî dgniïte dans leur bouche // me plaît, et que je vous prie Signifie je vous ordonne. Admirable politesse qui n'aboutit pour eus qtfâ changer le sens des mots, et à ne pouvoir jamais parler autrement qu'avec empire ! Quant à moi, ciui crains moins qu'Emile ne soit grossier qu'arrogant, j'aime beaucoup mieux quï! dise en priant, faites cela qu'en commandant, je vous prie. Ce n'est pas îe terme dont il se sert qui n'importe, niais bien l'acception qu'il y joint

II y a un excès de rigueur et un excès d'induîcrence, tous deux également à éviter. Si vous laissez pâtir les votants, vous expose? leur santé, leur vie, vous tes rendes rituellement misérables ; si vous leur épargnez avec trop de soin tonte espèce de mal-être, vous leur préparez do grandes misères, vous \tn rendes délicats" sensibles, vaut les sortez de leur état d'hommes dans lequel ils rentreront un jour malgré vous. Pour ne tes pas exposer à quelques maux de la nature, vous êtes l'artisan de ceuK qu'elfe ne leur a pas donnés. Vous me direz c\ue îe tomba dans îe cas de ces mauvais përe& auxquels |e reprochais de sacrifier îe bonheur des enfants à la considération d'un temps éloigné auî oeuf ne jamais être,

Non pas, car la liberté que îe donne à mon élève ïe dédommage amoîement des légères incommodité* aux* quelles je îe tatese exwmé. je vois de petits polissons fouer sur îa neige, violets, transis, et pouvant à peine remuer les doigts. I! ne tient qu*à eux de s'aller chauffer, ils n'en font rien t «ï on les y forcaU, ils sentiraient cent lofa plus te* ri(*»eurs de la contrainte cnriîs ne servent celles du froid. De ouot oV%nc vous plai^tiez-vous ? RendraMe voir** enfant misérable en ne Pexnosant qufaux incornmodîtés ou'iî veut bien souffrir ? Te fais son bien dans le moment nrêsenf en te laissant libre : îe f«'« son bien dans P*venîr en l'armant rontre îe* maux cm'iî doit supoorter. S'il av*ït te choix â'^irQ mon élève ou îe vèîfç9 pensez-vous qu'il balançât un instant ?

Concevez-vous quelque vrai bonheur possible pour au* cun être hors de sa constitution ? et n'est-ce pas sortir l'homme de sa constitution que de vouloir l'exempter également de tous les mam de son espèce ? Oui, je îe gttitieRf ; pour mnftt les? grand* b:an4 il faut qu'il coq» niâm& Im petits mu*, telle est m nsture. Si le physique

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va trop bien, te moral se corrompt L'homme qui nt connaîtrait pas la douleur ne connaîtrait ni l'attendrissenient de l'humanité ni îa douceur de îa commisération ;

mn cœur ne serait ému de rien, î! ne serait pas sociable^ il gérait un monstre parmi ses semblables,

Savez-vous quel est te plus sûr moyen de rendre votes enfant misérable ? c'est de S'accoutumer à tout obtenir ; car, ses désirs croissant incessamment par la facilité de les satisfaire* tài . ou tard {Impuissance vous forcera maigre vous d'en venir au refus, et ce refus inaccoutumé lui donnera plus de tourment que la privation mèm^ de œ qu'il désire. D'abord il voudra ia canne que vous tenez ; bientôt iî voudra votre -montre ; ensuite il voudra l'oiseau qui vote ; il voudra l'étoile qu'il voit briffer ; \î voudra tout ce qu'il verra ; â moins d'être Dîea, corn* ment te cbntentefez-vous ?

C'est une disposition naturelle à l'homme de regarder comme sien tout ce qui est en son pouvoir. En ce sens te principe ée Hobbes est vrai Jusqu'à certain point ; multipliez avec nos désirs les moyens de les satisfaire; chac&i 88 fera îe oiaître de tout. L'enfant donc qui n'a qu'à vouloir pour obtenir se croit îe propriétaire de l'univers;. îî regarde tous. tes hommes comme ses esclaves : et quand enfin l'on est forcé de lui refuser quelque chose, lui, croyant tout possible quand ii commande, prend ce reftiS pour un acte de rébellion; toutes les ramons qu'on lu? donne dans un âge incapable de raisonnement ne sont à son gré que des prétextes ; il voit partout de îa mauvaise volonté : te sentiment d'une injustice prétendue, aigrissant son naturel, ii prend tout te monde en haine. eif sans jamais savoir gré de îa complaisance, iî s'indigne de iaui& opposition.

Comœzfiï concevrais-] e qu'un enfant ainsi dominé par la colère et dévoré des passions tes plus irascibles, puisse jamais être heureux ? Heureux, lui, c'est un desnote ; c'est a 1a fois te plus vil des esclaves et la plus misérable des créatures. J'ai vu des enfants élevés de cette manière, qui voulaient qu'on renversât ia maison d'un coup d'épaule, qu'on leur donnât îe coq qu'ils voyaient sur un clocher, qu'on arrêtât un régiment en marche pour entendre les tambours plus longtemps, et qui perçaient Pair de leurs cris, sans vouloir écouter personne, aussitôt qu'on tardait à leur obéir. Tout s'emnressait vainement à leur complaire : leurs désirs s'îrrftant par la CaciSté d'obtenir, & •fobtfKnafetrt mih chtwt$ iTnT*wflM#«. <*i u& trs*?*ieat partwrt ope csntrtriicttons» cjtfo&stwl», que

peines, que douleurs*. Toujours grondants, toujours mutins, toujours furieux, ils passaient les jours à crier, à se plaindre; étaieni-ce là des êtres bien fortunés ? La faiblesse et la domination réunies n'engendrent que folie et misère. De deux enfants pâtés, l'tm bat la table, et l'autre fait fouetter la mer ; ifs auront bien à fouetter et à battre avant de vivre contents.

Si ces idées d'empire et de tyrannie les rendent misérables dès leur enfance, que rera-ce quand ils grandiront et que leurs relations avec les autres hommes commenceront à s'étendre et se multiplier ? Accoutumés à voir tout fléchir devant eux, quelle surprise, en entrant dans îe monde, de sentir que tout leur résiste, et de se trouver écrasés du poids de cet univers qu'ils pensaient mouvoir à leur gré l

Leurs airs insolents, leur puéril vanité, ne leur attirent que mortifications, dédains, railleries ; ils boivent les affronts comme l'eau ; de cruelles épreuves leur apprennent bientôt qu'ils ne commissent ni leur état ni leurs forces ; ne pouvant tout, ifs croient ne rien pouvoir ; tant d'obstacles inaccoutumés les rebutent, tant de mépris les avilissent ; ils deviennent lâches, craintifs, rampants, et retombent autant au-dessous d'eux-mêmes qu'ils s'étaient élevés au-dessus.

Revenons à îa rèvie primitive. La riatfi'rç a faïf tes enfants nour être aimés et secourus ; mais les a-t-eîle faits pour être obéis et craints ? Leur a-t-elle donné un air imnosant. un œil sévère, une voix rude et menaçante pour se faire redouter ? le comprends pne le rangement d'un lion éootrvnfé îes animaux, et ou'iîs tremblent en vovanf m terrible hure : mits si Jamais on vit un spectacle wAéce^i. od^"*x, r^'-fe. c'est un com3 de magistrats, le chef à ta tète, en habit f*e cérémonie, r)rosfernés devant un p*i**nt ?»tt maWot. ou'îfs h^rartrtn^nt cn termespompeux, et qui crie et bave oour toute réponse.

A ^ons'^rer tv»nfnrt<*«p en ptf^nv*ttye, v rs-f-ï! rm mir*n/fè un être ni»«e fn^'Me, nhî§ mî«*r?>bîe, nî,tc; à la m«rc? de

tout cf» of,î IVriVif^^'îie, f"t aîf ci trranrt nncnîn rff> ntfié

de s^îns. rie protec^n. ou'itti pnf*«it ? N» ***riM»-f..t'! r>qs cnnl ne monffe une fî«w* «?î rf*vi<»e r-f »m »hr rî tnuçfaant flftf'afin f*'t*» tnrîf re nu? rà^n^nrfie <s*î*if<5rç>3<ï)» q 33 f^;„ VtTpQcip pf p'prnnfp«»c!Yi g |g co^nvir ? 0»»'y R-f-îî rf^nc (f#à

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