‹ Émile, ou, De l'éducation (volume 3)Chapitre 18 sur 300 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

nous. Et bien ! celle manière de vivre est précisément celle que je veux donner à mon élève; i! en doit donc tirer le môme profil.

La seule parlie utile de la médecine est l'hygiène : encore l'hygiène est-elle moins une science qu'une vertu. La tempérance et le travail sont les deux vrais médecins de l'homme : le travail aiguise son appétit, et la tempérance l'empêche d'en abuser.

Pour savoir quel régime est le plus utile à la vie et à la santé, il ne faut que savoir quel régime observent les peuple qui se portent le mieux, sont les plus robustes, et vivent le plus longtemps. Si parles observations générales on ne trouvepasque l'usage de la médecine donne aux hommes une santé plus ferme ou une plus longue vie ; par cela môme que cet art n'est pas utile, il est nuisible, puisqu'il emploie le temps, les hommes et les choses à pure perte. Non seulement le temps qu'on passe à conserver la vie étant perdu pour en user, il l'en faut déduire ; mais, quand ce temps est employé à nous tourmenter, ilesl presque mal, il est négatif; et, pour calculeréquitablement, il en faut ôter autant de celui qui nous reste. Un homme qui vit dix ans sans médecin vil plus pour lui-même et pour autrui que celui qui vit trente ans leur victime. Ayant fait l'une et l'autre épreuve, je me crois plus en droit que personne d'en tirer la conclusion,

Voilà mes raisons pour ne vouloir qu'un élève robuste et sain, et mes principes pour le maintenir tel. Je ne m'arrêterai pas à prouver au long l'utilité des travaux manuels et des exercices du corps pour renforcer le tempérament et la sanié; c'est ce que personne ne dispute : les exemplesdes plus longues vies se tirent presque tous d'hommes qui ont fait le plus d'exercice, qui ont supporté le plus de fatigue et de travail4.

1. En voici un exemple tiré des papiers anglais, lequel je ne puis m'empêcher de rapporter, tant il offre de réflexions à faire relatives à mon sujet.

« Un particulier nommé Patrice Oneil, né en 1647, vient de 6e remarier « en 1760 pour la septième fois. Il servit dans les dragons la dix-septième « année du règne de Charles II, et dans différents corps jusqu'en 1740, qu'il « obtint son congé. Il a fait toutes les campagnes du roi Guillaume et du « duc de Marlborough. Cet homme n'a jamais bu que de la bière ordinaire; « il s'est toujours nourri de végétaux, et n'a mangé de la viande que dans « quelques repas qu'il donnait à sa famille. Son usage a toujours été de se « lever et de se coucher avec le soleil, à moins que ses devoirs ne l'en ■ aient empêché. Il est à présent dans sa cent treizième année, entendant

Je n'entrerai pas non plus dans de longs détails sur les soins que je prendrai pour ce seul objet; on verra qu'ils entrent si nécessairement dans ma pratique, qu'il suffit d'en prendre l'esprit pour n'avoir pas besoin d'autre explication.

Mec la vie commencent les besoins. Au nouveau-né il faut une nourrice. Si la mère consent à remplir son devoir, à la bonne heure : on lui donnera ses directions par écrit; car cet avantage a son contrepoids et tient le gouverneur un peu plus éloigné de son élève. Mais il est à croire que l'intérêt de l'enfant et l'estime pour celui à qui elle veut bien confier un dépôt si cher rendront la mère attentive aux avis du maître; et tout ce qu'elle voudra faire, on est sûr qu'elle le fera mieux qu'une autre. S'il nous faut une nourrice étrangère, commençons par la bien choisir.

Une des misères des gens riches est d'être trompés en tout- S'ils jugent mal des hommes, faut-il s'en étonner? Ce sont lesrichesses qui iescorrompent; et, parun juste retour, ils sentent les premiers le défaut du seul instrument qui leur soit connu. Tout est mal fait chez eus, excepté ce qu'ils y fout eux-mêmes ; et ils n'y font presque jamais rien. S'agit-il de chercher une nourrice, on la fait choisir par l'accoucheur. Qu'arrive-t-il de là? Que la meilleure est toujours celle qu'il l'a le mieux payé. Je n'irai donc pas consulterun accoucheur pour celle d'Emile: J'aurai soin delà choisir moi-même ; je ne raisonnerai peut-ètr-pas là-dessus si discernent qu'un chirurgien, mais à coup sûr je serai de meilleure foi, et mon zèle me trompera moinsque son avarice.

Ce choix n'est point un si grand mystère; les règles en sont connues; mais je ne sais si l'on ne devrait pas taireun peu plus d'attention à l'âge du lait aussi bien qu'à sa qualité. Le nouvpau lait est tout à fait séreux, il doit presque être apéritif pour purger les restes du meconium épaissi dans les intestins de l'enfant qui vient de naître. Peu à peu le lait prend de la consistance et fournit une nourriture plus solide à l'enfant devenu pins fort pour la digérer. Ce n'est sûrement pas pour rien que dans les femelles de toute espèce la nature change la circonstance du lait selon l'âge du nourrisson.

« Lien, se portant bien, et marchant sans canne. Malgré son grand âge, il « ne reste pas un seul moment oisif; et tous les dimanches i! va à sa « paroisse, accompagné de ses enfants, petits-enfants et arrière-petitsenfantà. »

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