LIVRE I
tempéraments auxquels le lait ne convient point, et alors nul absorbant ne le Leur rend supportable; les autres le supportent sans absorbants. On craint le lait trié ou caillé : c'est une folie, puisqu'on sait que le lait se caille toujours dans l'estomac. C'est ainsi qu'il devient un aliment assez solide pour nourrir les entants et les petits animaux : s'il ne caillait point, il ne ferait que passer, il ne nourrirait pas*. On a beau couper le lait de mille manières, user mille absorbants, quiconque mange du lait digère du fromage ; cela est sans exception. L'estomac est si bien fait pour cailler le lait, que c'est avec l'estomac de veau que se fait la présure.
Je pense donc qu'au lieu de changer la nourriture ordinaire des nourrices, il suffit de la leur donner plus abondante et mieux choisie dans son espèce. Ce n'est pas par la nature des aliments que le maigre échauffe, c'est leur assaisonnement seul qui les rend malsains. Réformez les règles de votre cuisine, n'ayez ni roux ni friture; que le beurre, ni le sel, ni le laitage, ne passent point sur le feu; que vos légumes cuits à l'eau ne soient assaisonnés qu'arrivant tout chauds sur la table : le maigre, loin d'échauffer la nourrice, lui fournira du lait en abondance et de la meilleure qualité2. Se pourrait-il que, le régime végétal étant reconnu le meilleur pour reniant, le régime animal fût le meilleur pour la nourrice? Il y a de la contradiction à cela.
C'est surtout dans les premières années de la vie que l'air agit sur la constitution des enfants. Dans une peau délicate et molle il pénètre par tous les pores, il affecte puissamment ces corps naissants, il leur laisse des impressions qui ne s'effacent point. Je ne serais donc pas d'avis qu'on tirât une paysanne de son village pour l'enfermer en ville dans une chambre et faire nourrir l'enfant chez soi; j'aime mieux qu'il aille respirer le bon air de la campagne, qu'elle le mauvais air de la ville. Il prendra l'état de sa nouvelle mère, il habitera la maison rustique, et son gouverneur l'y suivra. Le Lcteur se souviendra
1. Bien que les sucs qui nous nourrissent soient en liqueur, ils doivent être exprimés d'aliments solides. Un homme au travail qui ne vivrait que de bouillon dépérirait très promptement. Il se soutiendrait beaucoup mieux avec du lait, parce qu'il se caille.
2. Geax qui voudront discuter plus au long les avantages et les inconvénients du régime pythagoricien pourront consulter les traités que les doctours Gocchi et Bianchi, son adversaire, ont faits sur cet important sujet.
bien que ce gouverneur n'esl pas un homme à gages; c'est l'ami du père. Mais quand cet ami ne se trouve pas, quand ce transport n'est pas facile, quand rien de ee que vous conseillez n'est faisable, que faire à la place, me dira-t-on?... Je vous l'ai déjàdit.ceque vous faites: on n'apas besoin de conseil pourcela.
Les hommes ne sont pas faits pour être entassés en fourmilières, maisépars sur ia terre qu'ils doivent cultiver. Plus ils se rassemblent, plus ils se corrompent. Les infirmités du corps, ainsi que les vices de L'âme, sont l'infaillible effet de ce concours trop nombreux. L'homme est de ious les animaux celui qui peut le moins vivre en troupeaux. Des hommes entassés comme des moutons périraient tous en très peu de temps. L'haleine de l'homme est mortelle à ses semblables : cela n'est pas moins vrai au propre qu'au figuré.
Les villes sont le gouffre de l'espèce humaine. Au bout de quelques générations les races périssent ou dégénèrent : il faut les renouveler, et c'est toujours la campagne qui fournit à ce renouvellement. Envoyez donc vos enfants se renouveler, pour ainsi dire, eux-mêmes, et reprendre, au milieu des champs, la vigueur qu'on perd dans l'air malsain des lieux trop peuple*. Les femmes grosses qui sont à la campagne se hâtent de revenir accoucher à la ville : elles devraient faire tout le contraire. celles surtout qui veulent nourrir leurs enfants. Elles auraient moins à regretter qu'elles ne pensenl ; et, dans un séjour plusnaturel à l'espèce, les plaisirs attachés aux devoirs de la nature leurôleraient bientôt le goût de ceux qui ne s'y rapportent pas.
D'abord, après l'accouchement, on lave l'enfant avec quelque eau tiède où l'un mêle ordinairement du vin. Cette addition du vin me parait peu nécessaire. Comme la natuie ne produit rien de fermente, il n'est pas à croire que l'usage d'une liqueur artificielle importe à la vie de ses créatures.
Par la même raison, cette précaution de faire tiédir l'eau n'e^t pas non plus indispensable; et en effet des multitudes de peuples lavent les enfants nouveau-nés dans les rivières ou a la mer sans autre façon : mais les nôtres, amollis avant que de naître par la mollesse des pères et des mères, apportent en venant au monde un tempérament déjà gâté, qu'il ne faut pas exposer d'abord à toutes les épreuves qui doivent le rétablir. Ce n'est que par degrés qu'on peut les ramener à leur vigueur primitive. Commencez donc d'abord par suivre l'usage, et ne vous en écartez que peu à peu. Lavez souvent les enfant? ;