‹ Émile, ou, De l'éducation (volume 3)Chapitre 31 sur 300 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

C'est ici le sscond terme de la vie, et celui auquel proprement finit l'enfance; car les mots infans et puer ne sont pas synonymes. Le premier est compris dans l'autre, et signifie qui ne peut parler : d'où vient que dans Valère Maxime on trouve pueruiu infantem*. Mais je continue à me servir de ce mot selon l'usage de notre langue, jusqu'à l'âge pour lequel elle a d'autres noms.

Quand les enfants commencent à parler, ils pleurent moins. €e progrès est naturel; un langage est substitué à l'autre. Sitôt qu'il peuvent dire qu'ils souffrent avec des paroles, pourquoi le diraient-ils avec des cris, si ce n'est quand la douleur est trop vive pour que la parole puisse l'exprimer? S'ils continuent alors à pleurer, c'est la faute des gens qui sont autours d'eux. Dès qu'une fois Emile aura dit j'ai ma/, il faudra -des douleurs bien vives pour le forcer de pleurer.

Si l'enfant est délicat, sensible, que naturellement il se mette à crier pour rien, en rendant ces cris inutiles et sans effet, j'en taris bientôt la source. Tant qu'il pleure, je ne vais point à lui; j'y cours sitôt qu'il s'est tu. Bientôt sa manière de m'appeler sera de se taire, ou tout au plus de jeter un seul •cri. C'est par l'effet sensible des signes que les enfants jugent •de leur sens, il n'y a point d'autre convention pour eux : quelque mal qu'un enfant se fasse, il est très rare qu'il pleure quand il est seul, à moins qu'il n'ait l'espoir d'être entendu.

S'il tombe, s'il se fait une bosse à la tête, s'il saigne du nez, «'il se coupe les doigts, au lieu de m'empresser autour de lui d'un air alarmé, je resterai tranquille, au moins pour un peu •de temps. Le mal est fait, c'est une nécessité qu'il l'endure; tout mon empressement ne servirait qu'à l'effrayer davantage et augmenter sa sensibilité, au fond, c'est moins le coup que la crainte qui tourmente, quand on s'est blessé. Je lui épar-

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