‹ Émile, ou, De l'éducation (volume 3)Chapitre 97 sur 300 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

Il paît et nous laisse tous deux 1res confus. Je me blâme de ma molle facilité ;je promets à l'enfant de la sacrifier uneaulre fois à son intérêt, el de l'avertir de ses fautes avant qu'il en fasse; car le temps approche où nos rapports vont changer, et où la sévérité du maître doit succéder à la complaisance dib camarade : ce changement doit s'amener par degrés; il faut tout prévoir-, et tout prévoir de fort loin.

Le lenuemain nous retournons à la foire pour revoir le tour dont nous avons appris le secret. Nous abordons avec un profoud respect notre bateleur Socrate ; à peine osons-nous lever les yeux sur lui : il nous comble d'honnêtetés, et nous place avec une distinction qui nous humilie encore. 11 fait ses tours, comme à l'ordinaire ; mais il s'amuse et se complaît longtemps à celui du canard, en nous regardant souvent d'un air assez fier. Nous savons tout et nous ne soulflons pas. Si mon élève osait seulement ouvrir la bouche, ce serait un entant à écraser.

Tout le détail de cet exemple importe plus qu'il ne semble. Que de leconsdans une seule ! Que de suites mortifiantes attire le premier mouvement de vanité! Jeune maître, épiez ce premier mouvement avec soin. Si vous savez en faire sortir ainsi l'humiliation et les disgrâce» 4, soyez sûr qu'il n'en reviendra de longtemps un second. Que d'apprêts ! direz-vous. J'en conviens^ et le tout pour nous faire une boussole qui nous tienne lieu de méridiein

Ayant appris que l'aimant agit à travers les autres corps,, nous n'avons rien de plus pressé que de faire une machine semblable à celle que nous avons vue : une table évidée, un bas=in très plat ajusté sur cette table, et rempli de quelques lignes d'eau, un canard fait avec un peu plus de soin, etc. Souvent attentifs autour du bassin, nous remarquons enfin que le canard en repos affecte toujours à peu près la même direction. Nous suivons celte expérience, nous examinons cette direction : nous trouvons qu'elle est du midi au nord. Il n'en

donner naturellement ce langage à un bateleur? Je croyais avoir fait preuve au moins du talent assez médiocre de faire parler les gens dans l'esprit de leur état. Voyez encore la fin de l'alinéa suivant. N'était-ce pas tout dire pour tout autre que M. Formey?

1. Cette humiliation, ces disgrâces sont donc de ma façon, et non pas de celle du bateleur. Puis ;ue M. Formey voulait de mon vivant s'emparer de mon livre, et le faire imprimer sans autre façon que d'en ôter mon nom pour y mettre le sien, il devait du moins prendre la peine, je ne dis pas de le composer, mais de le lire.

faut pas davantage : noire boussole est trouvée, ou autant vaut; nous voilà dans la physique.

Il y a divers climats sur la terre, et diverses températures à ces climats. Les saisons varient plus sensiblement à mesure qu'on approche du pôle; tous les corps se resserrent au froid et se dilatent à la chaleur; cet effet est plus mesurable dans les liqueurs, et plus sensible dans les liqueurs spirilueuses : de là le thermomètre. Le vent frappe le visage; l'air est donc un corps, un fluide; on le sent, quoiqu'on n'ait aucun moyen de le voir. Renversez un verre dans l'eau, l'eau ne le remplira pas, à moins que vous ne laissiez à l'air une issue ; l'air est donc capable de. résistance. Enfoncez le verre davantage, l'eau gagnera dans l'espace l'air, sans pouvoir remplir tout à fait cet espace; l'air est donc capable de compression jusqu'à certain point. Un ballon rempli d'air comprimé bondit mieux que rempli de tout autre matière; l'air est donc un corps élastique. Étant étendu dans le bain, soulevez horizontalement le bras hors de l'eau, vous le sentirez chargé d'un poids terrible; l'air est donc un corps pesant. En mettant l'air en équilibre avec d'autres fluides, on peut mesurer son poids: de là le baromètre, le siphon, la canne à vent, la machine pneumatique. Toutes les lois de la statique et de l'hydrostatique se trouvent par des expériences tout aussi grossières. Je ne veux pas qu'on entre pour rien de tout cela dans un cabinet de physique expérimentale : tout cet appareil d'instruments et de machines me déplaît. L'air scientifique tue la science. Ou toutes ces machiues effrayent un enfant, ou leurs figures partagent et dérobent l'attention qu'il devrait à leurs effets.

Je veux que nous fassions nous-mêmes toutes nos machines; et je ne veux pas commencer pas faire l'instrument avant l'expérience; mais je veux qu'après avoir entrevu l'expérience) comme par hasard, nous inventions peu à. peu l'instrument qui doit la vérifier. J'aime mieux que nos instruments ne soient point si parfaits et si justes, et que nous ayons des idées plus nettes de ce qu'ils doivent être et des opérations qui doivent en résulter. Pour ma première leçon de statique, au lieu d'aller chercher des balances, je mets un bâton en travers sur le dos d'une chaise, je mesure la longueur des deux parties du bâton en équilibre, j'ajoute de part et d'autre des poids, tantôt égaux, tantôt inégaux; et, le tirant ou le poussant autant qu'il est nécessaire, je trouve enfin que l'équilibre résulte d'une propor-

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