LIVRE V
timents, dédain pour leurs vaines galanteries; vous leur ferez naître une ambition plus noble , celle de régner sur des âmes grandes et fortes , celle des femmes de Sparte , qui étolt de commander à des hommes. Une femme hardie , effrontée , intrigante , qui ne sait attirer ses amants que par la coquetterie , ni les conserver que par les faveurs, les fait obéir comme des valets dans les choses servilqs et communes : dans les choses importantes et graves elle est sans autorité sur eux. Mais la femme à la fois honnête, aimable et sage , celle qui force les siens a la respecter , celle qui a de la réserve et de la modestie, celle en un mot qui soutient l'amour par l'estime, les envoie d'un signe au bout du monde, au combat, à la gloire , a la mort , où il lui plaît ». Cet empire est beau, ce
1 Brantôme dit que, du temps de François I, une^pe personne ayant un amant babillard lui imposa un silence absolu et illimité , qu'il garda si fidèlement deux ans entiers, qu'on le crut devenu muetpar maladie. Un jour, en pleine assemblée , sa maîtresse , qui , dans ces temps où l'amour se faisoit avec mystère , n'étoit point connue pour telle, se vanta de le guérir sur-le-champ , et le fit
:n o EMILE.
me semble, et vaut bien la peine d'être acheté.
Voila dans quel esprit Sophie a été élevée , avec plus de soin que de peine, et plutôt en suivant son goût qu'en le gênant. Disons maintenant un mot de sa personne , selon le portrait que j'en ai fait a Émile, et selon qu'il imagine lui même l'épouse qui peut le rendre heureux.
Je ne redirai jamais trop que je laisse a part les prodiges. Émile n'en est pas un, Sophie n'en est pas un non plus. Émile est homme, et «Sophie est femme; voilà toute leur gloire. Dans la confusion des sexes qui règne entre nous , c'est presque un prodige d'être du sien.
Sophie est bien née , elle est d'un bon natu-
avec ce seul mot , Parlez. N'y a-t-il pas quelque chose de grand et d'héroïque dans cet amour-là? Qu'eût fait de plus la philosophie de Pythagore avec tout son faste? N'imagineroit-on pas un ^ divinité donnant à un mortel , d'un seul mot, l'organe de la parole? On ne me fera point croire que la beauté sans la vertu fît jamais un pareil miracle. Toutes les femmes de Paris *avec tous leurs artifices , seraient bien en peine d'en faire un semblable aujourd'hui»