‹ Emile, ou de l'Education (volume 4)Chapitre 57 sur 128 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

En tout ce qui tient au sexe , la femme et l'homme ofl partout des rapports et partout des différences ; la difficulté de les comparer vient de celle de déterminer dans la constitution de l'un et de l'autre ce qui est du sexe et ce qui n'en est pas. Par l'anatomie comparée , et même à la seule inspection , l'on trouve entre eux des différences générales qui paroissent ne point tenir au sexe ; elles y tiennent pour- , tant , mais par des liaisons que nous sommes hors d'état d'apercevoir : nous ne- savons jusqu'où ces liaisons peuvent s'étendre ; la seule chose que nous savons avec certitude est que tout ce qu'ils ont de commun est de l'espèce , et que tout ce qu'ils ont de différent est du sexe. Sous ce double point de vue , nous trouvons entre eux tant de rapports et tant d'oppositions , que c'est peut-être une des merveilles de la nature d'avoir pu faire deux êtres si semblables en les constituant si différemment.

Ces rapports et ces différences doivent influer sur le moral j cette conséquence est sensible , conforme à l'expérience , et montre la vanité des disputes sur la préférence ou l'égalité des sexes : comme si chacun des deux , allant aux fins de la nature selon sa destination

ro8 ÉMILE.

particulière , n'étoit pas pins parfait en cela , que s'il re&seîrubloit davantage à l'être ! En ce qu'ils ont dé commun , ils sont égaux ; en ce qu'ils ont de différent , ils lie sont pas comparables. Une femme parfaite et un homme parfait ne doivent pas plus së ressembler d'esprit que de vidage , et la perfection n'est pas sus^ ceptiblé de plus et de moins.

Danè l'union des sexes, chacun concourt également à l'objet commun , mais non pas de la même manière. De cette diversité naît la première différence assignable entre les rapports moraux dé l'tfn et de l'autre. L'un doit être actif et fort , l'autre passif et foible: il faut nécessairement que l'un veuille et puisse, il suffit qile PaWe résiste peu.

Cè principe établi , il s'ensuit que la femme est faite spécialement pour plaire à l'homme. Si l'homme doit lui plaire a son tour, c'est d'une nécessité moins directe : son mérite est dans sa puissance ; il plaît par cela seul qu'il est fort. Ce n'est pas ici la loi de l'amour , j'en conviens; mais c'est celle de la nature, antérieure â l'amour même.

1 Si la femme est faite pour plaire et pour être subjugée,elle doit se rendre agréable à l'homme

Page 1