‹ Émile Zola: notes d'un amiChapitre 9 sur 16 · A, MON AMI PAUL · texte numérisé non relu

A, MON AMI PAUL

La prose n'est point sotte, et, — disons-le tout bas, — Le plus souvent les vers sont de la sotte prose, De lourds empâtements de vert tendre et de rose, Des suites d'adjectifs, des oh ciel! des hélas! Un orgueilleux jargon où le pauvre poète Vous dit tout, — excepté ce qu'il a dans la tête.

C'est absurde, c'est plat. Et pourtant, jeune fou, "Voici que je rimaille, allant je ne sais où. Suant longtemps parfois pour trouver une rime. Prenant à chaque vers une pose sublime.

Et, — pourquoi le cacher? — croyant de bonne foi Qu'il n'est pas de poète aussi tendre que moi.

C'est que je crois encore à mille niaiseries. Aux femmes, à l'amour, aux bleuets des prairies. Et que je ne sais pas que, lorsqucT'vîent la faim. Mon beau rêve doré ne donne pas du pain.

Allez, allez, mes fers! bons ou mauYais, qu'importe! Si du monde idéal vous m'entr'ouvrez la porte, Si vos grelots d'argent me rappellent parfois Le bal mystérieux des sylphides des bois.

Allez et divaguez. Mes fleurettes mignonnes, Je veux faire de vous de riantes couronnes, Des bouquets parfumés, des guirlandes de fleurs. Hélas I ils n'iront point parer de tendres cœurs ; Ils n'iront point, cachés sous la flne dentelle. Effleurer le beau sein de quelque demoiselle. Brûler sa blanche gorge et palpiter, pressés Sous les bonds de son cœur, comme sous des baisers. Je ne suis qu'un poète, et ma maîtresse blonde Est fille de la flamme ou bien fille de l'onde. Je ne la vois jamais que dans Tàtre brûlant.

Salamandre joyeuse au voile étincelant, Ou dans Teau du torrent qui tombe des collines. Riante sur l'écume au milieu des ondines.

Mon pied n'a pas heurté des sophas de boudoir ; Et, comme on passe auprès d'un mendiant, le soir, Redoutant que la main qui demande, ne prenne. Les femmes ont passé, s'enfuyant dans la plaine. Calme et serein, voyant leurs yeux se détourner^ J'aime un bel idéal qui ne se peut faner.

Mais si mes faibles mains, ô couronne embaumée, N'ont pas tressé vos fleui^ pour une bien-aimée, Si je n'ai pas mêlé mes vers capricieux

Pour faire un seul instant sourire deux beaux yeux, mon humble bouquet, c'est qu'il est par le monde Un cœur que je préfère au doux cœur d'une blonde. Un tendre et noble cœur sur lequel aujourd'hui Je vous mets, pour distraire un instant son ennui. Allez vers mon ami, car sa mâle poitrine Est préférable aux seins d'une gorge enfantine, Et vous brillerez mieux sur son noir vêtement Que parmi les bijoux d'un corsage charmant.

Mais où suis-je, bon Dieu ! Je viens de me relire, Et ces vers, commencés par un éclat de rire, Se terminent, fleuris, par un plaintif accord, Comme un flot apaisé qui vient baiser le bord. Insensé ! je voulais railler la poésie.

Et je reprends bientôt ma chère rêverie ; Moi qui voulais, ce soir, être sage et prudent, Voici que je me perds dans la nue en montant. Pardon, mon vieil ami, si ma cervelle folle S'égare et prend toujours le chemin de l'école ; Pardon, si je n'ai pu te distraire un moment. Me faire mieux comprendre et parler sagement.

Lycée Saint-Louis^ 1858.

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gue je veux, sur le coteau, C'est, Imîague Mai vient nous sourire, Une cabane qui se mire Dans le miroir clair d'un ruisseau ; \ i

C'est un nid perdu sous les branches.

Où ne conduise aucun chemin, Un nid qui n'ait d'autre voisin Que le nid des colombes blanches.

Ce que je veux, à l'horizon.

C'est, au pied d'une roche grise, Un bouquet de pins dont la brise Le soir apporte la chanson ;

ÉMILB ZOLA.

C'est une suite de vallées, Où les rivières, dana leurs jeui.

Errent d'un pas capricieux.

Blanches sous les vertes feuîUées ;

Où les viens oliviers songeurs Courbent leurs têtes grisonnantes ; Oii les vignes, folles amantes.

Grimpent gaîmenl sur les hauteurs.

Ce que je veux, pour mon royaume.

C'est à ma porte un frais sentier, Berceau formé d'un églantier Et long comme trois brins de chaume ;

Un tapis de mousse odorant, Semé de Ihym et de lavande, Seigneurie à peine aussi grande Que le jardinet d'un enfant.

Ce que je veuï, dans ma retraite, Créant un peuple à mon désert.

C'est voir, sous le Teuillage vert, Flotter mes rêves de poète.

Mais, avant tout, ce que je veux, Sans quoi j'abdique et me retire, Ce que je veux, dans mon empire, C'est une reine aux blonds cheveux ;

Reine d'amour à la voix douce, Au front pensif, aux yeux noyés, Et dont les mignons petits pieds Ne fanent pas mes brins de mousse.

Aix, mai 1839.

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