SCÈNE XII
EDMON, ROSE.
ROSE , à la coulisse.
J'y suiSj monsieur Friller, ne vous dérangez pas. Je vais
m'étendre dans la cariole et faire un somme d'ici jusqu'^ la ferme. ( Voyant Edmon. ) Oh ! excusez , Monsieur ; je ne savais pas. . . .
EDMON.
Que vois-je ? il me semble. . .
ROSE
Ah ! mon Dieu î
EDMON.
C'est toi , Rose.
ROSE
Monsieur Edmon!... oh! que je me pende à votre cou , que je vous serre de toutes mes forces. Encore monsieur Edmon ! encore. Oh ! il n'y a pas d'uniforme qui tienne $ comment ! c'est vous , c'est vous , c'est vous !
EDMON.
Je suis tout attendri.
Et moi donc, tenez , voyez.
edmon.
Tu pleures ?
ROSE
Je crois ben; j'ai assez de plaisir pour ça , et votJ père , et vot' frère , et mamselle Emma ?. . . Oh î cette rdouce et bonne Emma qui compte si lentement les jours de votre absence.
EDMON , à part.
Emma !
ROSE
Et les voisins , et le pasteur, et le vieux befger , tout ça va pleurer de joie comme moi. Oh ! je vous emmène , Monsieur, not' voiture est là -bas avec la jument blanche, vous savez? Comment c'est vous ; ohî j'en deviendrai folle.
EDMON.
Calme-toi ? ma pauvre Rose.
ROSE
« Eh ! mais ^ mon Dieu , quand j'y pense; j'ai jeté ce matin à la poste une lettre que votre père vous écrit clans ce pays si loin , où il vous croit encore. Quelle surprise vous nous faites là... Ah! je vois ce que c'est; vous avez voulu arriver à la ferme pour le beau jour de demain.
EDMON.
Quel beau jour? que veux-tu dire?
Eh! pardi , le vingt- cinq de juin.
EDMON , vivement.
La fête de mon père !
ROSE
Ehl sûrement, où avez-vous donc la tête?
EDMON.
Tu as raison . ( bas. ) Ah ! mon cœur n'a plus de mémoire.
ROSE
Vous n'y étiez pas l'an passé ; mais enfin vous voilà , et ce sera une double joie.
EDMON , vivement.
Oui, sans doute , demain matin je serai à la ferme.
ROSE
Tout justement pour danser à la noce.
EDMON.
Et qui donc se marie demain ?
ROSE
Mais votre frère , avec Louise , la sœur aînée d'Emma ; deue"81"1 i0Ur P°Ur i0Ur' V°US éP0userezlaca-
ai
EDM0N , à demi-voix»
Moi ? que diront -ils lorsque demain...
Demain , dites-vous ? ah ! oui ; vous voudriez ben que ce fût demain. Ah ! quelle compagne vous aurez là ! c'est un ange , et un ange qui est tout amour pour vous. EDMON , à part.
Quels souvenirs elle vient me rappeler. Ecoute 9 Rose, je te supplie de garder le silence sur mon retour; me le promets-tu ?
ROSE
Je le crois bien, ma foi 5 c'était mon projet. Faut ménager cette surprise à tout le monde.
edmon. :
Demain matin, je dois... il faut qn« j'accompagne madame Palmer à sa terre, qui est tout pièi de la ferme.
rose.
Bon , bon , et vous arriverez tout juste pour le déjeûner.
EDMON.
Oui... On vient , va-t-en, dépêche -toi.
ROSE
Adieu } cher monsieur Edmon.
EDMON.
Adieu.
rose.
A demain.
EDMON.
A demain.
Oh ! mon Dieu, mon Dieu , que je suis heureuse.