Emmanuel Chabrier et Gwendoline
H.ENSEL ET Gretel, û'E. Htimpcrdinck. KÉRiM, Le Reouiem, La Belle au Bois Dormant, Piïn-
THÉsiLÉE. Les Lieds de France, Les Chansons a
Danser, dWlfred Briineau..
Les Interprètes musicaux du Faust de Gckthe (épuisé). Messidor, (VAlfred Bruneiui.
L'OEuvRE lyrique de César Franck.
L'OEuvRE théâtral de Meyerbeer.
L'Ouragan, lV Alfred Brnneau.
Proseri'Ine, de Saint-Saëns.
Le Rêve, d'Alfred Bruneau.
Samson et Dalila, de Saint-Snëns.
Sancho, de E. Jiiqnes-Dalcroze.
Tannh.euser.
Les Troyens, de Berlioz.
Le Vaisseau Fantôme.
Ouvrages divers
CoiJ.oT d'IIeriîois a Nantes, d';iprès une pièce originale découver le dans les Archives de la Ville-
Dix jours a Bayreuth.
Le Théâtre a Nantes depuis ses origines jusqu'à nos
JOURS (1430-1901), avec dix gravures e'. un porlrail. Notes de Voyage.
Souvenirs de Bayreuth.
En préparation
Consonnances et Dissonances.
(Etiexse T>ESTRANGES
ET
PRHIS
I^ilDra-irie KISCXÎBJLCKBI^
(SOCIIÎTÉ anonyme)
33, Tiue de Seine, 33
BIBLÎOTHECA "i
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Camille EÎ^LiflNGEfî
?Amical Souvenir
Emmanuel Cbabrier
ET
Gvy^endoline
Près de quinze ans se sont écoulés et je crois le revoir encore, court, trapu, légèrement bedonnant, le front dégarni, le geste exubérant, entrant avec son bon rire franc et sonore dans la Restauration Samet, à Bayreuth, ou blaguant, avec une verve endiablée, pendant une soirée à Wahnfried, les sandwichs au fromage de M^^ Cosima Wagner. Il était plein de vie, alors, et de joyeuse espérance. Et pourtant, sous les apparences d'une santé robuste, il portait déjà le germe de la terrible maladie qui, quelque temps après, allait faire de lui une lamentable loque humaine et finalement l'emporter à peine âgé de cinquante-deux ans !
Emmanuel Chabrier était né à Ambert, où son père exerçait la profession d'avocat, le 18 janvier 1842. Il fit une partie de ses études au Lycée Saint-Louis, à Paris,, puis il prit ses inscriptions de droit et entra enfin, en 1862, au ministère de l'Intérieur. Les loisirs que lui laissaient les bureaux permirent au jeune homme de développer le goût qu'il s'était récemment découvert pour la musique. Enfant, il n'avait montré, en effet, aucune disposition particulière pour elle. Dans sa famille, d'ailleurs, on était peu porté pour les arts.
Chabrier se livra avec ardeur à l'étude du piano. Admirablement doué, il fit de rapides progrès et il devint bientôt un pianiste de tout premier ordre : il avait une main gauche véritablement extraordinaire.
En même temps, il étudiait l'harmonie et la composition avec Aristide Hignard, l'auteur de cet Hamleî qui laisse loin derrière lui, sous le rapport de l'exacte traduction de la pensée shakespearienne, l'opéraparodie d'Ambroise Thomas.
Après être demeuré dix-sept longues années au ministère de l'Intérieur, Chabrier donna sa démission en 1879. Il se consa
cra, dès lors, entièrement à la musique. Déjà il avait fait jouer en 1877, aux Bouiîes- Parisiens, un opéra-boufïe en trois actes, V Etoile. Cette œuvrette contient des passages charmants dénotant une réelle personnalité. Lamoureux, qui avait su vite apprécier le talent d'exécutant et les précieuses qualités musicales de Cliabrier, le chargea de diriger ses chœurs et de préparer avec lui l'exécution des œuvres wagnériennes. Admirateur fervent de Wagner, Chabrier était l'un des habitués les plus exacts de cette réunion de musiciens, qui, sous le nom de Petit Bayreutli, exécutait, avec une ardente passion, certains fragments des chefs-d'œuvre du Maître. A la suite d'un voyage qu'il lit, en 1883, dans la Péninsule Ibérique, Chabrier écrivit cette étincelante Espana qui, jouée avec un immense succès aux Concerts Lamoureux, rendit célèbre, du jour au lendemain, son nom auprès du gros public.
Une des plus délicieuses compositions de Chabrier, la Sulamite, pour soprano, chœurs et orchestre, fut jouée, encore chez Lamoureux, en 188o. L'année précédente, léminent chef d'orchestre qui fut toujours pour Chabrier l'ami le plus tendre, le défenseur
le plus convaincu, avait joué aussi une scène de (Twendoline.
Cette œuvre vit enfin le jour à la Monnaie, le 18 avril 1886. A partir de ce jour, la guigne semble poursuivre Chabrier. La faillite de la direction Verdhurt interrompit Gu'ouioUiir, dont le succès avait été considérable, à la troisième représentation (1). La même aventure devait arriver, trois ans plus tard, au compositeur, cette fois à rOpéra-Comique, où sa nouvelle partition, le Roi malgré lui, fut arrêtée, elle aussi, à sa troisième soirée, par l'incendie du Théâtre. Un moment, Chabrier craignit même que sa partition manuscrite, dont il n'avait pas de copie, n'eut péri dans les flammes. Il n'en était rien, heureusement, mais le pauvre musicien passa par quelques heures d'angoisse affreuse.
Le Roi malgré lui, écrit sur un livret hybride, anti-musical au premier chef, était peu propre à servir l'inspiration de Ciiabrier. Cet opéra-comique contient cer-
(1) Comment se fait-il que, depuis lors, la Monnaie n'ait pas repris Gicendoline ? Les directeurs actuels de ce th;''àtre, MM. Kufïerath et Guidé, étaient pourtant, jadis, des admiru leurs de l'œuvre de Chah ier.
taines pages de valeur où s'afiirment, une fois de plus, les brillantes qualités de Ghabrier, mais, dans son ensemble, il manque d'unité et la musique est souvent en disproportion avec le sujet.
Une autre partition qui, celle-là, promettait d'être un chef-d'œuvre est restée inachevée. Le premier acte de Brisris existe, seul, complètement au point. Les auditions que Lamoureux en a données ont permis d'apprécier les beautés hors ligne de ce fragment où Ghabrier s'est élevé à des hauteurs qu'il n'avait pas encore atteintes(i),
Dans des genres différents, Ghabrier a publié : Ode à la Musique, pour soprano, chœurs et orchestre ; Suite pastorale ; Habanera (id) ; Marche joyeuse (id) ; des morceaux de piano ; Bourrées fantasques ; Pièces Pittoresques ; Vctlses ; des mélodies, dont trois : la Villanelle des petits Canards, la Ballade des gros Dindons, la Pastorale des Cochons roses sont de la plus amusante fantaisie.
Le rêve de toute la vie de Ghabrier avait été de voir sa chère (hcendoline représentée à l'Opéra. M. Gailhard lui fit longtemps
(l) G. F. Etienne Destranges. Un chef-d'o' livre inachevé : Briséis, rtudo analytique ei. thématique. Fischbacher, éditeur.
attendre celte joie. Quand, enfin, l'Académie nationale de Musique se décida à monter cet admirable ouvrage, il était trop tard. Depuis un an Ghabrier, atteint de paralysie cérébrale, n'était plus qu'un cadavre vivant. A la })remière de Giccndoline, on vit l'infor tuné compositeur joindre inconsciemment ses applaudissement à ceux du public et s'écrier : a C'est très bien ! Très bien ! »
Quelques mois après, en septembre 1894, la mort libératrice venait frapper Chabrier, dans cet appartement de lavenue Trudaine, qu'il s'était plu à orner, lui le coloriste outrancier des sons, des toiles lumineuses des impressionnistes.
Emmanuel Chabrier est, peut-être, le musicien le plus personnel de l'école fran çaise moderne. Malgré son enthousiasme pour Wagner, dont il connaissait les parti tions sur le bout du doigt, il prit bien soin de ne pas se laisser absorber par le Titan de Bayreuth. Toujours il estresté lui-même. Son style, que certaines tournures rendent si facilement reconnaissable, son harmonie d'un modernisme extrême, où il accumule, à plaisir, toutes les audaces possibles, son instrumentation d'un coloris exacerbé, mais parfois aussi d'une douceur exquise.
où fourmillent les associations de timbres les plus curieuses et les plus nouvelles, la variété et la puissance de ses rythmes, la belle franchise des idées mélodiques et aussi parfois, il faut bien le reconnaître, la vulgarité bon enfant de quelques unes d'entre elles, caractérisent de la façon la plus nette, la plus précise, la pliysionomie artistique de l'auteur d'Espana, de liirendo Une et de Briséis.
Représentée, pour la première fois, au Théâtre de la Monnaie à Bruxelles, en 188fi, à Karlsruhe en 1889 et à Munich en 1890, Gwendoline attendit sept ans avant de paraître à l'Académie nationale de Musique. Monté sans conviction , quelques mois seulement avant la mort du pauvre Chabrier qui, dans le triste état de sa santé ne put en surveiller les études, cet ouvrage si vivant, si inspiré, fut retiré de l'afïiche après quelques représentations pour céder la place à une TlidisH! L'avenir vengeur saura remettre les choses en place et, alors que la plate et banale partition de Monsieur Massenet aura été rejoindre dans la pous-
sière des bibliothèques le lamentable tas des opéras du trop fécond compositeur, le chef d'œuvre de Chabrier reprendra triomphalement, dans le répertoire, la place qui lui est due et que la néfaste direction Gailhard lui dénie de si indigne façon comme elle dénie la leur à ces deux autres œuvres capitales de l'école française : Messidor et Thamara.
Le livret de Gu'çndoUne a pour auteur M. Catulle-Mendès. C'est dire qu'il est écrit en vers sonores et opulents. Ce poème simple et bref, d'un symbolisme net et clair — la faiblesse et la grâce féminines victorieuses de la force brutale et de la rudesse masculines — et dont le recul dans une époque éloignée, fin du vin^ siècle, n'affaiblit en rien la donnée essentiellement humaine, offrait à l'inspiration d'Emmanuel Chabrier des situations fort musicales.
Gwendoline possède une longue et superbe ouverture, étincelante page symphonique, où sont exposés, avec un éclat incomparable, une fougue extraordinaire, quelquesuns des principaux motifs de l'ouvrage.
Une analyse très serrée de cette composition, d'une extrême complexité, n'est guère possible et deviendrait vite fastidieuse. Je
me contenterai donc de donner seulement quelques points de repère (^). Et d'abord, attirons l'attention sur une particularité de cette ouverture. Malgré son développement, elle est entièrement écrite dans un seul mouvement (allefjw con f'uoco, C barré, 6,4). A la mesure 5 de la page 1, la clarinette basse et les violoncelles, auxquels se joint, à la mesure 6, le cor anglais, amènent une phrase du chœur des pirates, au premier acte : (( Xoiis sommes les grands loups voraces )). Ce motif reparaît plusieurs fois. Sa seconde partie (m. 6 et 7) se compose du dessin caractéristique qui. dans le courant de l'œuvre, s'applique constamment aux Danois. Il forme l'une des hases principales de l'ouverture.
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Dès la page 5, m. 1 et 2, on trouve une première transformation, en valeurs aug-
(li II pxiste deux rrJitions de Gwendoline. Toutos les indications pag'iuales de la présente étude se rapportent à la seconde édition, celle qui est précédée du livret. La pagination des deux éditions est la même jusqu'à la page 174.
menlées de ce thème. Deux phrases empruntées au duo d'amour du second acte se l'ont entendre page 6. La première, un motif de Bonheur,
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commencée par la clarinette basse et les cordes, m. 2, 3, 4 et 5, continuée, m. 6 et suivantes par les llùtes, les hautbois et les clarinettes, se superpose, à partir de cette dernière mesure, à la seconde, un motif d'Angoisse,
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gémie par les bassons et les violoncelles. Ces deux thèmes se maintiennent à l'or-
chestre pendant quelques mesures, puis, p. 8, m. 3, les flûtes, les hautbois, le cor anglais et les clarinettes lancent une trans formation du motif d'Harald que voici sous sa forme principale.
Ce dernier, tantôt alterne avec celui des Danois (1), tantôt se superpose à lui. La clarinette solo déroule ensuite, p. 13, m. 1 et suivantes, une phrase chantée par Gwendoline, au premier acte, et qui exprime sa Pitié pour la vie errante des pirates du Nord.
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Page 15, m. 7 et suivantes le cor anglais, le cor et les altos exposent la belle et radieuse mélodie par laquelle Harald, d'abord, et plus tard les deux amants avant de mourir, célèbrent les splendeurs du
Walhalla et Tapparition de la Walkyrie, annonciatrice du trépas des héros.
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Cette phrase reparaît, fragmentée et entremêlée avec le motif des Danois (1), en sa forme augmentée. Le tendre thème de la Pitié (5) se fait réentendre pour s'efîacer, p. 24, m. 8, et pages suivantes, devant une nouvelle modification de celui des Danois (1). Après le développement, p. 24, 25, dune phrase passionnée, le thème d'Harald (4) revient p. 26, m. 3, 5, superposé à cpette forme du motif barbare qui, après ètfe réapparue plus loin, en valeurs augmentées, subit, p. 30, m. 5 et suivantes et pages suivantes, une autre transformation. Alors, tandis que cette dernière se maintaint aux violons, le thème du Walhalla (6) éclate à toute force, proclamé majestueusement par les cuivres, cette fois, dans le ton d'ut majeur. Au bout de quelque temps les sonorités diminuent, pendant quatre me-
sures, pour laisser p. 39, m. 2, 3, 4 et o, le hautbois et le cor anglais, auxquels s'adjoignent presque aussitôt les flûtes et les clarinettes, exhaler le motif apaisé de Gicen- (loline
puis le fortissimo recommence et l'ouverture s'achève dans une fulgurante péroraison.
La scène se passe sur les côtes de la Grande Bretagne. Au premier acte, nous sommes dans un creux de vallon près de la rfier. C'est le matin. Hommes et femmes se préparent ù commencer le travail de la journée.
Les quelques mesures d'orchestre qui précèdent le lever du rideau, instrumentées d'une délicate façon, contrastent, par leur caractère reposé et agreste, avec les puissantes sonorités de l'ouverture. Le chœur saluant le leverdu soleil estd'une délicieuse fraîcheur. L'accompagnement est une petite
merveille. Cependant, flûtes et violons murmurent en valeurs diminuées le motif de Gwendoliue qui se maintient, sous cette forme, pendant que la jeune fille (soprano) commande aux femmes d'aller aux champs et aux hommes de prendre la mer. Au moment où son père, le vieil Armel (ténor), va partir pour la pêche, Gwendoline se sent prise d'inquiétude car les Danois ont été aperçus au large sur leurs navires aux formes étranges. A ce moment apparaît, p. 64, m. 2 et suivantes le motif d'Harald (4). Celui de Gwendoline (7) affecte deux nouvelles formes p. 66 m. 2 et 6.
La jeune fille reste seule avec ses compagnes. Celles ci raillent légèrement Gwendoline qui a vu, dans un songe, un Danois l'emporter sur la mer. Le C des pages 76, 77 est d'un effet délicieux. La légende, dans laquelle la vierge saxonne évoque les barbares aux cheveux roux, a bien le rude caractère qui convient. Elle est basée sur une forme du motif des Danois (1) coupée par une intervention charmante des chœurs, répétée à la fin du morceau. Au milieu de la légende on trouve une phrase attendrie de Gwendoline : « Et pourtant je les plains parfois)) qui ramène le thème de la Pitié (5).
Tout à coup, on entend dans le lointain descris de détresse que dominent les farouches appels des Danois. Saxons et Saxonnes se précipitent sur la scène, épouvantés. A l'orchestre passe et repasse, modifié, le motifsur lequel, dans la légende, Gwendoline lance lappel : HéJiéyo! et qui ofïre avec celuid7ïcrra/(/(4) une certaine parenté. Les Danois arrivent eu chantant un chœur farouche dont le thème principal est celui signalé aux premières mesures de l'ouverture. Et tandis qu'éclate le thème d'Harald, les pirates saluent leur chef vainqueur. Celui ci (baryton) entonne alors en l'honneur des épées un chant large et énergique d'une couleur violente et barbare. Parfois, à l'accompagnement, le motif d'Harald (4) reparaît transformé. Le chef Danois, en des phrases dont le chromatisme augmente l'intensité expressive, ordonne à Armel de lui livrer son or et ses moissons. Le vieillard refuse fièrement. Harald lève son glaive pour le frapper mais Gwendoline se jette entre les deux hommes. A sa vue le Danois reste stupéfait. Son épée descend doucement et il se met à sourire d'un air un peu hébété. Alors, après une brève réapparition du motif de Guendoline (7), les cors
et les violoncelles chantent ï Amour qui, brusquement, vient de s'emparer d'Harald.
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Immobiles tous les deux sous les regards de la foule, le roi de mer et la jeune saxonne échangent un long regard. La phrase passionnée (8) résonne à nouveau pour s'unir, cette fois, à une modilication du motif de GivendoUne (7). Il y a là deux pages d'une absolue beauté. Tout à coup, Harald se réveille ; le thème qui lui est particulier (4) rugit à l'orchestre et celui de Gwendoliiie (7), encore modifié, lui répond doucement. Le chef danois ordonne à tous de se retirer et il retient la jeune fille.
Alors commence le long duo au cours duquel Gwendoline séduit Harald. Nouvelle Omphale elle force ce nouvel Hercule à chanter <ivec elle son refrain de fdeuse. La psychologie de cette scène a remarquablement été traduite par le musicien.
L'amour brutal d'Harald s'adoucit peu à
peu au contact de la vierge et celle ci finissant par admirer la force du barbare, heureuse de sentir son pouvoir sur cette nature fruste mais franche, se prend elle même, au piège qu'elle a tendu. Au début du duo, p. 121, on retrouve la longue phrase d amour. Le thème de Gicendoline (7) reparaît, transformé encore, p. 123 quand elle dit son nom à Harald. Le chef le répète, extasié, en une phrase d'une exquise poésie, puis, sur un retour en valeurs très diminuées de son leitmotic (4), il hurle son nom rudement sonore. Gwendoline recule légèrement elîrayée. Harald se radoucit vite et retombe dans la contemplation passionnée de la jeune fille dont le thème (7) revient encore p. 125 m. 1 et suivantes. Le chant d'Harald : « Je vis dans la bourrasque amcrcjr suis né sjir le flot mourant », énergiquement rythmé, est d'une belle envolée lyricfue. Une nouvelle transformation du motif ù' Harald (4) est à signaler p. 127 m. 6 et suivantes. On le trouve encore, sous une Hutre de ses formes, p. 129, quand le Danois raconte qu'il est tombé, un jour, le front sanglant, dans la bataille et qu'il crut alors que l'heure était venue de prendre vers le Walhalla son essor, car la Wal
kyrie lui apparaissait dans les nuées. Ici revient, chantée par Harald mais cette fois en valeurs diminuées, la magnitique mélodie du ira//// a//a (6). Coquettement, Gw^endoline demande au jeune homme si elle ressemble à la guerrière au casque d'or. Certes, elle est aussi belTe et non moins fière! Harald interroge la Saxonne sur ses occupations : elle lui répond en une délicieuse phrase sous laquelle son motif subit une amusante transformation, puis elle se met à courir dans les broussailles, cueille des fleurs et, tout en les tressant en couronne, elle commence, sur un accompagnement d'une délicatesse extrême, l'adorable chanson : On prend des églaiitlnes hlanches. Gwendoline veut coiffer Harald du léger diadème ; il le rejette violemment à terre et, dans un allegro à l'accompagnement duquel l'orchestre ramène la phrase : Je ris dans la bourrasque amère... il dit son mépris des caresses. Ses maîtresses à lui feont les rafales et il veut partir libre et lier. Le motif de Girendoline (7), revient p. 140 m. 7 et suivantes : celui d' Harald (4) m. Il, 12, et p. 141. Modifiés, ces deux thèmes reparaissent de nouveau p. 142, m. 9, quand Gwendoline commande à
Harald de ramasser la couronne. Le Danois proteste d'abord, mais un long regard de la jeune fdle le fait bientôt céder, tandis que vibre l'amoureuse mélodie (8). Gwendoline demande au chef de lui apporter son rouet. Lf^ thème d'Harald (4), souligne son geste de protestation ; pourtant, il saisit le léger instrument et le donne à Gwendo line qui se met à chanter une ravissante ballade dont tout le début est d'une mélancolie intime et d'une distinction extrême. L'accoiupagnement de ce morceau oiïre un effet imitatif excessivement réussi du ron ronnement du rouet. Harald, éperdu de dé sirs, répond à Gwendoline en une phrase pleine dune passion chaleureuse. La vierge, qui comprend le pouvoir qu'elle exerce sur le barbare, veut essayer jusqu'où il peut aller. Elle lui demande, maintenant, de chanter avec elle. Harald commence par se révolter; son refus est scandé à plusieurs reprises par son motif. Sa chanson, à lui, est tout autre, et il reprend le chant des épées. Gwendoline l'admire dans sa colère mais, insistant toujours, elle reprend le refrain du rouet.
A ce moment, les Danois rentrent en scène. A la vue de leur chef en contempla-
tion devant Gwendoline, ils restent stupéfaits et murmurent. Violemment Harald les fait taire puis, s'adressant à Armel, il lui demande la main de sa fille. Celui-ci répond qu'il la laisse libre. Les Saxons s'étonnent mais le vieillard leur fait part de son projet. Pendant les fêtes de la noce, alors que les pirates auront quitté leurs armes, on les massacrera . Un nouveau thème s'affirme p. 162 au 3/4.
Son caractère sombre et sinistre sou ligne bien la Tralmon projetée. Harald implore Gwendoline. Celle-ci, avant de lui répondre affirmativement, exige qu'il obéisse sans mot dire et qu'il chante avec elle. Définitivement vaincu, le Danois consent à reprendre la chanson. Un fort bel ensemble termine l'acte. Le rideau tombe ]). 173, m. 6 et 7, sur une transformation du thème de Giccndoline (7) et m. 8. 9 , sur un fragment de celui iï Amour (8). Les mêiîies motifs étaient déjà réapparus précédemment, le premier p. 161, m. 7 ; le
second p. 160 m. 1 et suivantes et p. 164 m. 1 et suivantes. Celui d' Ha raid (4) était revenu p. 156 m. 3 ; lo9 m. 2. et celui des Danois (1) p. 159 m. o et suivantes.
Un niagiiitique prélude, chastement passionné et admirablement traité au point de vue symphonique, précède le second acte. Il est basé, en sa majeure partie, sur une transforuKition du thème de Ga-endolijie (7) que la clarinette basse expose p. 182 m. 3. Deux phrases indépendantes, dune très belle inspiration mélodique, en constituent aussi les éléments. La première apparaît à la clarinette solo p. 183 m. 3 et suivantes et subit une transformation p. 191 m. 5 et suivantes ; la seconde se rencontre au poco agiîaîo de la p. 186 chantée par les premiers violons est superposée au motif de GivendolUu' (7).
La chambre nui)iiale sert de cadre au second acte. Au lever du rideau, Armel, morne et rêveur, écoute le chant des tilles saxonnes qui. au dehors, fêtent les fiancés. Le vieillard combine ensuite avec deux serviteurs fidèles le piège où doivent se prendre les trop confiants Danois. Réapparition du thème de la Trahison (9) p. 198 ; très intéressante modilication de celui des
Danois (1) p. 201 m. 3 et suivaates. A signaler aussi le lento d'Armel ; « Je leur offre ce jour d'hymen joyeux et beau... » Les Saxons et les Danois sans armes pénètrent dans la chambre en chantant un chœur nuptial à l'accompagnement très travaillé. On y rencontre, à la p. 212 m. 4 et 5, une altération de la phrase d'Harald : (< Je vis dans la bourrasque amère » et m. 6 et 7, le thème de Gwendoline (7).
Nous arrivons, maintenant, à l'une des pages capitales de l'œuvre, à Tune des plus fières inspirations de la musique française contemporaine, je veux dire YEpithalame.
Dans cet admirable morceau, les chœurs, très divisés, atteignent , parfois , jusqu'à onze parties. La mélodie, d'une fraîcheur pleine de sérénité, se déroule sur un accompagnement richement ouvré. La phrase d'Armel : (( Enfants, je vous bénis avec mes bras tremblants... » est d'une majesté souveraine, d'un pénétrant sentiment religieux et, quand elle reprise en ensemble par toutes les voix, l'effet atteint à une rare beauté. Une pareille page suffit, à elle seule, pour illus trer un musicien. Tandis que les bassons grondent le motif de la TraJiisonid). Armel glisse un couteau à sa fille et lui ordonne
de tuer son époux quand il sera endormi. Gwendoline pousse un cri d'horreur. Les chœurs s'éloignent en reprenant le motif de VEpithalame et les deux époux restent seuls en présence l'un de l'autre.
Harald tend les bras à Gwendoline ; mais aux paroles d'amour de son mari, la jeune femme répond en le suppliant de fuir au plus vite. Tout le début du duo est bâti sur deux thèmes, déjà apparus dans l'ouverture, qui disent l'un le Bonheur (2) d'Harald, l'autre V Angoisse (3) de Gwendoline. Celle-ci avoue que, le matin, elle s'est montrée coquette — les violoncelles et les contrebasses ramènent ici en pizzicati le motif de la Chanson du rouet — mais, maintenant, Harald l'a conquise à son tour, toute sa vie est à lui et elle lui fait cet aveu en une phrase très passionnée. Le barbare pousse un rugissement de joie. Et il fuirait maintenant ! Allons donc ! Le motif des Danois (1) revient p. 254. Harald, d'ailleurs, ne croit pas au danger. Ses vieux compagnons sont en bas et veillent. Gwendoline finit par se laisser convaincre. Après tout, ses craintes sont peut-être vaines et elle s'abandonne aux caresses de son époux. Les passages culminants de cette
scène sont X'Andanie d'Harald : u Viens, quittons les sombres chimères... )), la phrase enivrée : (( Laisse-moi respirer le miel de tes cheveux )) et l'adorable lento à deux voix d'un si pénétrant sentiment : (( Soir nuptial, silence profond et doux », dont racconipagnenient, dominé par une phrase de violon solo, est un véritable bijou, délicatement ciselé. Le thème de Gwendoline (7) revient vers la tin de ce passage p. 274. Tout à coup, on entend dans la salle d'en bas des cris de détresse, soutenus par le motif de la Trahison (9). Gwendoline tend à Harald le couteau que lui a donné son père. Tous les deux se ruent au dehors.
Au troisième acte, le drame se dénoue dans une site farouche près de la mer. Au loin, on a[)erçoit les voiles rouges et les proues hideuses des vaisseaux danois. Un prélude emporté prépare bien les auditeurs aux scènes de meurtre qui vont suivre.
Page 279, m. 1 et suivantes un thème exprime la Fuite éperdue des barbares désarmés.
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Même page, m. 10, le motif des Danois '[) subit une belle modification. On le retrouve aussi sous une autre forme, p. 281 m. 8 et 9.
Au lever du rideau les Danois, poursuivis par les Saxons, portant des torches, tra versent la scène dans une déroute furieuse. Luttes corps à corps, chutes dans l'ombre. Les cris de mort des Saxons se mêlent aux cris de terreur des pirates, tandis que la symphonie orchestrale continue sur le motit de la Fuite (10) et sur des transformations de celui des Danois (1). Harald arrive, blessé, suivi de près par Armel et ses serviteurs. Tandis que ceux-ci le maintiennent debout contre un tronc d'arbre, le veillard le frappe, Sinistrement, une trans formation du motif de Ir Trahison (9) passe aux clarinettes, aux bassons, à la trompette et aux altos, suivis aussitôt par la réapparition aux cordes de la mélodie du WalhaUa (6). Harald, mortellement atteint, s'appuie à l'arbre et éclate d'un rire farouche. Le thème de la Trahison (9) persiste à l'orchestre. Gwendoline accourt; elle se précipite vers Harald, saisit le couteau qu'il tient dans sa main crispée et se l'enfonce dans le cœur. Le viel Armel, stupide d'horreur, se
penche sur sa fille et une triste phrase souligne son désespoir. A quatre reprises le motif de la Trahison (9) retentit encore. Harald et Gvvendoline, mourants, se tiennent embrassés passionnément. Le thème du Walhalla (6) reparaît p. 301. Les deux époux, fièrement, se félicitent de mourir ensemble. On retrouve sous deux formes différentes le leitmotiv de GivendoUne (7), p. 302, .11. 9, 10, et p. 305 m. 9. Derrière les roches monte le rouge reflet de l'incendie qui dévore les vaisseaux danois. La lueur éclaire seulement le tertre sur lequel Harald et Gwendoline se tiennent enlacés. Les thèmes de la Fuite (10) et des Danois (1) passent de nouveau à l'orchestre. Alors le chef et sa jeune femme se redressant dans l'auréole flamboyante qui les entoure, reprennent, sous le pétillement des harpes, la divine mélodie du Walhalla (6) et ils meurent toujours debout. Sous leurs der nières paroles qui dominent le chœur final, les flûtes, le cor anglais, et les premiers violons, redisent pianissimo, ainsi qu'une ironie suprême, la phrase d'Armel dans VEpithalame, A la chute du rideau le thème de Gwendoline (7) retentit une dernière fois.
Dix-huit ans se sont écoulés depuis la première représentation de Gicendoline et l'œuvre est demeurée aussi jeune, aussi belle que le premier jour. Bien plus, à l'épreuve du temps, ses qualités ont pris un nouvel éclat et elles apparaissent encore mieux aujourd'hui que par le passé. Parmi ces qualités, il faut mettre en première ligne la haute originalité, la personnalité absolue qui régnent d'un bout à l'autre de l'œuvre. Quand celle-ci fut jouée à la Monnaie, on l'accusa, naturellement, d'être une partition \vagnérienne des plus avancées. Partition avancée, Gicendoline l'est incontestablement; wagnérienne, c'est autre chose. Un drame n'est pas wagnérien parce qu'il est question du WalJialla et de la Walkyrie. Or, en dehors de l'emploi, raisonné et logique, des leitmoîke, l'œuvre de Chabrier, malgré l'époque de sa composition, époque où l'influence du Maître de Bayreuth com mençait à s'imposer tyranniquement, ne doit rien, en réalité, à Wagner. Sous le triple rapport mélodique, harmonique, instru mental, Gwendolinc appartient en propre à son auteur. C'est là son honneur et sa force.
Il faut admirer aussi, dans cette partition, la variété des inspirations, tantôt d'une fraîcheur et d'une grâce exquises, tantôt d'une réelle grandeur et d'une énergie farouche ; la richesse de la trame symphoque où, en dehors des thèmes conducteurs proprement dits, on relève, à chaque instant, de ravissants dessins indépendants; enfin le brillant coloris d'une instrumentation qui atteint, parfois, à des eft'ets d'une extraordinaire puissance. En revanche, on est obligé de reconnaître que l'ouvrage offre souvent de grandes difficultés d'exécution surtout en ce qui concerne les chœurs presque toujours très divisés et fourmillant de dissonances.
Quoiqu'il en soit, cette partition est l'un des plus authentiques titres de gloire de l'Ecole française moderne et l'on peut, dès maintenant, la qualifier de chef d'oeuvre.
Nantes. — Imp. F. Salières, 12, rue Sanleuil.
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La Bibliothèque niversité d'Ottawa Echéance
The Librany University of Ottawa Date Due
CONSONNANCES ET DISSONA.NCES.
L'ESFANT-Roi, d'Alfred Bruneau.
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