‹ Emmanuel de SwedeborgChapitre 158 sur 269 · LE MALHEUR · texte numérisé non relu

LE MALHEUR

notre bien assurément qu'elle les fait valoir sous une forme ou une autre. Et quand même la belle Émerance de Polheim, mieux inspirée, changeait cette destinée, et la rendait plus heureuse par plus d'émotions , elle n'en effaçait pas toute douleur. Je trouve même , le dirai-je? que, s'il est des lacunes de jouissances dans cette vie si sereine, mais un peu terne et un peu monotone , il s'y en trouve une autre qui me paraît encore plus regrettable, l'absence de ces maux réels qui pétrissent si merveilleusement l'âme pour ses grandes et sévères destinées. En effet, cet homme si bon et si affable, aimant et obhgeant pour tout le monde^ inspire souvent de l'admiration et toujours de l'estime, mais jamais les plus vives des sympathies, celles de la compassion. Il n'est jamais à plaindre ; le malheur fait défaut dans ses jours si uniformément placides ; et peutêtre avec le malheur, toutes les grâces qu'il répand sur une vie et sur une âme. Que Saint-Martin et son anii Liebisdorf sont grands dans la gêne, l'un souffrant du froid, l'autre ruiné par le contre-coup de la révolution de France , s'envoyant et se renvoyant dix louis ; l'un pleurant les fautes de sa jeunesse, l'autre ne se croyant pas digne de déher la chaussure de son maître ! Le théosophe du Nord ne pleure jamais , n'a jamais froid, a toujours de l'argent de reste et est heureux à ce point qu'il peut dire et dit, au meilleur de ses amis, que tous les grands de son pays, à commencer par le roi, sont de ses amis. Telle est son assurance qu'un an après , quand les faits se présenteront un peu autrement, il n'en croira pas ses yeux, et quand il ne pourra plus s'empêcher de voir l'orage qui gronde sur sa tête.

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