DEUXIÈME LETTRE AU LANDGRAVE DE HESSE-DARMSTADT
« J'ai reçu et lu avec plaisir, Sérénissime Duc, la lettre dont vous m'avez honoré. J'espère que l'ouvrage nouvellement imprimé, intitulé : La Vraie Religion
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chrétienne^ vous est parvenu à présent. Vous pouvez inviter, s'il vous plaît, les savants ecclésiastiques qui sont dans votre duché d'en donner leur jugement ; mais je vous prie de choisir parmi eux ceux qui aiment la vérité, et qui l'aiment uniquement parce qu'elle est la vérité : si vous en prenez d'autres, ils ne verront dans cet ouvrage aucune lumière ; mais seulement de l'ombre.
K Ce qu'on rapporte de la fille du prince margrave en Suède est une liction inventée par quelque bavard nouvelhste; et je n'en avais pas entendu auparavant
(( Quant à ce qu'on rapporte du défunt frère de la reine de Suède, cela est très-véritable; mais il ne faut pas regarder cela comime un miracle : ce n'est qu'un de ces Mémorables pareils à ceux insérés dans l'ouvrage dont je viens de parler, sur Luther, Mélanchthon, Calvin et autres. Mais tous ne sont que des témoignages, que j'ai été introduit par le Seigneur dans le monde spirituel quant à mon esprit, et que je parle avec les esprits et les anges. Il est vrai aussi que j'ai conversé avec une personne nommée dans le journal cité, et il y a six mois avec le défunt roi de Pologne, Stanislas, dans une certaine société où il était, et où personne ne savait que c'était lui. Il faisait consister tout le plaisir de sa vie à rester ainsi inconnu dans les assemblées, et à y converser familièrement avec les esprits et les anges comme un d'eux. Je l'ai vu ensuite transféré dans la plage septentrionale, où j'ai appris qu'il avait été appelé par une société de cathohques à laquelle il préside.
«J'ai souvent aussi parlé avec le pontife romain dernier mort [Clément XIII]. Après son décès , il est resté un jour
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entier avec moi; il me quitta ensuite et alla dans une société composée de jésuites, à laquelle il présida pendant deux mois. Je l'ai vu aussi s'élever d'auprès d'eux, et il me fut donné de parler encore avec lui; mais il ne m'est pas permis de rien publier de sa manière de vivre, ni de son état. Du reste, vous pouvez voir, s'il vous plaît, ce que j'ai écrit dans mon dernier ouvrage touchant le pontife qui régnait il y a trente ou quarante ans.
« Traitez favorablement, je vous prie, tout ce qui a rapport à l'honneur de Dieu. Je suis avec respect, etc.
Amsterdam, le 13 juillet 1771.
(( J'espère que mon nouvel ouvrage , intitulé : La Vraie Religion chrétienne ^ est à présent entre vos mains, et que les deux exemplaires que j'ai expédiés en même temps au Sérénissime Duc landgrave lui sont également parvenus. Je désire avoir votre jugement sur les objets qui y sont traités, parce que je sais qu'étant éclairé par le Seigneur, vous y verrez dans la lumière, et plus que d'autres, les vérités qui y sont manifestées d'après la parole. J'envoie aujourd'hui ma réponse à la lettre que m'a écrite depuis peu le Sérénissime Duc votre prince, et par ordre j'y parle des conversations que j'ai eues avec deux personnages dans le monde spirituel. Mais ces conversations, ainsi que l'entretien de la reine de Suède avec son frère alors vivant que j'ai su par celui-ci dans le monde spirituel, ne doivent
nullement être regardés comme des miracles; ce ne sont que des témoignages que j'ai été introduit par le Seigneur dans le monde spirituel, et que j'ai été en société avec les anges et les esprits, afin que TÉglise, qui jusqu'à présent avait été dans l'ignorance touchant ce monde, sache que le ciel et l'enfer existent en réalité ; que l'homme vit homme après la mort comme auparavant et qu'ainsi il n'ait plus de doute sur son immortalité. Daignez, je vous prie, persuader au Sérénissime Duc, que ce ne sont point là des miracles, mais seulement des témoignages [de ce fait], que je parle avec les anges et les esprits. »
Amslerdaai , le 13 juillet 1771,
Tout en prolongeant ainsi son séjour à Amsterdam, S\vedenborg ne consacra pas, du reste, tout son temps à son libraire et à ses correspondants. Il y recevait tous ceux qui désiraient le voir et allait dîner chez tous ceux qui lui demandaient cette faveur, qui était recherchée. Young-Stilling nous donne aussi le détail de deux entrevues qu'eut le Voyant avec un riche Allemand qui s'intéressait aux destinées suprêmes d'un ami avec lequel il s'était souvent entretenu, de son vivant, d'une question capitale de métaphysique rehgieuse, la réintégration finale de toutes choses en leur état primitif.
Quant à ces deux entrevues, je dirai, toutefois, que si elles n'ont rien qui ne soit assez commun dans la vie de Swedenborg, il ne faut pas néanmoins trop s'attacher aux discours que le narrateur prête aux interlocuteurs. On sait que Young-Stilling apporte peu de
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critique au choix des anecdotes qui servent de base à sa pneumatolo^ie singulièrement hypothétique et aérienne; ami de Goethe, ce mystique avait un peu les allures de l'auteur de Poésie et Vérité sur ma vie.
Quoi qu'il en soit du plus ou moins de foi que méritent ces anecdotes, le commerce de Swedenborg avec tant d'esprits et tant d'hommes ne retarda point la publication du dernier de ses ouvrages. Il méditait depuis si longtemps sa doctrine , il l'avait si souvent exposée et mise à la portée de ses lecteurs divers, sous tant de formes diverses, qu'il lui fut aisé de la présenter dans son ensemble avec tous les développements qu'il voulait lui donner. En effet, il s'agissait, non plus d'enseignements nouveaux, mais du plus haut degré d'autorité et de maturité que l'auteur était capable de donner aux enseignements qu'il répandait dans ses nombreux écrits depuis vingt-sept ans. Aussi serait-il superflu de consacrer ici de nouvelles études à cette doctrine d'ensemble que nous avons plusieurs fois exposée en détail.
Ajoutons seulement que Swedenborg mit à distribuer cet ouvrage le même soin qu'il donnait à tous les autres. Si nous en croyons une tradition de librairie recueilUe par M. Smithson, un libraire d'Amsterdam en aurait envoyé à Paris un nombre considérable d'exemplaires, de sorte qiie quoique cette œuvre n'y fut pas imprimée dès l'origine, elle s'y serait trouvée néanmoins à la disposition de tous ceux qui auraient voulu en faire la lecture. Mais la provision qu'on en trouvait encore disponible à Paris au commencement de ce siècle, selon M. Smithson, semble prouver en même