‹ Emmanuel de SwedeborgChapitre 33 sur 269 · LE VOYAGEUR · texte numérisé non relu

LE VOYAGEUR

montre qu'il vit, dans les pays qu'il parcourut, tout co qu'on appelait alors les cwnosités; mais ses notes sont do simples indications de peu d'intérêt, si ce n'est quant aux ouvrages qu'il lisait et aux exploitations métallurgiques qu'il examinait. S'il visita les monuments publics, les églises et les bibliothèques ; s'il assista aux revues et aux manœuvres, il n'en rapporte rien. Abstraction faite d'une remarque assez piquante sur la tenue militaire et la pose un peu dramatique des régiments du roi de Prusse, ou de quelques notes sur les attraits que le culte catholique offre à ses fidèles, et qui révèlent la vivacité de son imagination ; — abstraction faite de ces quelques remarques, il ne se trouve dans ces notes rien qui fasse connaître le voyageur. A le lire, on dirait qu'il ne fréquente aucun spectacle et ne s'entretient avec aucun homme célèbre qui mérite qu'on en parle. C'est qu'il travaille, c'est qu'il voyage pour lui, c'est qu'il voyage pour amasser des faits propres à éclairer des problèmes de science. Il voit les savants et se lie volontiers avec eux. Il en nomme quelques-uns, des métallurgistes surtout; il sent même qu'il aurait dû en nommer d'autres; mais il prend facilement son parti sur cette omission, s'excuse un peu, met en avant la liaison de brièveté et se contente de dire, en forme de sommaire , qu'il n'a négligé aucune occasion de voir, en outre^ des bibliothèques, des musées et d'autres choses dignes d'attention. Travailleur incomparable, il aime à ce point tirer parti de son temps, qu'il ne faut pas l'en croire lui-même quand il se reproche l'emploi du 26 mai. « Attendant la poste, dit-il, j'ai passé la journée à ne rien faire. »

Revenu à Dresde, qu'il aima beaucoup, il se rendit

36 l'observation.

sur la fin de Tété, avec son riche ioutin d'observations, à Leipzig où il commença, en octobre , l'impression de son grand ouvrage, intitulé Opéra philosophica et mineralia^ et orné de son beau portrait.

L'impression de cette large composition l'enchaîna à Leipzig pendant l'hiver. Il y corrigeait ses épreuves et faisait tirer jusqu'à six feuilles par semaine.

On dit que l'auteur profitait , en les re visant, des observations que pendant l'impression même il avait faites en Autriche et en Hongrie, en visitant les mines et en étudiant l'exploitation métallurgique ; mais de cela son Itinéraire ne dit rien. Par suite de ces études élargies, la correction de ses épreuves ne demanda guère moins d'une année entière. L'ouvrage parut à Dresde et à Leipzig en trois volumes in-foho , dont le premier porte le titre général de Principes des choses naturelles et nouvel essai d'un exposé philosophique du monde élémentaire.

Au fond, et quand il parut, il ne s'agissait plus uniquement, pour cette intelhgence essentiellement spéculative, de l'exploitation du cuivre, du fer ou du plomb, ni de celle de l'or ou de l'argent; il s'agissait des secrets mêmes de la nature, du jeu occulte de ses forces et de ses lois , de ses merveilles et de ses mystères ou de sa philosophie. Car Swedenborg ne fut jamais de l'école mystique de Paracelse ; il fut théosophe plus tard ; mais à cette époque il était de l'école purement scientifique de Télésius, de Campanella et de Descartes.

Le second et le troisième volume de l'ouvrage, qui portent le titre spécial de rècjne minéral^ sont bien consacrés au fer, au cuivre et au laiton , et nous aUons dire

l'étude de la nature. 37

tout à l'heure l'appréciation qu'en fit l'Europe savante ; mais le tome premier exposait tout un système de l'univers, en un mot une philosophie de la nature. Le Principia rerum naturalium , sive novorum tentaminion phœnomena mundi elementaris jihilosophice explicancU est une des gloires de son époque.

11 nous faut dire un mot de ce travail général tout d'abord, pour donner une idée de la nature et de la portée de l'esprit philosophique de son auteur.

Telle fut, en effet, sa confiance dans les inductions tirées par son génie méditatif des faits qu'il avait si bien observés et si itérativement revus, qu'il osa risquer toute une théorie, et construire un Univers, une cosmologie à priori; exemple que les naturaHstes du dernier siècle et les philosophes du nôtre n'ont que trop imité. Son essai, il est vrai, ne révèle pas du tout le plan réellement suivi par l'auteur du monde, mais il atteste, sinon toute la portée, du moins toute la témérité de l'esprit de Swedenborg.

Les quatre règles qu'il posa pour l'examen des plus grands phénomènes et pour l'étude des éléments mêmes qui les amènent, l'aimant ou le magnétisme minéral, la lumière et l'atmosphère, ont encore une incontestable autorité. Ces quatre maximes, les voici :

1 . Il nous faut partir du point de vue, que la nature agit par les principes les plus simples et que les parties de ces éléments sont les formes les plus simples , les moins raffinées, les moins artificielles.

2. Nous devons admettre comme principes de la nature le principe même de la géométrie, c'est-à-dire déduire l'origine des diverses parties de la nature du

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