‹ Emotion et Troubles Toniques ParoxystiquesChapitre 10 sur 46 · VARIATIONS TONIQUES CHEZ LES ANIMAUX · texte numérisé non relu

VARIATIONS TONIQUES CHEZ LES ANIMAUX

Dans les diverses espèces animales, des phénomènes de contracture et d’hypotonus peuvent apparaître consécutivement aux émotions, des observations nombreuses en font foi; et si la nature de l'émotion elle-même ne peut être déterminée avec précision, puisque les faits sont vus du dehors, néanmoins leur étude a fourni des éléments intéressants.

Chez les animaux inférieurs, certains insectes possèdent la faculté curieuse de s’immobiliser au moment d’un danger et même pour quelques-uns de simuler la mort : dès qu’on touche ou saisit des chenilles, des myriapodes, des araignées, ces animaux se fixent dans une immobilité complète qui peut durer quelques minutes et même beaucoup plus; l’anobium est ainsi nommé car il semble mort dès qu'il est l’objet du moindre contact.

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RABAUD a repris l'étude de ces faits et en a donné une interprétation nouvelle. Avant lui, deux explications avaient été envisagées : ou bien, il s'agissait d’un stratagème pour tromper l'ennemi, par conséquent d’un acte volontaire, ou bien d’un instinct de la simulation et de la mort. RABAUD sans se contenter des observations antérieures, a expérimenté lui-même sur un orthoptère, le bacillus gallicus; l’insecte semblable à une brindille de bois s’immobilise parfaitement quand on le saisit et aussi lorsqu'on excite le sternum. Dans cette région, existe donc une zone inhibitrice dont la présence a été constatée également chez d’autres insectes. Cette attitude persiste de quelques minutes à plusieurs heures, elle peut être interrompue par l'excitation d'une autre zone périphérique, extrémité postérieure du corps, tarse, etc. Il existe donc aussi des zones dynamogéniques qui peuvent être le point de départ de mouvements-réflexes, comme les premières peuvent être le point de départ d’une immobilisation-réfiexe. La plupart des arthropodes, même ceux qui ne simulent pas la mort présentent des zones antagonistes analogues. Les zones inhibitrices sont sensitives, tandis que les zones dynamogéniques sont plus fréquemment sensorielles, les libellules et les papillons qu’on peut difficilement immobiliser restent sans mouvement quand ils ont été aveuglés par le noircissement des yeux.

RABAUD estime que cette immobilisation durable résulte d’une contraction musculaire persistante, qui survit à l’excitation, c’est-à-dire d’une contracture physiologique. Ses caractères sont variables : il peut s’agir d’une « flexibilitas cerea », à un degré plus élevé d’une absence de malléabilité, et, au maximum, d’une contracture violente, les membres résistant aux tentatives de mobilisation, le corps fixé en opistotonos . rappelle la contracture tétanique. Il y a donc exagération du tonus musculaire normal chez les arthropodes.

L'auteur précise que l'excitation des zones inhibitrices n’est pas seule capable de provoquer l’immobilisation et dans certains cas, il semble qu’un processus émotif, surprise ou peur, engendre le phénomène : quelques insectes comme la cétoine dorée immobilisés quand on les saisit pour la première fois, ne le sont plus les fois suivantes, la capture brusque semble agir par surprise,

Des phénomènes d’hypertonie ont été observés également, aïoute RABAUD, chez tous les animaux; ainsi chez les animaux inférieurs, mollusques, tuniciers, bryozoaires, actinies, etc.

Mosso a observé que des tritons pris dans un aquarium et tenus hors de l’eau restent immobiles et presque rigides durant quelques minutes. Les grenouilles ne peuvent faire un mouvement lorsque les nerfs sensitifs ont été fortement excités.

Plus haut dans l'échelle animale, PREYER a observé chez les vertébrés, qu'un oiseau pris et renversé sur le dos est incapable de fuir; certains oiseaux semblent fascinés par le serpent. Il a expliqué « l'expérience admirable » de KiRCHER par la peur qui fige l’animal qui en est l’objet; si on pousse un cri dans l'oreille d’une poule et la pose ensuite sur une table, elle reste immobile, terrorisée. RABAUD y voit une manifestation d’hypertonie.

De même, chez des cobayes saisis brusquement se produit une paralysie qui peut durer un quart d'heure; dans les mêmes conditions, les lapins restent immobiles dix minutes, les animaux sont tremblants et lâchent leurs excréments. ROSETT remarque que les lapins qui demeurent figés sur la route par la lueur des phares d’auto, sont vraisemblablement frappés par la soudaineté du stimulus, l’action de la lumière seule ne suffit pas à expliquer cet état, car ces animaux vivent normalement à la lumière du jour.

Le même auteur rappelle que dans des circonstances analogues, un daim exposé la nuit à une vive lumière reste sur place sans bouger et peut facilement être pris ou tué à ce moment-là.

Les chevaux tremblent à la vue du tigre et sont incapables de fuir; les singes effrayés ne peuvent plus tenir sur leurs jambes; les gibbons, malgré leur agilité, se laissent facilement saisir quand l’homme les surprend marchant par terre. PREYER qui a rassemblé ces faits, et d’autres semblables ne trouva pas dans la langue allemande de terme propre à désigner cet état de saisissement, analogue à celui de l’homme incapable de penser, de parler, de bouger; c’est pourquoi, dit Mosso, il employa le mot de cataplexie, qui, par une curieuse rencontre, fut aussi

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