LE MAL DONT NOUS SOUFFRONS
Absence d'instruction et d'outillage sclentifique, d'instruction et d'organisation industrielle,
Nous avons vu que les Canadiens-français doivent leur existence d’abord puis une situation politique tout à fait remarquable, à la supériorité incontestable de leur éducation et de leurs hommes dirigeants au commencement du siècle. Nous les avons vus aussi, poussés par la nécessité, réformer leur agriculture en y appliquant les méthodes scientifiques; et grâce à cette réforme, encouragée et aidée par le gouvernement, une partie de Ja nation canadienne sortir tout à coup comme d'une léthargie et acquérir dans l’industrie agricole une supériorité véritable. Mais nous avons constaté en même temps que r algré ce pas immense dans la voie du progrès, la province de québec se trouve dans la situation d’un chef de famille qui, ayr .t plusieurs enfants déjà grands, continuerait à les nourrir eu’ # laissant oisifs:; oubliant que par là non seulement ji] se prive au fruit de leur travail et use inutilement ses propres forces, mais qu’il leur rendra bien plus pénibles les devoirs qu'ils auront à remplir plus tard. L'agriculture, sans doute, est l’industrie nourricière de la province. Mais si nous nous bornons à l'agriculture, au sacerdoce, aux professions libérales; comme nous ne pouvons pas tous être agriculteurs, le sacerdoce n'étant la vocativ: que d’un petit nombre, les professions libérales étant encombrées, il en résultera une congestion dont la gravité ira s’accentuant; il restera un nombre alarmant et} toujours grandissant de jeunes gens qui n'auront rien à faire, qui ne pourront se suffire à eux-mêmes et qui seront forcés d'occuper des positions inférieures, souvent à l'étranger. Ce sont autant de forces perdues. Chez les races très nombreuses, une telle déperdition peut n'être pas très sensible. Chez les Canadiens-français chaque perte est un vrai malheur, non seulement au point de vue matériel et économique, mais encore à celui du prestige nationai, puisque le Canadien-français reste, par son nom et sa langue, distinct des hommes d’autres origines et qu’on juge souvent du peuple par les individus qu'on a sous Jes yeux. Or, pour fournir une carrière à notre jeunesse, pour lui procurer la richesse qui en ce siècle est essentielle à la supériorité, il faut avant tout lui donner la science, c'est-à-dire, les connaissences qui lui sont nécessaires pour s'affirmer dans le monde moderne.
M. Octave Gréard, ce savant trop peu vonnu au Canada, explique avec beaucoup de clarté la grande différence entre l'instiuction nécessaire de nos jours et celle qu’il fallait autrefois. Il nous fera comprendre comment il se fait que la’ science qui suffisait à nos pères ne suffit plus aux hommes d'aujourd'hui.
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“ L'esprit critique, dit-il, est la marque propre de ce temps. Notre génie, appliqué aux conceptions générales, « produit au dix-septième siècle et au dix-huitième siècle les grandes oeuvres de haute culture littéraire et scientifique qui sont comme ln bible du monde pensant. Aujourd'hui 1] s'exerce sur les infiniment petits. Aux synthèses engagenntes et hardies ont succédé les analyres patientes et rigoureuses. La gloire qu'un Newton, qu'un Laplace a due à la découverte du système du monde, la science moderne la trouve dans l'examen des imperceptibles phénomènes de la vie. Le ciron, “ce raccourci d'atômes,” ne suffit plus à ves recherches. Elle a pénétré dans les abimes de petitesse qui frappaient d'admiration, presque d'épouvante, l'imagination de Pasœl; elle travaille à en faire sortir les lois de l'existence et le la mort. La mûme transformation s'est accomplie pour tous les ordres d'études, Ce que le microscope du savant adie jusque dans les dernières fibrilles de la chair et dans les ‘…obules du sang, l'oefl scrutateur du philologue, de l'épigraphiste, de l'historien, cherche à le dérouvrir dans le tissu de la langue, dans les linéaments des textes, dans les moindres organes des moeurs et des institutions. On ne se contente plus des observations de sentiment, on se défie des lumières de l’ima gination ; on ne méconnait pas ce qu'elles ont de juste dans leurs élans, d'heureux dans leurs intuitions, mais on les soumet: À la rigueur de la critique scientifique ; on décompose, on analyse, on! passe tout au creuset ; on veut voir, on veut toucher ……… Les lettres comme les sciences veulent avoir leurs instruments de précision. Et en même temps qu'une riche pépinière d’habiles praticiens et de solides professeurs, ce qui se forme à cet enseignement c'est une école de jeunes savants,” !
Les lignes suivantes de Claude Bernard sont le complément de ce que {it Gréard:—
“Le laboratoire est la condition “sine qua non” du développement de toutes les sciences expérimentales. L’évidence de cette vérité amène et consaure nécessairement une réforme universelle et profonde dans l’enseignement scientifique; car on a reconnu partout aujourd’hui que c’est dans le laboratoire que germent et grandissent touites les découvertes de ln science pure, pour se répandre ensuite et couvrir le monde de leurs applications utiles. Le laborato're seul apprend les difficultés réelles de la science à ceux qui le fréquentent. Il leur montre en outre que la scicnce pure a toujours été la source de toutes les richesses réelles que l’homme acquiert et de toutes les conquêtes qu'il a faites sur les phénomènes de la na ture. C’est là une excellente éducation pour la jeunesse, parce qu'elie seule peut bien faire comprendre que les applications actuelles si brillantes des sciences, ne sont qu? l'épanouissement de travaux antérieurs et que ceux qui profitent aujourd'hui de leurs bienfaits doivent un tribut de reconnaissance à leurs devanciers qui ont péniblement cultivé l'arbre de la science sans le voir fructifier,”
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La France plus qu'aucun pays d'Europe a raison de déplorer sa négligence de l'instruction. Gambetta dit que c'est l'infériorité do l'éducation nationale qui fut la cause de ses revers, et qu’elle fut battus par “des adversaires qui avaiont suis de leur côté, la prévoyance, la discipline et la science, ce qui prouve, en dernière analy:e, qu: même dans les conflits de la force matériclle, c'est l'intelh zence qui reste maître."
Si tout cela est vrai, s’il cst vral que nous puissions, surtout de nos jours, suivre La hausse ct ln balsss des peuples d'après le dégré d2 leur culture in tellectuelle; s'il est vrai que In source d: toute richesse se trouve dans 11 science et dans elle seule, est-il surprenant que les Can:dienx roi: nt pauvres, est-il étonnant qu'ils se sontent inférieurs, eux qui, d'après nos documents offici’ls, n° connaissent pas les sciences et ne cherchent pas encore à les connaître ? Ù
Lo département de l'Agriculture de Québec na publié pour l'Exposition, une brochure intitulée “ La Province de Québec.” Elle est écrite, nous dit-on, p r M. Arthur Buies. Nous en détachons le paragraphe suivant:— abs “ace des éc)les professionnelles ou d'application scien tfiq.s a longtemps empêché les Canadien:-franç 1: de connaître et d'apprécis. à leur valeur véritable les ressources étonnantes de leur p1y3; qu'ils réussissent enfin à avoir des écobs de cette nature. qu'ils puissent enfin ouvrir le gran livr: ds sciences a pp iquées, eux qui sont si singulièrement bien douis et si ingénieux en ce qui concerne l'intelligencc et l'emploi des forces et de: inventions méc\nijues, et l'on peut assurer qu'ils se feront et garderont une lirge place dans les conditions futures des populations Nord-américaines."
Si maintenant nous consultons la statistique scolaire contenue dans le même volume, nous aurons plus clairement encore le sentiment de notre faiblesse sous ce rapport.
“Comme dans tous les autres pays civilisés, dit la brochure, l'instruction publique dans la province de Québec comprend trois grandes divisions principales: 10 Les écoles supérieures ou universités; 20 les écoles secondaires; 80 les écol’s primaires.
: “I y a en outre les écoles spéciales et les écoles normales.
“Les écoles primaires se divisent cn deux sections, écoles élémentaires et écoles modèles. Les écol:s citholu:s s-nt au nombre de 4,256 fréquentées par 278,215 élèves catholiques et 684 élèves protestants, formant un total de 173,899.
“Les écoles élémentaires protestantes sont au nombre de 891 fréquentées par 25,311 élèves protestants et 2 082 élèves catholiques, formant un total de 27,898.
“L'enseignement primaire est donné par des instituteurs (reigieux où laïques) et des institutrices (religiruses ou laïques.)
“Les instituteurs et les institutrices laïques ne p'uvent enseigner sans être munis d'un brevet de capacité. Ils sont recrutés