CONVERSATIONS SUR LES AFFAIRES
Psychologie comparative de l'Allemand et du Français. — Nos
procédés empiriques. — Activité allemande dans tous les domaines d’affaires, Usines de fer aux bords de la mer.
Un Danois sévère pour nos armateurs. L'étude des langues. — Le jeune Turc et M. Marcel Dubois, Les commercants allemands et les écoles françaises d'Orient, Systématisation de l'enseignement commercial, Le snobisme anglais battu en Asie par la simple activité de lemployé germanique, Tuistes exemples de notre incurie nationale. Peignes, oignons, poôles économiques, \Mulualité des employés allemands, — Ce qu'un propriétaire de vignobles appelle sé déplacer, Nous parlons trop, Administrateurs bavards, Commercants honteux. — Dofaut d'imitiative, Ce qu'il faudrait faire
Midèle à mon habitude, j'ai voulu profiter de mon sejour dans un grand centre pour demander aux prin cipaux grands commerçants de la HManse la critique des mœurs commerciales de nos compatriotes,
Voulant donner à ce chapitre une portée plus vasle, j'y ai joint les observations générales et de détail que
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J'al pu recueillir de la bouche de hOS consuls, leurs plaintes au sujet de l’inertie et de l'indifférence de nos compatriotes devant leurs efforts, ét quelques-uns de leurs vœux.
Car je voudrais pouvoir répondré avec quelque
clarté à cette question passionnante pour tout Français averti de ce qui se passe hors de nos frontières Comment ce peuple pauvre, composé, il y a cinquante ans, de petits boutiquiers, de fonctionnaires, de paysans sordides et de hobereaux misérables, vivant sur un sol infertile, est-il arrivé, en si peu de temps, à battre la riche France sur le terrain économique et, bientôt, l’orgucilleuse Angleterre elle-
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| Les Allemands ne sont pourtant ni extrèmement intellisents, ni très actifs, ni particulièrement doués pour le commerce. Ils sont lourds, lents, dogmati ques, pedants, ls 8e reprochent 4 eux-mêmes que leu peuple manque d'initiative...
Je compare à ces défauts les qualités de notre
race : l'intelligence vive el claire, notre entrain, lhabileté de nos ouvriers, leur ingéniosité, notre richesse, la réputation séculaire des produits de la fabricalion française, la fécondité enviée de notre terre, ladmirable situation physique de la France...
Et je me dis que €'est plutôt nos défauts et leurs qualités qu'il faudrait comparer pour comprendre : notre mobilité, notre peu de persévérance, leur GSpril de suite, leur ténacité, leur sérieux, notre légèreté; Le sens volüuptueux que nous avons de la vié, leur sénii ment du devoir; notre indiflérence dés choses géné ralés qui intéressent le pays, léur instinct solidaire: notre combalivité vaine, le réalisme de tous leurs
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efforts; notre manque d’ordre, notre anarchie, leur don d'organisation, leur discipline.
Mais, dans le domaine des affaires, par quoi se sont traduites ces différences ? Il faudrait jeter un peu de lumière là-dessus.
MX... me dit :
— Vous cherchez en France les raisons de la stagnation des affaires et vous vous en prenez à votre marine marchande, vous croyez ue vous n'avez pas assez de bateaux, vous donnez 45 millions de primes à la conistruction, à la navigation, etc., etc. À mon sens, vous commencez par la fin. Ayez d’abord beaucoup de produits à apporter chez vous, beaucoup de produits à vendre outre-mer, et les bateaux se CONStruiront tout seuls, et vous n’aurez pas besoin de donner d'argent aux chantiers de construction ni aux armateurs
Je répondis, exprès pour le faire parler :
— La question est justement là. Pourquoi voulezvous que nous allions chercher des produits dont nous n'avons pas besoin, puisque notre sol nous fournit presque tout le nécessaire, et comment pourrionsnous produire industriellement plus que nous ne produisons, concurrencés que nous sommes par des pays miniers comme l'Amérique, l'Angleterre et PAT lemagne qui, ayant le charbon à bon compte, peuvent usiner le fer, fabriquer les machines à de meilleures conditions que nous ?.….
— D'abord, dit-il, êtes-vous sûr qu’il serait impossible de créer dans le Nord et le Pas-de-Calais, près des mines de houille, beaucoup plus d’usines de fer qu’il n’en existe? En forçant la production de ces mines, ne trouverait-on pas de quoi alimenter en
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charbon quelques autres forges de l'importance du Greusot? Vous êtes riches, les capitaux abondent chez vous, vous pouvez produire, sinon de quoi concurrencer toutes les industries métallurgiques du monde, du moins vous passer des machines des autres. Nous avons, 1l est vrai, à l’heure qu'il est, une grande avance sur vous et même sur l'Angleterre. Mais 11 y a trente ans nous ne l’avions pas ! Qui a empêché vos initiatives et vos progrès ? L'emandez-vousle plutôt que de vous plaindre... Et si dans quelques années la Belgique vous dépasse, quelle excuse aurezvous ?
€ Supposons que vons n'ayez pas assez de charbon ni de minerai de fer — vous qui possédez en Lorraine des gisements magnifiques que vous laissez même acheter par vos concurrents allemands, soit dit par parenthèse... Est-ce vraiment une raison pour re pas lutter? Il y a un port sur la Baltique, Stettin, qui n’est pas entouré de mines de charbon ni de fer, et où l’on a installé des usines de fer et d’acier, avec le charbon anglais, le minerai de Suède et d’'Espagne, et qui vontlutteravec les aciéries de Westphalie et de la Province Rhénane. Or, le charbon anglais ou le charbon allemand, le minerai de fer, transportés par bateaux dans un de vos innombrables ports de la Manche ou de l'Océan, ne coûteraient pas plus cher aux capitalistes français qu'aux capitalistes de Stettin. Pourquoi ne fondez-vous donc pas en France autant d'usines de fer et d'acier qu’en Allemagne ou qu’en Angleterre? Nous exportons pour 370 millions de machines, que n’en faites-vous autant? L'Allemagne fabrique 600,008 tonnes de rails annuellement, dont les deux tiers sont exportés. Et vous? Pourquoi
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laissez-vous l’Angleterre construire chaque année tant de centaines de navires de fer, pourquoi n'avez-vous pas plus de chantiers de construction? Pourquoi nous, les Allemands, vendons-nous des rails au Chili, à l'Argentine, cette Argentine qui vous tend les bras et avec qui nous faisons 500 millions d’affaires par an ?
« Et la laine et le coton ? Pourquoi n’avez-vous pas plusde filatures, de tissages, etc.? Vous craignez de ne pouvoir écouler vos produits? Et l'outre-mer ? Et
l'Amérique du Sud, et l’Extrème-Orient, et l'Afrique,
et l'Océanie? L'Allemagne exporte par an 450 millions d’étoffes de coton, 375 millions d'étoffes de laine. Et nous augmentons chaque année notre production. Pourquoi ne nous prenez-vous pas notre clientèle? Le coton vous revient-il plus cher qu'à nous ?
« Nous exportons 125 millions de peaux. Est-ce que vous croyez que ce sont les nôtres? Ce sont des peaux que nous importons d’abord de Russie et de l’Argentine, que nous travaillons et que nous revendons sur tous les marchés européens. Voulez-vous me dire pourquoi vous n’en faites pas autant ? Vous avez des
colonies d’une richesse en riz extravagante, que vous
pourriez encore augmenter. Pourquoi n'avez-vous pas une flottille de voiliers qui iraient le chercher, vous l’apporteraient et le distribueraient ensuite jusqu’en Amérique, comme on le fait à Brême et à Hambourg?
« Pourquoi n’est-ce pas vous qui vendez en Russie les milliers de balles de café qu'on y consomme?
« Par quel miracle expédions-nous 16 millions de francs de pianos à l’Angleterre, 2 millions à l’Argen-
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