‹ En AllemagneChapitre 211 sur 294 · EL · texte numérisé non relu

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Elles sont d’étoffes de soie tissées d’or, vieilles de deux ou trois cents ans, d’une souplesse merveilleuse, douces comme une caresse, d’un coloris délicat et somptueux. Îl y en à une cinquantaine, qui forment sur les murs une admirable collection. Des bibelots partout, sur les tables, dans les vitrines : armes anciennes, tabatières, vieilles porcelaines polonaises et de Saxe, collections d’éventails et de fines miniatures, elc.

Accueil affable et gracieux, qui n’a rien de commun avec la bonhomie indifférente des Allemands.

J'ai donc longuement causé avec les chefs politiques du parti polonais, avec des particuliers aussi, écrivains, avocats, médecins, commerçants; puis, muni de leurs plaintes et de leurs arguments, je suis allé demander aux fonctionnaires prussiens, aux Journalistes mes confrères, à des professeurs et à des industriels allemands, ce qu'ils avaient à y répondre.

Je commence par exposer la thèse polonaise,

— Pour bien comprendre l’acuité du problème que la Prusse traîne avec elle, me dit un député polonais, il faut remonter à un siècle en arrière. Nous fûmes annexés à la Prusse en 1815, avec la promesse qu’on nous laisserait notre nationalité. Jusqu’en 1870, nous jouimes d’une tranquillité relative. Pendant la campagne de France, nos régiments chantaient librement nos airs nationaux, et les musiques militaires jouaient à nos soldats : « La Pologne n’est pas encore perdue. » Aujourd’hui ces chants sont absolument in-

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terdits partout. Après la guerre, Bismarck reprit son vieux rêve d’unification de l'Allemagne. Remarquez que cet homme, qui passe pour si fort, créa la question polonaise et la question d’Alsace-Lorraine, ces deux boulets... Oui, c’est de lui que datent les premières persécutions. Jusque-là, on ne disculait pas aux Polonais le droit de parler leur langue dans les tribunaux, les bureaux officiels: on pouvait écrire en polonais aux administrations et on recevait la réponse en polonais. En 1876, celte tolérance fut supprimée. Les noms des rues devinrent allemands ; de même ceux de 2,200 villages et villes.

€ À peu prés vers la même époque (1873), le Kulturkampf commençait, le clergé catholique polonais était poursuivi, persécuté par le vieux chancelier. Puis, voyant toutes ces mesures inefficaces, il créa en 1886 cette fameuse commission de colonisation (Ansiedelung Kommission), votée par une loi du Parlement avec une première subvention de 100 millions de marks, et destinée à acheter des terres en Pologne pour les revendre exclusivement à des Allemands, Bismarck pensait que le peuple polonais, puisqu'il restait impassible, était devenu prussien loyaliste et bismarckien, et que seuls le clergé, la noblesse et les intellectuels entretenaient un nationalisme factice. Le but consistait, en achetant toutes les terres, à nous exproprier peu à peu, à nous faire étrangers dans notre pays en nous affamant et en nous réduisant à l’état de domestiques du vainqueur. Calcul enfantin et un peu sot, puisqu'il ne tenait pas compte de notre tempérament ni du caractère prussien. On peut voir les Polonais asservis par la force, | 33

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