CHAPITRE DIXIÈME
position, et parce qu'il s’avance fort loin dans l'Atlantique, le cap est devenu le théâtre de beaucoup de naufrages, et la plage, jusqu'à la passe Hatteras (quatorze milles), est jonchée d'épaves.
Au-dessus du cap, la côte court nord et sud; au sud, est et ouest. L'ancien phare a été remplacé par la plus belle tour que j'eusse jamais vue, et qui a été terminée en 1870. Elle a cent quatre-vingt-dix pieds de hauteur et un feu blanc à révolution. Le phare de l'île Body, quoique moins élevé de quarante pieds, est souvent aperçu par le gardien d'Hatteras, tandis que le splendide feu d'Hatteras n’a été vu qu'une seule fois par le capitaine Hatzel, de l'ile Body. À un mille marin au sud du phare Hatteras, il existe une petite tour avec un feu, laquelle rend de grands services aux caboteurs qui le passent en suivant la ligne de sonde de dix-huit pieds, à deux milles de la terre, jusqu'aux bancs Diamond.
Puisque je parle des phares, il sera peut-être intéressant pour les naturalistes qui habitent dans l'intérieur des terres, de savoir, s’ils ne le savent déjà, que si des milliers d'oiseaux viennent se faire tuer tous les ans sur les fils télégraphiques, il y a également beaucoup d'oiseaux sauvages qui se perdent en se précipitant sur les lanternes des phares pendant la nuit. À l’île Body, j'appris du capitaine Hatzel que pendant le premier hiver qui suivit l’achèvcment du nouveau phare, les oies du nord, qui passent l'hiver sur l’île, venaient souvent s'abattre sur les lames épaisses de la lanterne, et tombaient sans mouvement sur la plate-forme de la galerie. L'hiver
suivant, cette erreur de leur part ne se renouvela plus, car elles semblaient connaître le danger.
Une lanterne ainsi endommagée n’a pas coûté à réparer moins de cinq cents dollars. Une oïe avait brisé un des panneaux du cristal précieux en se précipitant sur les lames qui entourent la lampe. Les gardiens se postent quelquefois sur la galerie, et suivent du regard le rayon lumineux qui perce l'obscurité ; ils apercoivent alors au-dessus de leur tête quelques points noirs qui s’approchent en suivant la ligne du rayon lumineux. Ce sont des oiseaux éblouis par l'éclat de la lumière, qui s'offrent comme une proie facile aux vigilants gardiens, lesquels, braquant vivement leurs fusils et visant le nuage opaque et mobile, font bientôt, en déchargeant leur arme, tournoyer dans l'air et rouler à terre leur déjeuner du lendemain.
Au phare du cap Hatteras, je fis la connaissance de M. W. R. Jennett et celle de M. Simpson, son aide, deux hommes intelligents. Celui-ci a consacré ses loisirs à étudier les habitudes des poissons comestibles du Sound, et a adressé à la commission des pêcheries des États-Unis plusieurs notices sur cet intéressant sujet.
Là aussi je trouvai M. George Onslow, du service télégraphique des États-Unis, qui venait d’achever la construction d’une ligne de communication depuis Norfolk jusqu’à ia pointe Hatteras, en suivant la plage au sud, où cette ligne télégraphique se termine aujourd’hui. Avec un bon télescope, M. Onslow pouvait reconnaître les navires à quelques milles du cap, et télégraphier