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CHAPITRE TROISIÈME

la Bellc-Évangeline. Aujourd'hui, ce sont les habitants de la Nouvelle-Angleterre qui possèdent ces “vieilles fermes désertées par les colons.

Notre voyage était fréquemment interrompu par de lourdes averses qui nous renvoyaient sous l'abri de notre panneau. Les mêmes grandes églises, avec leurs doubles clochers de pierre et leur toit de zinc, brillant comme de l'argent au soleil, signalent ici, comme sur les hautes falaises du Saint-Laurent, l'emplacement des villages. Nous ramons ensuite pendant douze milles et nous arrivons à Saint-Ours, où nous passons la nuit, après avoir un peu erré dans les rues agréables et ombragées de ce village. Le lendemain, les garçons et les petites filles viennent nous dire adieu en agitant leurs mouchoirs et nous souhaitant « bon voyage ». À deux milles plus loin, nous trouvons un barrage de trois pieds de haut, construit pour donner de la profondeur à l’eau qui coule sur un bas-fond. Nous le franchissons par une écluse, en compagnie de radeaux chargés de troncs de pin à destination de New-York. Le gardien de l’écluse nous avertit qu'un droit de péage de vingt-cinq cents' nous sera réclamé au bassin du Chambly. Nous arrivons à Saint- Denis (six milles), où se montrent les mêmes apparences d’aisance et de richesse. Les femmes lavaient leur linge dans de grands chaudrons en fer sur le bord de la

rivière; nous entendions le bruit des xoyets venant de

l'intérieur des fermes; dans des jardins bien cultivés,

on voyait des ruches pleines de miel, et ailleurs, des

1 Un cent — cinq centimes.

granges au toit de chaume avaient leurs portes toutes grandes ouvertes, comme pour attendre la rentrée de la moisson: Par intervalle, le long de la route, sur les collines verdoyantes, s’élevaient des croix de bois peintes en blanc, car cette population, comme les Acadiens des temps jadis, est toujours très-religieuse. Au cours de l'eau descendaient des radeaux de pins portant une voile carrée, mais qui ne peuvent faire bonne route que vent arrière.

T'Y Nous passons Saint-Antoine et Saint-Marc ; le pic isolé de Saint-Hilaire se montre à une hauteur de douze cents pieds sur la rive droite du Richelieu, vis-à-vis la ville de Belæil. À un mille plus loin, le Grand-Trunk railway traverse la rivière d'un bord à l'autre, ec est là que nous passons la nuit. Des vents violents et des grains de pluie fréquents arrêtent notre marche. Avant d'entrer dans le canal, nous séjournons au bassin Chambly jusqu'au 16 juillet au soir. Cette localité est un lieu balnéaire fréquenté par les habitants de Montréal, qui y viennent aussi pour jouif# du plaisir de la pêche, qu’on dit être très-abondante en cet endroit. *

À Saint-Ours se trouve la première des huit écluses que nous avions à franchir; le Mayeta se hissa de soixante-quinze pieds et un pouce jusqu'au plan du canal, au moyen de ces écluses longues chacure de cent dix pieds et larges de vingt-deux. Comme à l'ordinaire, les gardiens étaient polis et nous souhaitaient « bon voyage » . Le canal a été construit trente-quatre ans avant ma visite. À dix heures du soir, n'ayant plus d'écluses à passer, nous campons dans une petite anse creusée sur

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