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CHAPITRE QUATRIÈME

retournai sur les rives du lac George, je ne trouvai plus personne pour m'aider, car le jeune missionnaire pauliste avait rendu son âme à Dieu, et le Père Rosencranz avait reçu sa récompense.

Quand j'eus rejoint mon compagnon David Bodfsh, il se plaignit amèrement à moi de la communauté de White Hall, parce que quelques bateliers peu honnêtes s'étaient approprié sa provision de pipes et de tabac pour les deux ou trois jours qui nous restaient à faire jusqu’à Albany. « La valeur de 60 cents (3 francs) de pipes neuves et de tabac, dit David d’un ton fâché, c’est une grosse perte, et un Bodfish n’a jamais été bon à rien sans son tabac. J'ai toujours eu l'habitude de boire des spiritueux pour tenir mes esprits éveillés ; mais dans ces derniers temps j'ai eu recours au tabac, car Les spiritueux d'aujourd'hui ne valent pas ceux d'autrefois, lorsque j'étais jeune et que je travaillais dans le vieux Hawkin- Swamp. »

Voyager sur un canal, après avoir fait d’agréables excursions sur les lacs George et Champlain, c'est véritablement très-monotone; mais pour suivre les cours d’eau, il était nécessaire au Mayeta de traverser le canal Champlain (soixunte-quatre milles) et le canal Erié (six milles) depuis White Hall jusqu’à Albany sur le fleuve Hudson, distance totale soixante-dix milles.

IL n'y eut rien de suffisamment intéressant dans le passage du canal qui mérite d’être rappelé, sauf l’effondrement d’une écluse, près Troy, où un bateau fut e2..porté dans le tourbillon; il s'ensuivit que cet accident me retint un jour de plus sur les bords du canal. Le

quatrième jour, le Wayela avait fini son service en arri- vant à Albany, où, après un voyage de quatre cents milles, l'expérience m'avait appris que je pouvais voyager plus vite, avec un bateau plus léger, plus commodément et plus économiquement, sans avoir de compagnon.

Le mois d'août venait de commencer, et le délai que pourrait exiger la construction d’un nouveau bateau, fait spécialement pour un voyage de deux mille milles, n’était pas du temps absolument perdu. En attendant quelques semaines, on donnait à la malaria le temps de disparaître devant les gelées de l'automne, sur les rivières du New- Jersey, du Delaware et du Maryland, et même encore un peu plus loin dans le sud.

David retourna chez lui, au New-Jersey, le plus heureux des hommes, avec toute l'importance qui appartient à un grand voyageur. Pour ma part, j'avais contribué à lui donner le goût du merveilleux en lui lisant le soir, dans nos campements solitaires, le charmant livre de Jules Verne : le Voyage au centre de la terre. Il était ravi de toutes ces étonnantes fictions qu'il préférait toujours à la vérité. Un jour, sa crédulité fut tellement excitée qu'il s’écria : « Comment font ces hommes pour apprendre à si bien mentir? Estce un don de nature ou la conséquence de l'éducation?»

Depuis, j'ai su que lorsque M. Bodfish arriva dans les régions de bois de pins du New-Jersey, il raconta ses aventures « dans les pays étrangers », c'est ainsi qu'il désignait le Canada, et que dans son récit il entremélait

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