I. M. de Rochechouart
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par Pékin avant de toucher au terme de notre voyage. Peut-être n'est-ce pas le chemin des missionnaires, c'est celui des écoliers
et des diplomates. Enfin, s'il faut une excuse, le P. Edel nous
attend et nous fera les honneurs de la capitale '.
Du belvédère et de l'observatoire élevés par les anciens Jésuites, le regard plonge dans la ville et on reconnaît aisément les grandes divisions : le quartier impérial, le quartier tartare, le quartier chinois. Si le visiteur n'avait pas encore parcouru toutes choses des yeux, s'il en était encore à la première impression, Pékin lui paraî-
MURAILLE EXÏKKILUKE DE LA PORTE TOUNG-FIEN- BIEX A PKKIX.
trait peut-être immense et magnifique. Il admirerait la surprenante hauteur de ses murailles, les tours dont elles sont flanquées, les rampes qui permettent à la cavalerie l'accès de leurs chemins de ronde larges comme nos plus larges boulevards. Le palais de l'empereur flamboie au soleil, il domine la cité tout entière. Elever une tour, la couronner d'une flèche, ce serait offenser la Majesté du Fils du Ciel. Si elle daigne se fixer dans l'une de ses villes, il est juste que tout ce qui n'est pas à son service rentre dans la poussière.
Lettres du P. Edel au P. Grandidier, Lettres de Laval, décembre 1874.
CHAPITRK 1". — VKRS LA MISSION.
Le fameux procès que les Pères de St- Lazare soutenaient en 1875 pour obtenir que leur église fût relevée n'avait pas d'autre cause. Elle humiliait l'orgueil des édifices impériaux. Le démon a cependant les honneurs refusés à la Croix. Les pagodes, les bonzeries, les lamaseries élèvent au-dessus de leur toit l'image hideuse d'un dragon ; n'est-ce pas celle du dragon d'enfer qui règne sur la malheureuse cité et la défend contre l'Évangile ?... Une sorte de malédiction ' pèse sur elle et l'engourdit dans son sommeil de mort ; elle ouvre sur la vérité des yeux qui ne voient pas, et la parole de Dieu frappe ses oreilles sans pénétrer jusqu'à son cœur.
Un jour l'espoir de la conversion a été permis, et l'observatoire élevé par nos anciens Pères est un souvenir de l'influence des missionnaires, et des progrès que la foi catholique pouvait alors se promettre. L'Empereur Kang-hi venait entendre là-même les leçons des missionnaires, et les magnifiques instruments d'astronomie sont dus à sa munificence. Ces superbes pièces, au nombre de sept ou huit, manquent de précision, mais... " comme œuvres d'art, elles sont de toute beauté. Les dimensions sont colossales, le plan est exquis, la forme élégante, le coulage et l'ajustage témoignent de la grande habileté du fondeur ; après tant d'années ces bronzes exposés à toutes les intempéries de l'air sont aussi brillants et paraissent aussi neufs qu'au premier jour. »
Les espérances que l'impérial élève permettait de concevoir ne se réalisèrent pas ; elles ne sont plus même permises aux successeurs des Ricci et des Verbiest!... et la lumière divine semble elle-même retirer ses rayons qui ne traversent plus la nuit de l'infidélité. Si la religion fait des progrès en Chine, ce n'est certainement pas chez les grands et à la cour.
A Pékin, c'est le passé qui est grand; une visite, même sommaire, dit bien qu'une puissante monarchie s'est assise dans la capitale