‹ En CoréeChapitre 19 sur 56 · ET T ESCLAVE · texte numérisé non relu

ET T ESCLAVE

difficiles, méticuleuse, persévérai) te, i ndo n i p- , courageuse et

dévouée. Dans la classe moyenne et la classe inférieure, elle joue le rôle de tailleur et de bl unch isseuse. Elle fait le travail d’un homme dans la maison et d un animal dans les champs; elle fait la cuisine et elle coud ;

ÇCWCEBIKE DU PALAIS

elle lave et repasse ; elle entreprend un commerce et le dirige s ou bien elle travaille la terre et exploite une ferme. En. présence de toute adversité, et dans ces moments d’épreuves, et de misère où . son fainéant de seigneur et maître s’effondre dans le néant de son désespoir, c’est elle qui maintient la misérable famille en. péril. Sous la dynastie précédente,, la sphère d’activité des femmes en Corée était, moins restreinte. La loi de réclusion n’existait pas ; le sexe féminin jouissait d’une plus grande liberté publique. Vers la fin de cette dynastie cependant, le caractère de la société s’abaissa, et les femmes spécialement furent en butte à la. violence. Les, prêtres bouddhistes se livrèrent à une débauche univer-; selle ; l’infidélité conjugale fut pratiquée copune un sport; l’enlèvement devint à la mode. La djmastie actuelle s’efforça de réprimer ces désordres en ordonnant et en propageant l’isolement et une plus grande soumission des femmes., Lè vice et l’immoralité se pratiquaient depuis si . longtemps et d’une façon si générale que les hommes avaient déjà commencé d’eux-mêmes à garder leurs femmes enfermées. S’ils les respectaient dans une certaine mesure, ils étaient tout à fait soupçonneux à d’autres égards. La crainte et la méfiance étaient ainsi les. causes dominantes de la réclusion des femmes, et ce système se -développait de lui-même, les Coréens ayant

appris à. redouter les propensions amoureuses de leur propre sexe. Il est possible que les femmes trouvent dans la protection qui leur est aujourd’hui accordée, une légère compensation aux corvées et aux durs travaux qui sont leur partage.

L’esclavage parmi les Coréens se borne aujourd’hui à la possession de femmes esclaves. Jusqu’au temps de la grande invasion de la Corée par les armées japonaises

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sous Hideÿôshi, en 1592, il était permis d’avoir désesclaves des deux sexes. La perte d’hommes futtelle danscette guerre que, lorsqu’elle fut terminée, on promulgua

une loi qui interdisait la vente des esclaves mâles. Il resté-

toutefois le sang-no (petit esclave), qui rend certains services, et qui en retour est nourri et habillé. La position du sang-no est au-dessous de celle du serviteur à gages, et supérieure à celle de l’esclave proprement dit. Il n’estlié par aucun engagement et il est libre de quitter sa

Les devoirs de la femme esclave comprennent tout légros ouvrage de la maison. Elle s’occupe du blanchis— sage, — besogne incessante et indispensable dans une maison coréenne ; elle va chercher de l’eau au puits, aide à la cuisine, va au marché et fait les courses. On ne la laisse s’occuper d’aucune fonction d’un caractère supérieur ÿ sa place est à la cuisine ou dans la cour, et elle ne peut devenir femme de chambre ni servante favorite d’aucune sorte ; elle peut figurer dans le cortège funèbre de son maître.

Il y a quatre façons par lesquelles la femme coréenne' peut devenir esclave. Elle peut s’offrir volontairement comme esclave en échange delà nourriture, de l’habillement et du logement, par suite de son absolu dénuement. La femme qui devient esclave de cette manière ne peut plus racheter sa liberté. Elle a moins de droits que l’esclave qu’on achète ou qui se vend. La fille d’une esclave qui meurt dans le service ne sort pas de l’esclavage. Si sa maîtresse se marie, l’esclave de cette sortefait partie de la dot. Une femme peut être réduite en esclavage pour les actes de trahison d’un parent. Lai famille d’un homme convaincu de trahison devient la* propriété de l'Etat, et les femmes sont distribuées à de

%auts fonctionnaires. Elles sont ordinairement remises «en liberté. De plus, une femme peut se soumettre à l’approbation d’un maître éventuel. Si on la trouve satisfai- ' santé et si elle a de bonnes recommandations, ses services peuvent valoir dans les quarante, cinquante ou «cent mille d’argent comptant. Quand le prix a été versé, «elle fait un acte de donation de sa propre personne à ' .son acheteur, ét elle met l’empreinte de sa main sur le /document en place de sceau, dans le but de fournir un facile moyen d’identification. Quoique cette transaction ne reçoive pas la connaissance du gouvernement, le contrat est obligatoire.

Comme la loi décide que la fille d’une esclave doit prendre la place de sa mère quand elle meurt, il est de l’intérêt du maître de favoriser le mariage de ses esclaves. Les esclaves qui reçoivent un dédommagement pour leurs /services peuvent épouser qui leur plaît; on fournit un / logement au couple. Le maître n’a toutefois aucun droit sur les services du mari. L’esclave qui se voue volontaL cernent à l’esclavage et qui ne reçoit aucun prix pour ses

services ne peut se mariér sans consentement. Dans ces ■cas-là, il n’est pas rare que le maître, au bout de quelqués années, lui rende la liberté.

Jusqu’ici la position de la femme coréenne a été si Jiumble que son éducation n’a ' pas été nécessaire. Sauf parmi celles appartenant aux classes les moins hono- >rables, les facultés littéraires et artistiques demeurent incultes. Parmi les courtisanes cependant, les talents intellectuels sont cultivés et développés en vue de faire -•d’elles des compagnes brillantes et divertissantes. Le /seul signe de leur profession est la culture, le. charmé «et l’étendue dé leurs connaissances. Ces « feuilles de .^soleil », trait caractéristique de la vie publique en Corée,

se tiennent à part dans une classe particulière. On les nomme gisaing , et elles correspondent aux geisha du

Japon ; leurs devoirs, leur entourage et leur mode d’existence sont presque identiques. Officiellement, elles sont attachées à un département de l’Etat, et sont sous le contrôle d’un bureau spécial, dont dépendent également les musiciens de la cour.. Elles sont soutenues par le trésor national et elles assistent en évidence aux dîners officiels et à toutes les fêtes du palais. Elles lisent et récitent ; elles dansent et elles chantent ; elles deviennent des artistes et des musiciennes accomplies. Elles s’habillent avec un goût exceptionnel ; leurs mouvements ont une grâce extrême; elles sont délicates d’aspect, très fragiles et très humaines, très tendres, très sympathiques et très imaginatives. Par leurs dons artistiques et intellectuels, les danseuses sont, — et cela est assez ironique, — exclues des positions auxquelles leurs talents les rendent si particulièrement propres» Elles peuvent se mêler à la plus haute société, et en fait elles y vivent. On les rencontre dans la maison des personnages les plus distingués, elles peuvent être choisies comme Concubines de l’empereur, devenir les maîtresses d’un prince, les poupées d’un noble. Cependant un homme de naissance ne peut les épouser, bien qu’elles incarnent tout ce qu’il y a de plus brillant, de plus spirituel et de plus beau. Parmi les personnes de leur sexe, leur réputation correspond au niveau de leur moralité, car on fait une distinction entre celles dont le métier est embelli par la quasi-honnêteté d’une concubine, et celles qui sont confondues avec les simples prostituées à l’étalage prétentieux.

Dans l’espoir que leurs filles atteindront le succès qui leur assurera des ressources pour la vieillesse, les

parents pauvres font entreprendre à leurs filles le métier de gisaingt, de même qu’ils préparent leurs fils à celui d’eunuque. Les jeunes filles sont choisies pour la par-

faite régularité de leurs traits. Elles sont habituellement ; jolies, élégantes et fines. Il est à peu près certain que ce sont les plus jolies femmes de Corée, et bien que leur ■ classe soit étendue et qu’elles viennent de toutes les parties du royaume, les gisaing les plus belles et les plus accomplies viennent de Pyông-an. Les arts et les élégances dans lesquels elles ont été si soigneusement élevées, leur donnent . dans là maison de leurs protecteurs une situation supérieure à celle qu’occupe la femme légitime. Comme conséquence, les légendes coréennes sont pleines d’histoires des différends et dès plaintes conjugales auxquels donne lieu l’amour ardent et prolongé de maris pour des femmes auxquelles le destin les^ empêche de s’unir plus intimement.' Les femmes sont de faible stature avec des pieds jolis et petits, et des mains bien faites et gracieuses. Elles sont tranquilles et sans prétention dans leurs manières.. Leur sourire est éclatant, leur attitude modeste, leur aspect charmant. Elles portent dans les cérémonies officielles des jupes de gaze de soie de nuances variées ; une veste de soie diaphane, avec dè longues manches amples dépassant les mains, protège leurs épaules ; une ceinture ornée de pierreries, pressant leurs seins nus, soutient leurs draperies. Elles portent une coiffure compliquée, lourde et artificielle, faite de cheveux noirs nattés et rehaussés de -nombreux ornements d’argent. La musique accompagnant la danse est plaintive et le chant de la danseuse quelque peu mélancolique. Beaucoup de mouvements sont exécutés, le pied seulement recouvert d’un bas; les danses sont absolument exemptes d’indécence et d’attitudes suggestives.

Certaines plaisent vraiment par leur curieux caractère. -

A une occasion, Yi-cha-sun, le frère de l’empereur, m’invita à assister à la répétition en toilette d’une fête qui avait lieu prochainement au palais. Bien que cette faveur exceptionnelle me fut accordée spontanément, il me fut absolument impossible d’obtenir la permission de photographier les gracieuses figures glissantes des danseuses. Quand ma chaise me déposa au yariien, la danse était déjà commencée. Les chaises des fonctionnaires et les domestiques des danseuses, bavardant, remplissaient l’enceinte; des soldats de la garde impériale étaient en faction devant les portes. L’air était rempli des notes tremblantes de la flûte et de la viole, dont les cris plaintifs étaient ponctués par le grondement du tambour. Dans un édifice, dont la muraille était percée d’ouvertures, on pouvait voir les groupes de danseuses qui se balançaient lentement et presque imperceptiblement avec la musique.

Du dais où mon hôte se tenait, la danse rayonnait de couleur. Les danseuses étaient au nombre de dix-huit, divisées en trois groupes égaux, et avec le soleil ruisselant qui se jouait à la surface brillante de leurs vêtements, les flexibles et gracieuses figures semblaient flotter dans le reflet d’une mer de lumière étincelante. La danse était presque dépourvue de mouvement, telle était la lenteur avec laquelle se développaient ses fantastiques figures. Pas un instant les petites danseuses ne cessèrent de garder les bras horizontaux, et ne parurent fatiguées de la dimension et de la lourdeur de leur coiïfure. Très lentement, l’orchestre assis indiquait l’air. Et très lentement, les danseuses évoluaient dans l’espace libre devant nous, leurs bras levés, leurs draperies de gaze et de

soie flottant autour d’elles, leur curieuse chevelure tassée haut -et retenue en place par.de nombreuses épingles émaillées et ornées de pierres, étincelant au soleil. ,

, L’air était solennel ; et comme si le mouvement était celui d’une cérémonie, leurs voix s’élevaient et s’abaissaient en une, harmonie prolongée d’une expression passionnée., Par moment, les trois groupes s’unissaient, les nuances des jupes de soie se mêlant en une flamme vive d’une splendeur barbare. Alors, un autre mouvement succédant, les dix-huit figures se séparaient et, en équilibre sur, les pointes, se formaient en cercle en un ensemble imposant et rythmique, les bras se levant et s’abaissant, le corps se courbant et se balançant, dans une ondulation de rêve.

La danse résumait là poésie et la grâce dii mouvement humain. Les attitudes élégantes des artistes étaient empreintes d’une douceur et d’une délicatesse délicieuses. Les longues robes de soie révélaient une grâce singulière d’attitude, et on contemplait les danseuses, qui étaient vêtues des pieds à la tête, non pas nues, impudiques et éhontées comme celles de nos parodies, avec un soulagement et un plaisir infinis. Il' y avait de la puissance et de la logique dans leurs mouvements, une artistique subtilité dans leurs poses. Leurs robes flottantes accentuaient la simplicité de leurs gestes-, la pâleur de leur visage, n’était pas dissimulée; leurs regards étaient timides; leurs manières modestes, Les notes étranges et lugubres des singuliers instruments, la cadence incertaine du chant, le glissement des danseuses, l’éclat éblouissant des soies, lès couleurs vives des jupes, la rougeur de la peau 'sous les vestes de soie, captivaient silencieusement et fortement le spectateur; sou-

levant une émotion et un enthousiasme irrésistibles.

Les fascinantes figures approchaient doucement, d’un glissement égal; et à mesure qu’elles s’avançaient en glissant lentement, la musique s’épanchait en une lamentation passionnée. Le caractère de la danse changea. N’avançant plus, les danseuses évoluaient à la cadence des tambours; tournant en cercles de couleur, leurs bras se balançant, leur corps ondulant en avant et en arrière, elles disparurent en reculant peu à peu. Les petites personnes semblaient inconscientes de leur art; les musiciens ignorants des qualités de leurs plaintives mélodies. Cependant la maîtrise de l’orchestre, la conception, le talent et l’exécution de la danse faisaient de tout cela un triomphe de technique.

Alors que la danse était à son apogée, rien ne montra •mieux l’admiration des spectateurs que leur parfaite immobilité. Des cours parvint, à un certain moment, le -bruit fait par les serviteurs et par le hennissement d’impatience des chevaux. Des regards menaçants réduisirent au silence les esclaves, et rien ne vint plus de longtemps rompre le magnétisme où la danse les plongeait. La danse finie, ce fut le tour des autres de répéter leurs rôles, pendant que les danseuses, libres à présent, s’étaient assises, causant avec le prince, mangeant des bonbons, fumant des cigarettes, des cigares, ou la longue pipe du pays. Beaucoup d’entre elles, défaisant leurs coiffures, s’étaient étendues sur. leurs nattes, les yeux fermés en un instant de repos pendant que leurs domestiques . les éventaient. Son Altesse appréciait visiblement la familiarité de leurs façons à son égard. Pour manifester, le plaisir que lui causaient leurs espiègleries et lës encourager, il leur prenait la joue et leur pinçait, le, bras, assis, au milieu d’elles.

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