DÉ LOURDES A BORDEAUX
Samedi, 19 juillet. — A midi et 12 minutes nous quittons Lourdes. C’est un train express rapide, il n’y a que des premières, ce qui correspond aux chars salons sur nos lignes de chemins de fer, Je prends un salon. Nous partons à toute vapeur, Je jetai un dernier regard sur Lourdes, sur l’église, sur la grotte : “ Adieu bonne Mère et meici. Je n’oublierai jamais les douceurs dont vous m'avez comblé.” Nous suivons le Gave, dans un vallon très étroit, sauvage, cultivé, pittoresque ; et nous apercevons les sommets les plus élevés des pyramides couverts de neige éternelle, C’est ce qui rend le climat si frais dans ce midi si chaud, Je lis et je regarde, quel charme ! — Coarraze, — Nay! lei fut élevé Henri IV, courant et galopant à travers les champs.
Pau, capitale du Béarn, ville d'Henri 1V. “ La plus splendide vue de terre comme la baie de Naples est la plus magnifique vue de mer qu’il y ait au monde, ” parole de Lamartine. Il . monte dans le compartiment une grosse dame, 55 ans environ, je voyais qu’elle avait envie de parler. ‘“ Vous allez à Bordeaux, madame ? — Non, je vais à Nantes. — Moi aussi, mais pas tout droit, j'arrête à Bordeaux, je n’irai que lundi. — Avezvous des connaissances à Nantes ? — C’est mon pays, madame, — Ah! Ah! — Mais il y a longtemps que j'en suis parti. — Oui ? — Environ deux cents ans ! — Mais c’est trop fort, — C'est-à-dire que c’est mon ancêtre à la sixième génération, — Vous êtes peut-être de l'Amérique ! — J’en suis. — Moi aussi, je suis née à Rio de Janeiro, mariée là; comme vous voyez, nous sommes voisins, — Pas gi voisins, Je suis du Canada. —
M ‘1 mari était français, moi d'origine française, Quelques-uns de mes enfants sont nés Brésiliens, les autres Français. J’ai un garcon de marié à Paris ; la femme qui est venue me reconduire à Paris, avec son mari, est ma fille. Je demeure avec une autre de mes filles à Nantes, ” Enfin cette femme qui avait l'air bonne m'intéressait.
À Dax je descendis pour acheter des provisions. Quand je remontai, je trouvai une autre dame installée sur le siège devant oi avec sa fille, Je n’eus plus qu’à garder le silence.
ons Les deux dames menèrent la conversation rondement jusqu’à re- Lamothe, où les nouvelles arrivées mirent pied à terre, J’en de sus long. Elles demeurent à Angers, elles viennent de Salis, ute sur les bords de la mer, où elles ont passé 35 jours, inutileise, ment, elles n’en éprouvent aucun bien. La mère a peur qu'on rai ne la comprenne pas dans sa famille ; elles ont pris l’accent du ons midi; mais elles espèrent que cela se passera avant longtemps. ne ; A vrai dire son accent était admirable, C’est celui de Tours, des c'est presque le nôtre.
ais J’arrivai à Bordeaux à 54 h., il pleuvait à verse. Je pris — une voiture et me fis conduire à l’hôtel du Périgord. Je souant pai ; la pluie cessa. Avant la nuit j'allai faire un tour dans la | ville, qui est la mieux percée de France après Paris, Je visitai ide le port, superbe, avec ses quais d’une largeur étonnante, puis que la grande place et le jardin public, qui sont quelque chose de Il ravissant, Ma vue se remettait du spectacle triste et monotone | | on, qui l'avait fatiguée une partie de l'après-midi, quand nous tra- | Or- versions les Landes, “NT ais | ez- Dimanche, 20 juillet. — Quand je suis venu en France, il | he. y à cinq ans, j'ai fait un bon nombre de connaissances, Je les | — ai toutes laissées tomber les unes après les autres, parce que | — cela entraînait une correspondance qui prenait un temps pré- — cieux. Je n’en ai cultivé que deux : M. Rameau, et M. Oné- L.
si, sime Reclus, bus | M. Reclus demeure environ à 18 lieues de Bordeaux, mais — pas sur la ligne qui doit me conduire à Nantes. Je m'arrête
donc une journéé exprès à Bordeaux, laissant ma valise à l’hotel du Périgord, et poussant une pointe de mon côté,
A 8 heures, je partis avec mon petit sac et mon bréviaire, et j'allai à l'Église Notre-Dame qui est à deux pas d'ici, entendre la messe, Un prêtre se rendait à l'autel, L'Eglise était à demi remplie. A l’évangile un des vicaires monte en chaire, chacun retourne sa chaise et regarde le prédicateur, 11 ne prêche pas, il lit le prone; cette lecture simple, forte, substantielle me fait du bien, beaucoup plus que ne l'aurait pu faire un beau sermon. Je constatais comme l'exposé de I foi catholique est le même partout, clair et un,
Je pris une voiture et je fis le tour des principales Eglises qui sont gothiques et belles : St-André,la Cathédrale, St-Seurin St-Michel et Ste-Croix,
A dix heures et trois quarts le train m'emportait du côté de Ste-Foy — La Grande, Je traversai 18 lieues de vignobles, de vignobles et'de vignobles encore, St-Enilion auprès duquel je passai est célèbre, non seulement par son vin, mais encore par sa grande église monolithe, c’est-à-dire faite d’une seule pierre, vu qu’elle (l'église) est creusée dans un rocher.
A Sainte Foy j'allai frapper à la porte de M. Reclus. Per: soune, Le voisin me dit “il est à Paris avec toute sa famille. 11 reviendra demain,” Demain c’est trop tard, mon programme est fait, je ne puis rien déranger. Je gagnai l’hotel, je dinai, écrivis à M. Reclus, visitai l’église, dormis et vous griffonnai ces quatres pages. À 5 heures et 50 minutes, je repartirai pour Bor'eaux où je serai à 84 heures. (C’est un desapointement que d’avoir fait ce voyage pour rieu, Mais dans la vie tout n'arrive pas à point nommé,
Demain matin, je pars pour Nantes, c’est-à-dire Vertou, 3 lieues en decça de Nantes, Comme l’express n’y arrête pas, j'arrêterai, moi, à Clisson, et je prenderai un train local, qui mg conduira le même soir à Vertou.
Bor soir, et au revoir /