AU DOCTEUR BUCHER
Je n'avais fait que traverser l'Alsace pour jeter, en passant, un coup d'œil sur la cathédrale de Strasbourg et sur le musée de Golmar. Une sorte d'appréhension m'avait toujours empêché de m'y arrêter. Les Allemands ne cessaient d'annoncer que leur conquête était définitivement germanisée, et certains Français, après un bref séjour au delà des Vosges, nous donnaient la même nouvelle. Je redoutais l'amère tristesse d'un pareil spectacle. Il est douloureux de se sentir à l'étranger sur une terre qui fut française, plus douloureux encore de rencontrer des étrangers dans les fils de ceux qui furent des Français. Mais, un jour, les Oberlê de M. René Bazin nous apportèrent l'assurance que l'annexion morale n'était pas encore accomplie, que la jeunesse alsacienne
ÏI AVANT-PROPOS
restait fidèle au souvenir de l'ancienne patrie. Dès lors je me promis de connaître l'Alsace. Ce fut la Société industrielle de Mulhouse qui m'en fournit l'occasion, m'ayant invité à faire une conférence chez elle. Sous sa caution, je trouvai des Alsaciens prêts à me guider et à m'éviter les illusions et les méprises auxquelles on est exposé dans un pays où tout est compliqué et embrouillé par la diversité des religions, des partis et des intérêts.
Depuis 1903, j'ai, à maintes reprises, voyagé en Alsace, et chaque fois, j'ai publié les notes que j'avais prises au hasard de mes promenades. Je les reproduis aujourd'hui dans la forme et dans l'ordre même où elles ont paru. Je ne pouvais songer à en composer une description de l'Alsace : elle eût présenté trop de lacunes. Puis j'ai pensé que le lecteur me suivrait plus volontiers si je le traitais comme un compagnon de route et l'associais à mes émotions et à mes découvertes.
Je prie les Alsaciens qui furent mes guides et qui devinrent mes amis, de trouver ici l'expression de ma profonde gratitude. Ce sont ceux qui m'ont révélé les richesses de