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SUR LES RUINES DE VERDUN

Pour le Général Nioelle

Ruines de Verdun, annoncées.

Dont l'approche nous agite d'un tel émoi. D'énergie ardente mêlée Au sacrifice lourd d'effroi;

Ruines de Verdun, éplorées.

Si tragiques des pleurs que vous avez coûtés^ Et par vos couleurs effacées Semblables à des yeux lavés;

Ruines de Verdun, étalées.

Maisons vides, champs retournés, jardins détruits. Forêts à jamais dépouillées.

Arbres abandonnés de fruits ;

Ruines de Verdun, cadencées Par le pas des soldats, des chevaux, par le bruit Des camions aux roues pressées Q,ui vous font vibrer dans la nuit;

Ruines de Verdun, ébranlées Par le canon jamais lassé, jamais éteint. Et dont les lueurs élancées Illuminent vos murs déteints;

Ruines de Verdun, traversées Par les hommes boueux qui nous ont défendus. Dont les âmes désaccordées Passent dans les yeux éperdus;

Ruines de Verdun, tant souillées De membres, de tronçons, de cadavres, de chair. De débris déchirés, de loques divaguées. Dont l'horrible odeur emplit l'air;

Ruines de Verdun, honorées Par tant de bon vouloir et de courage humain, Montant par la route sacrée Vers la mort probable demain;

Ruines de Verdun, dispersées Dans les ravins, les bois, les remparts et les forts. Par tant de héros enlacées.

Redressez-vous d'entre les morts!

C'est tout le sang de notre race, Dont le flot rapide et tenace Circule encor rouge et vivace

A travers vos rochers et vos rases maisons; Coulant de toutes nos provinces.

Sang d'ouvriers et sang de princes.

Sang d'artistes nerveux et minces.

Sang de bourgeois et sang de paysans fécond;

Ils sont amenés de Gascogne, Ils sont accourus de Bourgogne, Contre ceux qu'envoyait Cologne,

Ils venaient de Vendée et du têtu Poitou; Ils arrivaient de Normandie, Ils débarquaient de Picardie, Plus vifs que ceux de Silésie,

Ceux de Savoie et ceux du doucereux Anjou ;

Et ceux de subtile Provence, Et ceux d'aimable Ile-de-France, Et ceux de l'Auvergne^ plus denses,

Et ceux de la Bretagne et ceux du Dauphinois, Ceux des provinces occupées.

Ceux des provinces dévastées.

Ceux des provinces démembrées.

Ceux que n'appelle plus la chaleur d'un vieux toit.

Pour vous restituer intactes,

Les Français, en troupes compactes,

Liés d'un volontaire pacte.

Vous ont fait un rempart inattendu, si sûr, Que de leur chair lasse, meurtrie. Exsangue, énervée, aplatie.

Déchiquetée... et resurgie,

Ils ont bâti le plus infranchissable mur.

Ruines de Verdun préservées Ruines de Verdun libérées Ruines de Verdun ranimées

Par la vive vertu de tant d'obcures morts Parmi nos gloires dépassées Dans leur orgueil ancien dressées Jaillit des pierres entassées

La prochaine splendeur du triomphal effort.

Juillet 1916.

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