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LA SENTINELLE

En mémoire d'Henry BouieiUer

Au coin du bois, sous la lune, dans la nuit lente. Guettant l'ombre perfide et semeuse d'effroi, Les doigts gonflés sur son fusil pesant et froid, Il garde une tranchée au sommet d'une pente.

Il veille seul, pendant cette inflexible attente Son sang revient trop vite à son cœur trop étroit Les bruits mystérieux et multiples des bois L'entourent longuement de leur sûre épouvante.

Pourtant il dompte son inquiète terreur :

Ses yeux calmes ne sont plus troublés par l'horreur

Des cadavres troués qui vallonnent la plaine :

Comme un religieux et formidable appui, Il sent, pour soutenir sa renaissante haine, Les âmes de nos morts qui veillent près de lui.

18 Janvier 1916.

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