LES PONTS ROMPUS
Pour René Doumlc
Sur le murmure vif et souple des rivières, Les ponts, dorés par tant de somptueux couchants, Posaient sur les prés verts que paissent les bœufs lents, La blanche majesté de leurs arches de pierre.
Ils résonnaient, sous les voitures coutumières Aux mêmes jours du même attendu roulement. Les parapets, luisants, qu'usent les mains d'enfants. Noircissaient longuement sous l'humide poussière.
Et les amants s'y rejoignaient, silencieux... Maintenant effondrés, chaotiques, hideux.
Ils ne sont plus qu'un monstrueux et dur barrage
Où, pressée et meurtrie et gémissante, l'eau Fait retentir le dépeuplement du rivage D'un multiple, constant et funèbre sanglot.
16 Mai 1916.