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A BELGRADE

qui ne connaît plus l’esclavage. J’ai retrouvé surtout les amis que j’avais laissés, et qui m’ont reçu comme un frère.

En premier lieu, le professeur Yoannovitch, l’éminent directeur de l’Institut d’Anatomie Pathologique, que, malgré ses protestations, j’appelais « mon cher Président », parce que c’est lui qui présidait la plupart de mes conférences, et en particulier celle que j’ai faite sur la lutte contre le cancer, et à laquelle S. M. la Reine, qui s’intéresse à cette grande question, comme à toutes celles qui touchent à la santé physique et morale de son peuple, m’avait fait l’honneur d’assister. Et puis le professeur Milianitch, ancien élève des Hôpitaux de Paris, qui s’est dévoué avec passion à l’organisation des études anatomiques, — ce qui ne l’empêche pas de diriger un beau service de clinique chirurgicale, où j’ai eu l’honneur d’opérer, et dans lequel il a introduit la stricte discipline de l’Ecole de Terrier. C’est chez lui que j’ai vu, pour la première fois, en dehors de mon propre service, mes films sur l’hystérectomie, qu’il est, je crois, le seul à posséder... avec l’Université de Moscou!

Et puis le Dr Kojen, mon ami Kojen, qui possède un des plus beaux services de chirurgie du monde. Car je ne vois rien de pareil ici, dans ce beau pays de la vieille France! Nous gardons encore notre prestige, mais nous finirons par le perdre, si nous ne réagissons pas.

Il y a, en effet, dans cette ville, magnifiquement relevée des ruines de la guerre, un effort remarquable pour donner à la capitale moderne de la Grande Serbie des institutions scientifiques dignes de ce pays et de l’avenir qu’il mérite, et auprès duquel nos propres efforts apparaissent comme misérables et indignes de la France.

Il y a donc à Belgrade une immense Cité Médicale qui, à côté d’un vaste hôpital militaire, comprend une dizaine de grands édifices d’aspect monumental, séparés par des terrains encore en désordre, mais qui, avant longtemps, seront devenus des jardins :

Instituts de physiologie, d’anatomie pathologique ; instituts d’anatomie, d’hygiène ; grands services de chirurgie, celui de Kojen, de Kostchitch, — le successeur de Soubbotitch, que nous connaissions bien en France, et qui a été le promoteur de cette organisation magnifique ; grand pavillon d’obstétrique et de gynécologie ; clinique médicale ; tuberculeux ; ophtalmologie ; autre grand service de chirurgie : celui de Milianitch, auquel est accolée une organisation de stomatologie, comme nous n’en avons pas à Paris.

Tout cela fait plaisir à voir, mais nous éprouvons quelque confusion, nous Français, nous Parisiens, qui avons les hommes et qui ne savons où les mettre. Nous, auxquels la générosité des Mécènes américains offre une Faculté de Médecine, — et qui en sommes à nous demander où nous pourrons bien la construire !

J’ai pu faire quelques opérations dans les service de Kojen et de Milianitch, aidé par d’anciens élèves de Paris, et parfois de moi-même, les Drs Yovanovitch, Popovitch, Stefanovitch, que je remercie de tout mon cœur.

J’ai fait aussi quelques conférences techniques, illustrées de projections cinématographiques, et les six jours que j’ai passés là-bas, près de mes amis du 11 Novembre, n’auront pas été perdus, je l’espère, pour l’enseignement de la gynécologie française.

Quant à l’accueil que nous avons reçu de nos amis anciens et nouveaux, et en particulier de Kojen, de Milianitch, de Yovtchitch, de tous enfin, maîtres et élèves, il a été tel que celui de nos amis Roumains, quelque merveilleux qu’il ait été, n’a pu suffire à en atténuer l’impression.

EN ROUMANIE

Dans la descente du Danube, vers la fin des gorges splendides qui finissent aux Portes de Fer, on voit encore, comme taillés

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d’hier dans le roc éternel, les restes émouvants de cette route de Trajan qui, il y a dix-huit siècles, par la seule volonté d’un homme, conduisit aux plaines immenses de la Dacie, les légions invincibles. C’est par là que passèrent les soldats de Trajan, qui devaient engendrer, aux frontières du pays des Scythes, cette nation à laquelle cinquante générations ont conservé le sang et jusqu’aux traits intacts des Romains de la vieille Rome ! Avec le sang, le nom, et la langue à peine altérée, et cet esprit latin qui a charge de conserver, dans ce bastion de l’Occident, devant les souffles mystérieux qu’apporte jusqu’à nous le vent des steppes asiatiques, la souveraine clarté de la raison.

La Grande Roumanie, née dans le sang et la douleur du cataclysme universel qui a marqué la fin d’un monde, est là, debout, devant l’horizon chargé de nuées. Elle est la sentinelle et le soldat de la frontière. Elle attend, l’arme au pied, l’énigme de demain. Que sortira-t-il des nuées amoncelées de toutes parts ? La foudre, — ou le grand soleil de la vie ?

Que dire de l’accueil de nos amis Roumains ? C’est l’hospitalité la plus touchante, c’est la fraternité du cœur ! Est-ce parce que, depuis les jours tragiques de la guerre où quelques-uns d’entre nous allèrent partager leurs souffrances, je suis le premier chirurgien français officiellement reçu par nos collègues de là bas ? Je l’ignore. Mais ce que je sais bien, c’est que je reste confondu.

Au débarquement en Terre roumaine, au sortir des Portes de Fer, un jeune chirurgien, le Dr Mircea Jonesco était là pour nous recevoir. Pendant notre séjour à Bucarest et à Cluj, il a été pour nous d’une inépuisable complaisance. Après lui, depuis Odoara jusqu’à la frontière hongroise, un jeune médecin militaire, qui, par une coïncidence étrange, s’appelait, lui aussi, Mircea Jonesco nous a fait les honneurs du sol de sa patrie.

Mais avant tout et avant tous, je dois remercier le doyen de la Faculté de Médecine de Bucarest, le Professeur Minovici, qu’ont

illustré d’admirables travaux de médecine légale, et la création du magnifique Institut qui porte son nom. Il est impossible de trouver un homme qui mette dans ses fonctions officielles plus de simplicité charmante, plus de cordialité, plus de réelle et parfaite amabilité, plus d’attentions discrètes, de sollicitude cachée, plus de souriante bonne grâce. Il peut être sans inquiétude sur les sentiments qu’il inspire à ceux qui l’ont connu comme moi. Qu’il sache bien, s’il nous a vus partir, qu’un peu de notre cœur demeure auprès de lui.

La Facilité de Bucarest est une sorte de prolongement de celle de Paris. Nous nous y sentons chez nous. C’est le portrait de Brouardel, et des grands médecins légistes français, que l’on trouve chez Minovici. Marinesco, dont l’accueil si amical m’a particulièrement touché, et qui est une des gloires de la neurologie universelle, vit dans le culte de Charcot.

Il y a eu là-bas, il y a encore un grand nombre d’anciens internes de nos hôpitaux, et leur doyen, le Professeur Stoïcesco, de la promotion de 1871, est toujours là. Mon vieux camarade Thomas Jonesco, n’y est plus, mais il a laissé un grand nom, et le souvenir du chef incontesté de l’Ecole Chirurgicale roumaine. J’ai retrouvé là-bas le Professeur Angelesco, externe chez Le Fort quand j’y étais interne. Et Bacaloglu, et Gheorgiu, et Theoari, et Léonté et Turnesco, qui a été mon interne, et enfin le Professeur C. Daniel, qui l’a été également, et qui a pris chez moi, je le pense, cette passion de la gynécologie, qui l’a conduit là où il est. Je lui dois des remerciements tout spéciaux, non seulement pour tout ce qu’il a fait pour moi, et pendant la préparation de mon voyage, qui lui est dû en grande partie, et pendant mon séjour, mais surtout parce que c’est lui qui, grâce à l’autorité que lui donne cette chaire de gynécologie, qu’il occupe si brillamment, a pris à tâche de faire pénétrer là-bas, par la parole et par l’exemple, les grands principes de simplicité de la Gynécologie Française. Il est

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le fondateur et l’animateur de la Société de Gynécologie de Bucarest, dont j’ai eu le grand honneur de présider une séance, au cours de laquelle toutes les communications, faites dans le français le plus pur, par les élèves de Daniel, m’ont montré toute la valeur de la jeune Ecole roumaine. Mais quelle merveille que de voir là-bas, si loin de nous, une séance faite entièrement en français, devant 200 étudiants et médecins qui n’en perdaient pas un seul mot !

Cela me rappelait une séance semblable que j’ai présidée à Santiago du Chili, il va y avoir bientôt dix ans, et où l’esprit français brûlait aussi au cœur des jeunes gens.

Plus je cours à travers le monde et plus je me rends compte que, si la tradition demeure, et si la flamme de l’esprit jette encore ses ardents reflets dans notre pauvre vieille France, tous ces jeunes pays, qui naissent à la vie nationale, n’ont plus grand chose à nous envier.

Je n’ai pas pu tout voir à Bucarest, où il y a à voir tant de choses. D’abord la Faculté, au seuil de laquelle se dresse la statue du Français Davila, dont on vient de célébrer le centenaire, et qui fut là-bas le grand organisateur des études médicales, la Faculté avec ses salles magnifiques, son grand amphithéâtre, — où ma première conférence a été honorée de la présence du grand historien Jorga, que nous connaissons tous à Paris, aujourd’hui président du Conseil, et qui met sa haute conscience au service de son pays. Il y a aussi les hôpitaux : l’hôpital Coltzea, où j’ai pu visiter les services du Professeur Angelesco et du Professeur Daniel, — qui m’a offert l’hospitalité dans son amphithéâtre, qui fut celui de Jonesco, — et l’hôpital Brancovan avec le magnifique service du Professeur Juvara et sa belle salle d’opérations, où tout est bleu, depuis les murs et le parquet jusqu’aux champs opératoires, à la blouse et à la calotte du chirurgien !

Il y a, à Bucarest, un service d’assurances sociales, dont nos

collègues de là-bas disent autant de bien que nous pensons de mal du nôtre, d’ailleurs encore inexistant. J’ai visité sous la conduite du Dr Georghiu et du Dr Natza un magnifique petit hôpital de 80 lits, modèle d’organisation.

J’ai été trop occupé, pour aller, comme je l’aurais voulu, voir opérer beaucoup de mes collègues. Rien n’est plus instructif, ni plus intéressant. Je n’ai pu, à mon grand regret, voir opérer que trois d’entre eux. Mais j’ai trouvé chez eux, la simplicité, la sobriété, la rapidité latines. Un ou deux aides et pas de temps perdu. Au professeur Angelesco, que sa haute situation politique n’empêche pas d’aimer son art, j’ai vu faire une gastro-entérostomie, avec une technique parfaite. Il fait toujours trois plans de sutures, et c’est à cela qu’il attribue, m’a-t-il dit, une longue série de plus de mille opérations sans un seul décès. Peut-être a-t-il raison. Mais il me permettra de penser que son talent opératoire y est aussi pour quelque chose.

Chez mon cher ami C. Daniel, j’ai vu faire, avec une rapidité et une simplicité remarquables, deux hystérectomies abdominales. Il m’a fait la surprise d’opérer ses malades par des procédés que nous étudiions ensemble, lorsqu’il était mon interne, il y a vingtcinq ans. Car il a été le premier, par sa thèse « sur les différents procédés d’hystérectomie dans les annexites », à entrer dans la voie, où dès cette époque lointaine, je m’étais définitivement engagé. Ç’a été pour moi une grande joie que de voir ressusciter ainsi sous mes yeux, par un de ceux qui sont parmi les premiers à avoir participé à mes travaux, les souvenirs de ma jeunesse ! Qu’il en soit remercié, comme de tout ce qu’il a fait pour moi pendant cette semaine si bien remplie.

Avant d’être professeur, Juvara a été étudiant. Il était déjà célèbre chez nous par son talent de dessinateur, et je le vois encore, vers 1890, dans le pavillon où j’étais aide d’anatomie, couvrant l’immense ardoise qui courait tout le long du mur de

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dessins magnifiques rappelant ceux de Farabeuf. Il est resté l’artiste qu’il était. II a exécuté d’admirables dessins d’anatomie, et publié un très beau livre dont j’ai eu l’honneur d’écrire la préface. Il est devenu un chirurgien de haute valeur, et je lui ai vu faire, dans des conditions de perfection absolue, l’opération difficile que constitue une greffe d’Albee.

Mais si je n’ai pas vu d’autres opérations, j’ai vu des opérés remarquables dans le service de Jianu, qui se plaît, comme moi-même quand j’avais encore le feu sacré de la jeunesse, à cette terrible chirurgie des grandes tumeurs de la face et du cou. J’ai vu également de beaux résultats de chirurgie osseuse et gynécologique chez le professeur Léonté, dans l’hôpital encore un peu primitif, mais bien intéressant, qu’il organise dans un ancien palais de la banlieue de Bucarest, au milieu des prairies où paissent de noirs buffles d’Orient, et parmi de grands arbres où nichent des cigognes et des corbeaux sans nombre.

Nous voyons souvent à Paris le professeur Danielopoulo. Il faut ✓ le voir là-bas, dans sa belle clinique, dans son laboratoire, où il poursuit avec une sagacité merveilleuse, d’admirables recherches sur la physiologie du cœur et des viscères.

Que dire encore ? Mais je me reprocherais d’oublier le célèbre Institut de bactériologie et de sérothérapie du professeur J. Gantacuzène, ce Parisien de Roumanie ! J’ai visité avec émotion ce lieu tout imprégné de l’esprit de Pasteur, sous la conduite de cet homme, chez lequel je ne sais ce qu’il faut le plus admirer de sa bonne humeur, de son esprit étincelant, de son talent d’organisateur, mis au service d’une science profonde. Les moments trop courts que j’ai passés auprès de lui, dans cette maison de la science et du travail, où l’on entre en passant devant deux bronzes magnifiques, symboles émouvants pour nos cœurs de Français, ceux de Pasteur et de Claude Bernard, sont de ceux que l’on n’oublie pas.

L’acceuil de Bucarest, quelque touchant qu’il ait été, ne saurait effacer celui de Cluj, que le cadre plus modeste et l’allure plus intime ont rendu à nos yeux particulièrement agréable.

La capitale intellectuelle de la Transylvanie, vieille terre roumaine que la Grande Guerre a rendue à sa patrie maternelle, est une ville charmante, couchée dans la vallée et que dominent à mi-côte les magnifiques constructions de ses cliniques, et plus haut encore, près d’un beau jardin botanique, un admirable institut, l’Institut Pasteur, où sont concentrés les laboratoires de bactériologie, d’histologie, de chimie biologique, ce dernier dirigé

par un Français, le professeur Thomas, dont la présence constitue un lien actif et permanent et exerce la plus heureuse influence sur l’esprit des étudiants et des étudiantes, qui sortent d’un milieu, qui hier encore était sous la domination hongroise, et soumis, par la force des choses, à l’influence germanique.

Les professeurs roumains, qui sont venus après la guerre remplacer leurs collègues hongrois, travaillent depuis lors avec un zèle et un succès admirables à la latinisation des esprits et des cœurs et sont reconnaissants à ceux d’entre nous qui viennent, par leur présence et l’affirmation de leur solidarité intellectuelle, les aider dans leur œuvre patriotique.

Aussi mettent-ils dans leur accueil une ferveur particulière, dont j’ai été profondément ému. Le recteur actuel de l’Université, qui est professeur de clinique médicale, le Professeur Hafiegan, qui a été appelé dans les conseils du gouvernement, grâce à sa connaissance approfondie des questions qui intéressent la Transylvanie; le doyen actuel de la Faculté, le Professeur V. Papilian, avec lequel j’ai eu, à propos de mon article sur le Transformisme, publié dans La Presse Médicale , des conversations de philosophie scientifique pleines d’intérêt ; le professeur Jacobovici, que nous voyons souvent à Paris et qui dirige avec la plus grande autorité un magnifique service de clinique chirurgicale ; et enfin un de mes

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élèves, ancien assistant étranger de mon service, le Dr Fodor, m’ont reçu dans l’amphithéâtre de chirurgie, — auquel le professeur Jacobovici a donné le nom de Thomas Jonesco, — au milieu d’une foule d’étudiants, par des paroles qui m’ont profondément ému. Et puis, en dehors de réceptions familiales intimes et charmantes, nous avons eu, au Foyer des étudiants, une fête délicieuse. A Bucarest, déjà, où il y a aussi, pour les étudiants en médecine, un foyer remarquable, j’avais été reçu avec une chaleur, un jeune et charmant enthousiasme qui m’avaient été au cœur. Ici, ce fut autre chose, que nous n’attendions pas : La Marseillaise émeut toujours, quand on l’entend debout, sur des terres lointaines ! Orchestre, chants nationaux, danses en costumes de Transylvanie, par des étudiants pittoresques et de charmantes étudiantes, car il y a beaucoup d’étudiantes en médecine, en droit, en lettres et en sciences, à Cluj, comme à Bucarest. Enfin souper, plein d’entrain et plein de gaîté, parmi ces jeunes gens. Voilà de quoi faire oublier bien des dîners protocolaires !

Le temps m’était trop mesuré à Cluj ; aussi n’ai-je pu voir tout ce que j’aurais désiré. A l’Institut Pasteur, le laboratoire de mon compatriote le Professeur Thomas, plein d’étudiants qui s’exerçaient aux travaux pratiques ; le laboratoire d’histologie du Professeur I. Dragoiu, merveilleusement compris pour l’instruction des élèves, et qui m’a instruit moi-même en projetant devant moi d’admirables préparations.

J’ai eu également la bonne fortune de rencontrer le Professeur Bacovitza, vice-recteur de l’Université, naturaliste illustre, à moitié Français comme Cantacuzène, dont il a la bonne humeur et l’esprit, et une cordiale jovialité qu’il met sans cesse au service d’une philosophie souriante.

Enfin j’ai vu, et bien vu, les beaux services du Professeur Jacobovici et du Professeur Grigoriu, qui dirige la clinique d’Obstétrique et de Gynécologie. J’ai eu la bonne fortune de les

voir opérer tous les deux. Pour plus de commodité, ils s’étaient entendus pour opérer dans le même amphithéâtre, — cet amphithéâtre Thomas Jonesco, où j’avais été reçu la veille d’une façon si touchante. Et j’ai vu ce matin-là deux interventions magnifiques. Une hystérectomie large par le Professeur Grigoriu et une résection gasitrique par Jacobovici, et je tiens à dire ici, parce que c’est la vérité, que j’ai rarement vu deux opérations pratiquées avec autant d’aisance, de rapidité, de précision et de perfection technique.

Plus je voyage, plus je vais voir ce qui se passe dans les pays lointains, plus je constate que, — au moins dans les pays latins ou d’éducation latine ou française, — la technique des chirurgiens se simplifie et se rapproche. Il n’en est pas de même partout. Je n’ai pas vu l’Allemagne depuis la guerre, ni l’Angleterre, et je n’en puis rien dire. Mais j’ai vu l’Amérique, et là, c’est autre chose.

Partout, en Roumanie, j’ai vu employer l’anesthésie rachidienne. L’influence de Jonesco a été, sous ce rapport, prépondérante. Tous s’en louent grandement, et ne voient pas, ou ne voient que très rarement, les accidents dont nous entendons assez souvent parler ici. Les malades que j’ai moi-même opérées ont été anesthésiées d’une façon irréprochable. Je ne discute, ni ne critique. Mais comme nous parlions de cette question à la fin d’un dîner charmant chez le Professeur Juvara, et comme je demandais aux quelques chirurgiens présents ce qu’ils choisiraient s’ils avaient à être opérés eux-mêmes, il y eut une touchante et sincère unanimité pour convenir qu’ils préféreraient se faire endormir. Et voilà qui n’est pas fait pour modifier mes idées. Telle qu’elle est, avec ses qualités et ses défauts, j’admire profondément l’anesthésie rachidienne. Mais j’aime mieux opérer des malades endormis, — comme je demanderais à l’être moi-même.

Partout là-bas, dans toutes les mains, des livres français. C’est un plaisir pour nous et une fierté, et c’est aussi une joie que de

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louer nos grands éditeurs des efforts qu’ils font pour répandre là-bas la science et la pensée françaises.

Voici donc terminé ce beau voyage, qui, parmi tant d’autres, est un de ceux qui me laissent les plus doux souvenirs. En allant là-bas, je n’ai fait que mon devoir. Je me suis efforcé par des opérations, par des conférences, illustrées des beaux films que je possède depuis dix-sept ans, de travailler au bon renon de la Chirurgie Française. J’espère avoir bien rempli cette tâche, comme je continuerai à le faire tant qu’il m’en restera la force.

P. M., 6 juin 1931.

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