ILLUSION DE CRITIQUE
Un professeur de Faculté, qui travaille à iiï livre sur Nietzsche, disait un jour à ses tudiants, non sans orgueil : « Ce sera l'œuvre e ma vie. » Gel homme, qui doit être un ervent admirateur de Nietzsche, se rend-il ompte qu'il n'y arien de moins nietzschéen ue de passer sa vie à revivre la vie et repener la pensée d'un autre ? Une tâche de cette alure ne saurait tenter qu'un esprit dépourvu e puissance créatrice qui, faute de mieux, e résigne à ce rôle subalterne. Au surplus, orame il arrive presque toujours en pareil as, il finira sans doute — si ce n'est déjà fait -par être dupe d'une illusion singulièrement éconfortante pour son amour-propre . A force e vivre dans l'intimité de Nietzsche, ils'imainera que la pf ^ sée de Nietzsche est un eu la sienne, ^® ^^Nietzsche n'est vraiment ietzsche que deputs qu'il le commente ; il
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le traitera d'égal à égal, en viendra à se confondre avec lui ; il fera comme Tavoca s'écriant: « On prétend que nous avons volé rien n'est plus faux » ! ou, mieux encore comme l'éditeur parlant d'un écrivain de sej amis et murmurant en confidence, du ton 1( plus sérieux du monde : « Nous achevons ur livre à succès », ou enfin comme ce concierg( de Grand Séminaire qui disait : « Ici nous now efforçons de former de bons prêtres. »
AU BAROMÈTRE DE l'aME
Au baromètre de notre âme, l'aiguille, d*un< instabilité très grande, oscille perpétuellemen entre ces deux pôles : optimisme, pessimisme L^étatde notre santé, celui de nos affaires, noj lectures, notre entourage, toutes sortes d< circonstances viennent modifier sans cess< la place de l'aiguille sur le radran. Et, quanc celle-ci est à variable, ij fepend d'un riei qu'elle retombe à droite ou à gauche... Lî
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conduite et la nature de nos semblables exercent sur elle une influence particulièrement prompte et sûre, celle à laquelle, peut-être, elle se montre le plus sensible. La vue d'un ivrogne, la découverte d'une bassesse, l'histoire d'un enfant martyr assombrira notre conception du monde autant, sinon davantage, qu'un tremblement de terre ou une épidémie de crioléra. En revanche, un acte de probité, une marque de gratitude, la rencontre, en excursion, d'un brave homme avec qui, dans une salle d'auberge, on causera, toute une soirée, à cœur ouvert, comme avec un ami de vingt ans, nous rend, du coup, moins misanthrope, jette sur notre image de la vie un rayon de soleil. Un fait de ce genre, si minime en soi, suffira bien souvent pour empêcher la tempête de se déchaîner dans une âme, pourl'arr * ^er au désespoir, pour couper court à unè^». ^iStrophe. Et celui grâce à qui cette âme fut sauvée ne se doute point
des conséquences profondes, lointaines de son acte. Quiconque accomplit une action louable peut, de la sorte, indirectement et simultanément, accomplir, sans le savoir, pareil miracle. Et tout homme le peut, même lorsqu'il n'agit pas au sens propre : il le peut, s'il est foncièrement bon et noble, par la seule vertu de son contact, de sa présence, d'une simple parole, proférée sans intention spéciale, mais où se reflète son cœur, et où d'autres cœurs désemparés trouveront le réconfort inestimable dont ils avaient, juste à ce moment, besoin.