XII - Construction d'un nouveau presbytère à Lamoureux
On se souvient qu'après 1a construction de l'église en 1902 une dette assez importante demeurait sur la paroisse. On parvint à s'en libérer complètement et dès lors on songea à bâtir un nouveau presbytère pour remplacer l'ancien devenu très froid et presque inhabitable.
Après la mort de M. l'abbé Dorais, les prêtres se sont succédés à Lamoureux, à un rythme si accéléré, qu'aucun d'eux n'eut le tenps de penser à de nouvelles constructions. Ce n'est qu'en 1918 qu'on pense sérieusement à l'exécution de ce projet.
Le 7 avril à une assemblée des syndics, après avoir longuement discuté de cette question, on prend enfin la décision de bâtir un nouveau presbytère, plus moderne, plus confortable, une construction qui fera honneur à la paroisse et répondra au désir de la population de voir le prêtre logé confortablement et selon les progrès des habitations modernes.
Les paroissiens ont démontré sans l'ombre d'un doute, combien ce projet leur tenait à coeur. Ils furent d'une générosité admirable ainsi qu'on va le voir.
Le 10 février 1918, une.partie de cartes avait rapporté 216 dollars. A Pâques de la même année, un bazar de trois jours, organisé par Mne C. Godbout et les Dames Auxiliatrices, nous donne la Somme de 1847 dollars, toutes dépenses payées. Mlle Anandine Lamoureux et Mlle Alma Boisjoli étaient les deux candidates. D'autre part, tous les paroissiens avaient entrepris vers la fin de l'hiver, à charrier le gravier et le sable nécessaires à la fondation et aux autres travaux de maçonnerie, Ce sont les paroissiens qui vont plus tard amener sur place tout le matériel de construction: le bois, les briques, le ciment, etc. etc.
Avant de fixer définitivement l'emplacement exact du futur presbytère, une condition essentielle est de s'assurer une source d'eau pour alimenter les canalisations de la nouvelle bâtisse. La chose s'avère facile, car nous sommes à proximité de la rivière. En effet, les creuseurs du puits trouvent l'eau en abondance à trente-trois pieds de profondeur, Et depuis, l'eau n'a jamais fait défaut.
Au commencement de juin, on entreprend le creusage de la cave et des fondations, Ce travail est accompli par corvées des paroissiens qui viennent tour à tour donner deux ou trois journées avec leurs chevaux.
Les syndics de la paroisse m'avaient témoigné une grande confiance à l'assemblée dans laquelle on décida la construction du presbytère. "Nous vous laissons, m'avaient-ils dit, le soin de prendre les décisions pour le choix des contracteurs et vous garderez la direction des travaux".
Ayant préparé les plans pendant l'hiver, je me trouvais en position, au printemps, de choisir les contracteurs et les ouvriers pour la bâtisse projetée. Je confie à un M. Waltonbery les travaux de la fondation en ciment et des murs du soubassement. C'est aussi lui, qui aura la charge de la maçonnerie, du posage de la brique et du pläturage.
M. Picard a l'entreprise de la charpente, de l'ouvrage du bois des planchers et du finissage intérieur.
M. M. Gordon, A. Dubuc et P. Moret ont la charge d'installer le
chauffage à l'eau chaude, le système d'aqueduc et les égouts ainsi que les réservoirs à pression qui fourniront l'eau à tous les étages.
Enfin M. Cormier d'Edmonton sera l'artiste peintre décorateur.
La construction mesure 33'X35'. | Elle comprend un sous-sol qui renferne une chapelle d'hiver, une cave à légumes, un lavoir, une chambre pour la fournaise à eau chaude, un carré pour le charbon et une citerne pouvant contenir 3000 gallons d'eau.
Au rez-de-chaussée on trouve le bureau du curé, le salon et la salle à manger, une cuisine et deux grandes dépenses.
A l'étage du haut, quatre chambres à coucher et une salle de bain. L'attique est d'une seule pièce et peut contenir plusieurs lits Un corridor de 5 pieds de large divise en deux la maison aux deux étages.
L'escalier intérieur se déroule depuis le sous-sol jusqu'à l'attique. Les différents travaux avancent simultanément et progressent d'une façon satisfaisante, grâce à la facilité que nous avons à nous procurer le matériel nécessaire.
Un contre-temps faillit cependant compromettre la marche des travaux, Nous voulons parler de la fameuse épidémie de la grippe espagnole qui débuta précisément en cet automne 1918 et fit de si nombreuses victimes durant les mois d'hiver.
Je suis un des premiers à payer mon tribut à la grippe et heureusement un des premiers à guérir, ce qui me permit de porter le secours de mon ministère, aux malades,
Le nombre des morts dépassa la quinzaine dans notre paroisse.
Dans l'affolement général, les autorités médicales et gouvernemental e: avaient interdit toute cérémonie à l'église. Lorsqu'un convoi funèbre se présentait, il s'arrêtait devant la porte de l'église, on récitait quelques prières et on procédait immédiatement à la sépulture.
Entre temps, au presbytère les ouvriers travaillent sans relâche au finissage de la bâtisse. Quelques jours avant Noel, les travaux sont suffisamment avancés pour nous permettre de déménager dans la nouvelle maison, A cette époque de l'année les jours sont courts, et les courses aux malades ainsi que les autres occupations du ministère absorbent tous les instants de la journée, C'est surtout le soir que nous employons le temps libre à nous installer.
Pendant la semaine, je dis la messe dans la petite chapelle aménagée au soubassement. Elle est assez spacieuse pour accueillir toutes les personnes - une trentaine - qui viennent communier pour le premier vendredi du mois. 11 y a un petit autel, un confessionnal, des bancs, et les stations du Chemin de Croix.
L'hiver nous semble bien doux dans le confort de cette maison où règne une agréable température. Les visiteurs sont unanimes à proclamer que nous avons à Lamoureux, le presbytère idéal, confortable et doté de toutes les commodités modernes, Nous possédons en somme, tous les avantages de la ville, sans avoir à en déplorer les inconvénients.
Les Dames d'autel sont occupées sans cesse à préparer quelques soirées afin d'amortir la dette. Le coût de la bâtisse est de 8,250 dollars. On peut dire sans exagération qu'actuellement il faudrait dépenser entre 25,000 et 30,000 dollars pour arriver au même résultat.
Avant de commencer nous avions déjà quelques milliers de dollers en banque. Et au début de l'année 1919, deux parties de cartes et de panier: nous rapportent la jolie somme de 800 dollars. Cette même année le 15 juin
nous célébrons la Saint-Jean-Baptiste, Belle fête, temps idéal, foule nombreuse. Résultat: 750 dollars,
Ce n'est pas tout; avant la fin de l'année le 23 novembre, les Dames tiennent un bazar de trois jours. Mme J.-B. Lachapelle en est la Présidente, Mlles Bibiane Houle et Aurore Huot sont les deux candidates,
La première journée du bazar, une tempête de neige qui sévit pendant deux jours, ne réussit pas à diminuer l'enthousiasme des paroissiens. La troisième soirée, le vieil hôtel Saskatchewan mis à notre disposition par M. Arthur Lamoureux, est absolument comble. C'est la soirée de l'élection des candidates et elle se prolonge jusqu'à deux heures du matin,
Le lendemain les Dames du Comité et les hommes de bonne volonté se réunissent pour remettre un peu d'ordre dans la place. Pour prendre un peu de repos, chacun prend place autour des tables et on fait le compte des recettes. Tous frais payés, il nous reste 2000 dollars de recettes. Résultat magnifique et encourageant, tout au crédit de mes braves paroissiens.
Nous sommes à l'époque de la signature de la paix, après la guerre 1914-1918. Les fermiers de l'ouest viennent de traverser des années de prospérité. Ils ont vendu leur blé au prix de deux dollars et demi le boisseau; aussi leur générosité ne connaît pas de bornes. Eh! puis, disons le bien haut, ils désirent ainsi témoigner leur reconnaissance à Dieu, auteur de tout bien, en venant en aide à leur église et aux oeuvres paroissiales.
Dans les derniers mois de cette année prospère, le 2 décembre, nous avons la joie de célébrer le cinquantenaire de mariage de M. et Mme Alfred Rocque. Une messe d'actions de grâces est chantée à l'église par M. l'abbé Théodore Rocque. M. l'abbé Lepage fait le sermon de circonstance. Assistent au sanctuaire M. l'abbé Pilon et M. l'abbé Gauthier. M. le Curé conduit le choeur de chant. Le banquet a lieu dans la salle du vieil hôtel où plusieurs discours sont prononcés et des cadeaux sont présentés aux heureux jubilaires.