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XXVI - Voyage en France en été

Depuis mon arrivée au Canada en 189%, je ne suis retourné en France qu'une seule fois, en 1912. Ma soeur Claire qui m'a suivi en Alberta à cette époque, n'a pas revu le pays natal depuis ce temps- 13. Quant à moi, j'éprouve le besoin de prendre un repos, après la dure année d'épreuves et de maladies de 1926. Ce ne serait donc pas du luxe de prendre un congé de quelques mois afin de refaire ma santé et gagner des forces pour continuer mon ministère de paroisse,

J'ai précisément un excellent remplaçant dans la personne du bon Père Marc, franciscain d'Edmonton. Il est venu souvent à mon secours, l'année passée lorsque j'étais malade, il est au courant du travail et consent bier volontiers à prendre la charge de la paroisse durant mon absence.

Nous quittons Lamoureux le 7 juin, par le train du C.N.R. Après un arrêt de quelques jours chez nos amis de Prudhomme en Saskatchewan, nous continuons notre voyage pour arriver à Montréal et Québec le 14 juin.

Le lendemain nous embarquons sur le Montnaim un ancien bateau allemant livré à la Compagnie du Canadien Pacifique apres la guerre 1914-1918,

A bord, nous sommes 1600 passagers venus de tous les points du Canada et des Etats-Unis, En première classe et en classe touriste, il y a dé. cidément une belle société, et nous avons l'occasion de rencontrer des persomnes distinguées dont la conversation est très agréable. Citons en passant Mgr Lagueux, alors curé de Saint-Roch à Québec: l'abbé Moreau, aunônier, le Pêre Cocola, M. Gabias, échevin de Montréal, etc.

Il ÿ a onze prêtres et une quinzaine de religieuses de différentes congrégations parmi les passagers. Chaque matin, le grand salon qui nous est réservé pour dire la messe, ressemble à une chapelle. I1 ÿ a trois autels portatifs pour célébrer le Saint Sacrifice, et tous les jours de nombreuses communions sont distribuées

L'océan est calme, le puissant paquebot de 18,000 tonnes poursuit sa route sans secousse, si bien que nous avons l'illusion d'habiter un gros village sur la terre ferme,

Nous abordons à Cherbourg le 23 juin à 7 heures du matin. Avant de nous diriger vers le pays natal, nous visitons Le Mont Saint-Michel, village, église, ancienne abbaye, le tout bâti sur un rocher escarpé, entouré d'eau à marée haute.

Puis c'est une randonnée à Saint-Brieuc chez les Filles de la Providence. À Kermaria chez les Filles de Jésus; enfin à Sainte-Anne d'Auray, Rennes etc. et nous prenons la direction de la capitale de la France,

Paris! Il faudrait des mois de séjour pour connaître un peu l'immense ville, ses beaux monuments, ses églises chargées d'histoire ses musées etc. Et nous y demeurons à peine une semaine.

Nous avons hâte de revoir notre beau pays de Bourgogne, où nous comptons passer quelques semaines avec notre vieille tante à Cerdon dans le Département de l'Ain et visiter tour à tour nos cousins et cousines et tous les membres de notre famille,

Durant ces vacances nous avons le bonheur d'accomplir deux importants pèlerinages. C'est d'abord Ars, à l'atmosphère si pieux, si tranquille, mais si impressionnant, Ârs où l'on a pieusement conservé les souvenirs du Saint Curé, son confessionnal,la chaire où il prêchait,

son pauvre presbytère...

Puis c'est Lourdes, la grotte de l'apparition, l'église, la source miraculeuse, vers lesquels accourt de toutes les parties du monde une foule toujours nouvelle. Lourdes où. les pèlerins prient avec une piété si fervente et une confiance sans limites, Lourdes enfin, séjour mystérieux et tellement attachant, qu'on croit n'être plus sur terre; lieu béni qu'on a de la peine à quitter.

J'ai rapporté du sanctueire de la Vierge beaucoup de souvenirs et d'objets pieux. J'ai placé dans tous les foyers de Lamoureux des gravures représentant la basilique, la grotte où Marie s'est montrée si souvent à Bernadette, Notre paroisse n'est-elle pas, en effet, sous le patronage de Notre-Dame-de-Lourdes ? si x

Durant mon séjour en France, on m'a demandé d'être l'aunônier temporaire d'une colonie de vacances installée dans le vieux château féodal de Chenavel, C'est un site enchanteur et du haut de la colline on a une vue splendide sur la vallée de la rivière d'Ain.

J'ai sous ma houlette une soixantaine de pensionnaires, jeunes gens, jeunes filles, familles avec enfants. Je dis la messe le matin, entends les confessions etc. Je garde cependant pleine liberté de sortir et de m'absenter quand bon me semble; ce qui arrive assez fréquemment.

Ce beau temps de vacances et de repos passe rapidement, trop rapidement hélas! bientôt il faut penser au voyage de retour.

cette fois, nous faisons la traversée de l'océan sur l'Ausonia de la ligne Cunard. Nous quittons Cherbourg le 15 octobre, pour arriver à Montréal le 24, et le 3 novembre en Alberta.

A Lamoureux je retrouve les visages familiers de mes bons paroissiens et le sympathique P. Marc qui a présidé aux offices et à la direction de la paroisse pendant mon voyage.

Les Dames d'autel et leur présidente Mme Lachapelle ne sont pas demeurées inactives pendant les mois d'été. A part les soirées de cartes mensuelles, elles ont préparé un bazar de trois jours qui a lieu du 20 au 22 novembre, Le total des recettes est monté à 1640 dollars dont la moitié, c'est-à-dire 847 dollars rapportés par les deux candidates:

Mles Elise Royer et Fabiola Bouffard.

Honneur et reconnaissance à ces dévouées zélatrices.

XVII - 1928 - Agrandissement et restauration de l'Eglise de Lamoureux

Depuis quelque temps, la place manque dans notre église. Le nombre des familles et des habitants a augmenté sensiblement au point que si l'on veut accommoder tout le monde, il faut nécessairement prendre des dispositions à cet effet.

Dans une assemblée de paroisse, tenue à l'église, la question est discutée publiquement. Que ferons-nous? Devrons-nous agrandir ou attendre quelques années encore pour prendre une décision? Cela dépend en grande partie, du rendement de la récolte annuelle.

Au début de la discussion, il y a très peu d'enthousiasme et chacun senble hésiter à commencer une nouvelle entreprise, après la construction assez récente du presbytère et de la salle paroissiale. Cependant, après avoir entendu l'avis d'un certain nombre de personnes expérimentées,

l'opinion générale se déclare en faveur de la proposition d'agrandir et réparer l'église.

Pendant les derniers mois de l'hiver, je prépare les plans et si les conditions sont favorables, nous comencerons les travaux en été. Nous devrons avoir recours à un emprunt, car La dépense sera importante et nous n'avons pas la somme nécessaire en réserve.

Je m'adresse pour commencer à des personnes fortunées, dans les paroisses environnantes. Partout je rencontre l'hésitation, le doute et finalement le refus. C'est encore dans notre bonne paroisse que je trouve les âmes confiantes et généreuses, prêtes à sider à la restauration et à l'embellissement de notre église. Plusieurs familles consentent en effet à prêter les sommes requises et cela à un intérêt très raisonnable.

Une autre source d'encouragement, qui dans le passé n'a jamais | fait défaut, c'est la bonne volonté de tous les paroissiens, toujours prêts à aider selon leurs moyens, par des souscriptions, des soirées de cartes ou célébrations patriotiques.

Et c'est pour cela, que le 10 juin, les gens de Lamoureux célèbrent la fête de Saint-Jean-Baptiste, laquelle consiste, ainsi que les années précédentes, en un grand banquet à midi et un souper préparés par les Dames d'autel, sous la direction de Mme Enilien Paradis, présidente.

Un comité d'hommes et de jeunes gens se charge des sports en plein air gt du concert de la soirée. Le beau temps est de la partie, tout réussit à merveille. Et le soir nous pouvons constater que 728 dollars viennent grossir le fonds de construction.

Plus d'hésitation possible, Les syndics donnent le contrat de la main d'oeuvre à M. Edouard Morin et le 24 juillet on commence 1es travaux d'excavation pour un soubassement bétonné où seront installées deux fournaises à air chaud.

Une cheminée en briques part du sous-sol et s'élève à la hauteur du toit, du côté nord-est. La nef de l'église est allongée de quinze pieds. Le sanctuaire trop étroit, est démoli et remplacé par un autre de plus grande dimension, bâti dans la ligne des colonnes. Une sacristie d'égale largeur, possédant armoires et tiroirs pour les objets du culte, communique par deux portes avec le sanctuaire.

Des arches élégantes en plein cintre, relient les colonnes qui supportent le toit. Les grandes fenêtres de la nef placées beaucoup trop haut dans le plan primitif, sont abaissées de deux pieds, et des vitraux de couleur remplacent les verres unis qui laissaient pénétrer à l'intérieur une lumiere trop vive,

Les canalisations électriques sont entièrement renouvelées. Des lustres électriques remplacent les vieux lampadaires.

Le plätrage intérieur est entièrement renouvelé. On refait la peinture de l'intérieur et de l'extérieur de l'église.

L'aspect du clocher est heureusement modifié par quelques retouches de bon goût.

Quatre rangées de bancs nouveaux sont ajoutées en avant de chaque côté de la nef. Quelques autres bancs sont placés au jubé.

Le maître-autel est transformé substantiellement, selon les principes d'architecture. Sur le conseil de Mgr l'Archevêque, on place la statue de Notre-Dame-de-Lourdes, patronne de la paroisse, au centre du maftre-autel; tandis que l'autel de Saint-Joseph est embelli par Le surplus

enlevé du maître-autel. 4

Des dons généreux ont permis les changements opérés aux fenêtres, l'achat des lustres électriques et un peu plus tard l'achat d'une nouvelle crèche de Noel avec tous les personnages traditionnels.

D'autres objets ajoutent une note artistique à la décoration intérieure de l'église. Citons: la dernière cène, ouvrage moulé en stucciment placé en-dessous de la table et en avant du maître-eutel. Les deux anges adorateurs porteurs de flambeaux électriques.

Une couronne de douze lumières électriques entoure la tête de la Vierge et lui prête un sourire céleste.

Enfin, un nouveau linoleun recouvre Le plancher de l'allée centrale et des allées latérales, Le vieux tapis du sanctuaire est remplacé par des bandes de tapis vert.

Les noms des généreux donateurs sont gravés sur des plaques de cuivre fixées sur les deux colonnes à l'entrée de l'église et au-dessous des grandes fenêtres.

Pour faciliter l'exécution de ces travaux, on a déménagé et transporté à la salle paroissiale tous les objets du culte, nécessaires à la célébration de la messe et des offices religieux.

La dimension de la salle: 36 x 84 nous permet d'installer des bancs et des chaises exactement comme à l'église. Le théâtre sert de sanctuaire et les coulisses constituent la sacristie. Le choeur de chant, l'organiste et l'harmonfum prennent place près de l'entrée, à gauche.

Les numéros des bancs d'occasion sont écrits à la craie sur le plancher et chacun peut ainsi trouver facilement sa place, comme à l'église. Nous avons célébré à la salle de beaux offices, des cérénonies de baptême, de mariage et d'enterrement.

Pendant ce temps, les travaux de construction marchent bon train. Lorsque le plâtrage est terminé, on commence à replacer les statues, à nettoyer les planchers qui doivent recevoir une couche de peinture,

Les nouveaux bancs arrivent enfin. Des équipes de volontaires viennent les mettre en place. Cette addition va nous permettre d'asseoir près d'une centaine de personnes de plus; soit en tout: 375 personnes.

Le 28 octobre, un dimanche, après la messe célébrée encore à la salle paroissiale, toute l'assistance se rend à l'église où a lieu la vente générale de tous les bancs. Tous sont vendus par enchantement et aucun ne reste disponible. Si bien, que quelques rares personnes n'ayant pas eu la possibilité d'être présentes aux enchères, se voient obligées de faire des arrangements personnels avec leurs parents ou leurs amis pour se procurer un siège.

Durant la dernière semaine d'octobre, on transporte à l'église restaurée, tous les articles du culte employés à la salle. Le premier novembre, jour de la fête de tous les Saints, la messe est célébrée dans l'église réparée, embellie et magnifiquement ornée pour l'occasion. Les communions Sont particulièrement nombreuses ce jour-là ainsi que le lendemain, jour des Morts, où trois messes sont célébrées.

La bénédiction solennelle de l'église est fixée au onze novembre. Mgr l'archevêque O'Leary promet de venir à cette occasion pour accomplir les cérémonies et administrer le sacrement de confirmation aux enfants. “Nous serons trois évêques, me dit-il: mon frère évêque de Charlottetown, Mar Kidd, évêque de Calgary, et moi-même; préparez-vous en conséquenc

| Je demande de l'aide aux Révérends Pères Oblats. Le Père Bussières chantera la messe; le Pere Daridon et moi assisterons Nosseigneurs les évêques.

Au jour indiqué, Mgr Kidd se trouve indisposé et renonce au voyage. Nous recevons les deux évêques frères, Nosseigneurs O'Leary, avec les cérémonies d'usage. Puis Mgr l'Archevêque d'Edmonton procède à la bénédiction de l'église en récitant les prières rituelles et fait l'aspersion de l'édifice à l'extérieur. Ensuite les deux évêques pénètrent dans l'église, suivis du clergé et des fidèles en procession solennelle. La messe commence aussitôt et après l'Evangile, Mgr J. H. O'Leary adresse la parole à l'assistance dans les deux langues et immédiatement après la messe, administre le sacrement de Confirmation à une cinquantaine d'enfants,

Un grand banquet a été préparé à la salle paroissiale par les, dames æ& demoiselles, sous la direction de Mme Emilien Paradis. Dans l'aprèsmidi, les réjouissances continuent en plein air. Le soir on joue aux cartes, au bingo, et la veillée s'achève par un concert très réussi.

C'est une date mémorable dans l'histoire de la paroisse. L'église agrandie, rénovée, demeure telle aujourd'hui encore, comme un témoignage durable de la générosité des paroissiens et une marque de leur zèle pour la beauté de la maison de Dieu.

La fin de cette année fertile en événements importants, est attristée par un deuil pénible. Le 27 décembre, Mme Alcibiade Lamoureux née Lumina Poirier est frappée soudainement d'une hémorragie cérébrale et expire vers une heure du matin. M. le curé Garnier se trouvait à son chevet et lui a administré les derniers sacrements, en présence d'un bon nombre de ses enfants. Les funérailles ont eu lieu le samedi 29 décembre au milieu d'une affluence considérable de parents et d'amis. Elle était l'épouse d'un vieux pionnier, Alcibiade Lamoureux, un des premiers colons, fondateur de la paroisse.

Mne Lamoureux a pris une part active dans les oeuvres paroissiales et elle excellait dans la préparation des banquets donnés si fréquemment au bénéfice de l'église. Elle fut toute sa vie une excellente chrétienne, puis une épouse dévouée et une mère admirable.

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